L'échangisme, ou libertinage, consiste pour des couples à échanger leurs partenaires avec d'autres. Longtemps tabou dans notre société, les jeunes et les femmes le pratiquent de plus en plus de façon décomplexée.

                                                                                                                   Par Marie Corcelle

Daniel Welzer-Lang, professeur de sociologie et auteur de La planète échangiste - Les sexualités collectives en France, explique ce phénomène. « Depuis une dizaine d'années, on assiste à un renversement de situation, avec l'avènement d'internet. Le Minitel, vingt ans avant, avait déjà révolutionné les modes de rencontre ». Les nouvelles technologies amplifient ce phénomène, devenant ainsi une tendance à la mode. Les personnes qui avaient pour habitude de fréquenter les clubs libertins ou de s'inscrire sur les sites en ligne étaient essentiellement des quadras, voire plus âgés. Mais les jeunes ont pris la relève. « C’est un phénomène générationnel et de société. Et cette dernière reste un miroir de la conjugalité ».

Le dirigeant du club libertin Le Petit Saint-Jean, situé à Mâcon, confirme : « Beaucoup de jeunes hommes seuls fréquentent maintenant les milieux échangistes, mais sans en respecter l'esprit. Pour eux, c'est la facilité : ils y vont pour une passe, seulement pour la femme des autres et c'est tout. Avant, on discutait, on sympathisait, on buvait un verre... Depuis que les clubs ne reçoivent plus uniquement des couples, c'est devenu de l'abattage ».

Un tiers de la demande est féminin

L'échangisme a souvent été considéré comme un désir masculin : « Il est très valorisant pour les jeunes hommes d'avoir plusieurs partenaires », résume le sociologue. À présent, il devient presque autant partagé par les femmes. « Avant, elles se devaient d'être extrêmement féminines, stéréotypées au possible. Mais dans les luttes actuelles, de sexe et de genre, les hommes adoptent les codes féminins et inversement. Un certain nombre de clichés sont remis en cause. L'image de la fin du XIXème siècle, du couple romantique, de l'unicité avec l'autre tend à disparaître pour laisser place à l'individu. Le désir est partagé ». Les femmes, libres d'être elles-mêmes, n'ont plus à se conformer à un archétype, ce qui a pour effet de les attirer davantage.

Un responsable du site de rencontre libertin Swingsy va dans le même sens. « Un tiers de la demande est féminin, et il y a 38% de femmes seules qui sont inscrites ». Contrairement à ce que l'on pourrait penser, « il y a un respect incroyable dans ce milieu pour les femmes ». Même si selon lui « c’est aussi un phénomène de mode, où beaucoup de gens expérimentent pour la première fois une approche de la sexualité différente ».

Des sexualités multiples et assumées

« Les couples libertins possèdent des désirs multiples, et l'hétérosexualité est en train d'éclater en une myriade de pratiques ». Si la bisexualité féminine a toujours été plus facilement tolérée, tel n'était pas vraiment le cas pour la bisexualité masculine. Assez malvenue, elle était par conséquent plutôt rare dans les milieux échangistes : « Au départ, les hommes dans les clubs libertins se caressaient en cachette. Maintenant, ils s'affichent comme bisexuels. La diminution de la biphobie marque une transition dans le libertinage, et une évolution sociale très nette. On observe une ouverture, les sexualités se libèrent », explique Daniel Welzer-Lang.

Beaucoup ont cru que le confinement et le coronavirus viendraient à bout des clubs libertins. Sur le territoire français, on en dénombre près de 400. La plupart ont de nouveau ouvert leurs portes. L'envergure du phénomène ne risque donc pas de décroître.

10/11/2020 - Toute reproduction interdite


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