Le samedi 25 septembre, 58 % des adhérents LR à jour de cotisation (soit 23 095 votants sur 79 181 inscrits) ont rejeté l’idée de la primaire pour choisir l'option d'un congrès à deux tours afin de désigner le candidat de la droite à la présidentielle. Seuls les militants LR pourront donc participer à ce vote le 4 décembre. Sauf surprise, l’heureux élu ne sera qu’une pâle copie d’Emmanuel Macron…

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

Le seul candidat qui peut battre Emmanuel Macron sera un candidat issu des Républicains… à la seule condition que ces derniers ne choisissent pas une pâle copie du locataire de l’Élysée pour les représenter !

Toutefois, Les Républicains sont en train d’organiser leur propre suicide avec le congrès annoncé pour le 4 décembre prochain. Nombre de barons du parti – dans l’optique de l’obtention de postes ministériels – ont déjà choisi officiellement ou secrètement le locataire de l’Élysée comme champion. D’autres, naïfs (dont le président des LR Christian Jacob), croient encore que les élections se gagnent au centre alors que, depuis 2017, le monde politique français a littéralement changé. Le contexte actuel n’est plus le même. De toute façon, le « centre » et la « droite bourgeoise » ont déjà leur candidat en la personne d’Emmanuel Macron ! Penser que Michel Barnier, Valérie Pécresse ou même Xavier Bertrand (ces derniers ayant quitté le parti à cause de ses positions trop droitières durant la direction de Laurent Wauquiez !) peuvent gagner face au Président sortant, est d’un incommensurable manque de sens politique et de connexion à la réalité.

Si l’actuelle dynamique Zemmour affole littéralement les cadres Républicains, certains persistent encore à élaborer des stratégies ubuesques en imaginant que même la candidature du journaliste pourrait éventuellement affaiblir Marine Le Pen, faisant ainsi accéder Xavier Bertrand au second tour contre Macron, où le candidat LR aurait alors toutes ses chances… Quel manque de lucidité ! Évidemment, n’est pas Mitterrand qui veut ou qui peut !

D’abord, au niveau national, Bertrand n’est plus crédible dans le camp de la droite (il a d'ailleurs envisagé un temps de rejoindre la macronie). Et puis, soyons sérieux : il n’a tout simplement ni les épaules, ni le charisme pour faire la différence face à Emmanuel Macron. Ensuite, Éric Zemmour - qui n’est pourtant toujours pas candidat officiel - est en train de faire exploser tous les schémas prévus. Une grande partie des électeurs potentiels des LR lorgnent déjà du côté du polémiste. Beaucoup de militants et d’adhérents, orphelins d’une candidature conservatrice de Wauquiez ou Retailleau – qui se sont retirés de la course – n’envisagent même plus de participer au congrès de leur parti ! Éric Ciotti, avant de se raviser pour une énième fois, avait déjà affirmé début septembre qu’il voterait Éric Zemmour en cas de second tour à la présidentielle face à Emmanuel Macron…

L’inattendue et irrésistible dynamique Zemmour

Le sondage Harris du début de la semaine dernière parle de lui-même : testé à 13%, Zemmour – qui gagne 7 points en un mois ! – est donné au coude-à-coude avec l'ex-LR Xavier Bertrand (14%), et dans un mouchoir avec Marine Le Pen (16%), qui, elle, perd 12 points par rapport à juin lorsqu’elle était créditée de 28% ! En cas de candidature de l'ex-LR Valérie Pécresse (12%) il passerait alors devant le candidat de la « droite ». L’écart se creuserait encore plus (14%) si Michel Barnier (8%) représentait sa famille politique.

Quelques jours plus tard, le vendredi suivant, un autre sondage donnait Zemmour à 15 % qui n’est alors plus qu’à un point de la présidente du RN (16%) mais passe devant Bertrand (14%) !

Cinq jours plus tard, nouveau coup de tonnerre : une nouvelle enquête Harris Interactive pour Challenges, diffusée le 6 octobre, place Éric Zemmour au second tour du scrutin face à Emmanuel Macron (24%) avec 17% des voix, et donc devant Marine Le Pen (15%) ! Xavier Bertrand, lui, perd encore un point avec 13 %...

Quoi qu’il en soit, si l’essayiste empiète déjà fortement sur l’électorat RN, il peut également - qui sait ? - en bousculant tous les codes, faire revenir aux urnes une grande partie des 70% abstentionnistes qui sont composés d’une grande majorité des « Français périphériques », écœurés par la vacuité des politiciens professionnels actuels, et surtout de nombreux déçus des LR et de Marine Le Pen.

Si Zemmour arrive à pallier ses handicaps, obtient ses 500 signatures, résiste au rouleau compresseur de l’establishment qui va inévitablement s’acharner contre lui et qu’il arrive à étoffer ses équipes, tout en parvenant à rallier des élus locaux et des grandes figures des Républicains après le 4 décembre, tout est possible…

Certes, le second tour - et encore moins une victoire de Zemmour en 2022 - sont loin d’être acquis. Ce qui est certain, par contre, c’est que le parti LR a déjà un pied dans la tombe !

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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07/10/2021 - Toute reproduction interdite


Éric Zemmour s'exprime lors d'une conférence de presse pour la promotion de son nouveau livre "La France n'a pas dit son dernier mot" lors d'un festival littéraire à Toulon, le 17 septembre 2021.
© Eric Gaillard/Reuters
De Roland Lombardi