Le club du Stade Français à Paris a lancé un défi pour démontrer que le sport et ses bienfaits pour la santé pouvait être compatible avec un quotidien post-covid… Une initiative portée par Didier Poulmaire, l’avocat des grands sportifs français, lui-même atteint du coronavirus et désormais guéri.

                                                                                                           Par  Antoine Grynbaum

« Mon anniversaire, c’était le 16 mars, le jour de mes 52 ans, un lundi. Je m’en souviens très bien, et j’ai commencé à tousser le 17 (jour du début de confinement en France) », lance d’entrée Poulmaire pour raconter cette histoire si singulière, à l’origine d’un engagement citoyen. Son parcours face à la maladie, malheureusement à l’image de centaines de milliers de personnes dans le monde : une forte toux, de la fièvre jusqu’à 39.5, et de grosses courbatures.

« Le médecin me dit : “bon, c’est sûr vous l’avez attrapé, mais je n’ai pas de tests“ » … Comme tant de généralistes français, la pénurie hexagonale montre un pays désarmé, désemparé après avoir tant délocalisé… « Puis il insiste sur le fait d’éviter l’infection pulmonaire, en me donnant un antibiotique, l'azithromicine (donnée par ailleurs avec la chloroquine par le Professeur Raoult), et les symptômes ont commencé à décliner au bout de 3 semaines », poursuit l’ex-conseiller de Yoann Gourcuff et Laure Manaudou.

Afin de retrouver son dynamisme, s’en sortir, l’avocat fiduciaire reprend le sport, se blesse rapidement, puis s’y remet… Comme une forme de retour à la vie, l’itinéraire d’un homme qui a donc fait du sport un enjeu de société, indispensable dans la reconstruction du pays.

Ne pas en rester à ces semaines de pratique sportive, entre mi-mars et mi-mai, mais les prolonger, installer le sport au centre du jeu, créer une culture sport dans ce pays… Et il y a du boulot.

« Dimanche 10 mai (la veille du déconfinement), je reçois un appel de Philippe Lucas (ex-entraîneur de Laure Manaudou) que je continue de conseiller », souligne Poulmaire. « Et il me lance : “J’ai demandé pendant deux mois que l’on fasse les vidanges de la piscine de mon centre d’entraînement, et ils l’ont démarré seulement jeudi…“ » … Son bassin de Montpellier en cours de vidange est donc inutilisable pendant deux semaines, tous ses nageurs étant rentrés de leurs lieux de confinement, le coach français a finalement trouvé un bassin de repli dans la piscine du domaine des Naïades, à Port-Grimaud, dans le Var… Situation ubuesque d’un entraineur qui coache des sportifs en vue des JO. Triste exemple, un de plus de la place du sport dans ce pays, mais finalement pas si étonnant rapporté à cette anecdote tout au sommet de l’Etat : d’après un collaborateur de l’Elysée, la salle de sport du Palais n’est pas en très bon état, pas vraiment digne du lieu, et ne donne pas forcément envie d’y aller. Dans la société française et le monde politique tel qu’il est organisé, le sport n’est pas assez pris au sérieux chez les élites intellectuelles françaises, et Emmanuel Macron n’y échappe pas. A l’ENA, le sport n’est pas ou peu valorisé.

Une forme de mépris et pourtant, en ces temps de crise sanitaire, après avoir été à ce point confiné et isolé, faire du sport n’a jamais été aussi précieux.

Sensibiliser le grand public, et les milliers de clubs sportifs amateurs qui vont reprendre mais également tous les Français qui ont pratiqué un sport lors du confinement, le message transmis doit être clamé haut et fort : tout en respectant les préconisations de distanciation et les gestes barrière, pédalez, courez, roulez ! Poulmaire et le Stade Français, eux, l’ont bien compris : pendant 30 jours, le club omnisports propose d’aller au travail en vélo ou en jogging… En clair, il faut marier l’activité physique au télétravail, et les exigences de cette nouvelle vie qui nous attend. Tout un défi, de santé publique et de vivre-ensemble.

19/05/2020 - Toute reproduction interdite


Des cyclistes passent devant le musée du Louvre le 13 mai 2020
Charles Platiau/Reuters
De Antoine Grynbaum