Culture | 25 février 2020

Le réveil de Pompéi célébré au Grand-Palais

De Stéphanie Cabanne
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C’est l’un des événements majeurs de l’année 2018-2019 dans le domaine de l’archéologie : la reprise des fouilles à Pompéi et, à la clé, des découvertes exceptionnelles. Elle donne lieu à une exposition à Paris. Par Stéphanie Cabanne.

Cité prospère, enrichie par le commerce en Méditerranée et la culture de la fertile plaine de Campanie, Pompéi était surnommée « terre des dieux » par les Romains. Sa découverte en 1748 a révélé à l’Europe des Lumières une antiquité nouvelle, différente de l’image grandiose livrée par les monuments de Rome, une antiquité quotidienne et chargée d’émotion. L’éruption du Vésuve en octobre 79 (et non pas en août comme on le croyait jusqu’alors),  l’une des plus grandes catastrophes naturelles de l’histoire, arrêta net la vie de ses habitants. Leurs maisons, les tavernes où ils mangeaient sur le pouce, les ateliers où ils étaient en plein travail, ont été figés presque instantanément par les dépôts volcaniques et les nuées ardentes, tout comme leurs tentatives désespérées de prendre la fuite.

L’écroulement en 2010 de la « maison des Gladiateurs », a révélé au monde entier la difficulté de préserver un site en proie aux écoulements d’eau et à la mainmise de la Camorra. Pour Massimo Osanna, le nouveau Directeur des fouilles, ce triste événement a finalement été une chance pour Pompéi, déclenchant une prise de conscience salutaire. En 2014 a été lancé le « Grand Projet Pompéi », subventionné aux deux-tiers par l’Union européenne et par le ministère de la Culture italien. Son but est de prévenir les risques hydrogéologiques, de restaurer les édifices et de revaloriser le site pour l’accueil des visiteurs.

L’équipe chargée du chantier autour du professeur Osanna a réuni pour la première fois des spécialistes de disciplines diverses, volcanologues, anthropologues, botanistes, etc., dont les compétences associées ont permis une meilleure exploitation des découvertes. Ils ont mis au jour une nouveau quartier, au nord de la ville, appelé Regio V. Des thermes inspirés de ceux de Rome ont été dégagés, ainsi que trois maisons ornées de fresques et de mosaïques, trouvées dans un remarquable état de conservation. Et comme toujours à Pompéi, des centaines d’objets ont été collectés. Après restauration, ils seront exposés sur place, dans leur contexte.

Une partie de ces découvertes - fresques, sculptures, objets d’art, bijoux, vaisselle - sera présentée dans quelques semaines aux galeries nationales du Grand-Palais, à Paris. Organisée par la Réunion des musées nationaux conjointement avec par le Parc archéologique de Pompéi, l’exposition replacera les œuvres dans l’histoire de la cité. Elle évoquera par exemple l’intervention de Pline l’Ancien, qui tenta de venir en aide aux habitants de la côte, avant de trouver lui-même la mort dans la catastrophe. Le public pourra également admirer quelques-unes des études peintes sur le site par les artistes du XIXe siècle, comme l’architecte Charles Garnier.

Mais il s’agit aussi d’une exposition d’un genre nouveau, permettant une véritable immersion dans la cité antique. Les visiteurs déambuleront ainsi dans une rue bordée de maisons, parmi les silhouettes des habitants, grâce à la projection à 360 degrés d’images numériques en très haute définition. La reconstitution des bruits de la ville et une musique originale achèveront de transformer la visite en une expérience émotionnelle. La Réunion des musées nationaux a fait appel à la société Gédéon, leader français du documentaire archéologique, qui avait réalisé la reconstitution virtuelle des monuments d’Orient détruits pas les djihadistes, dans l’exposition « Sites éternels, de Bâmiyân à Palmyre », en 2016.

En admirant les découvertes les plus récentes, les curieux d’aujourd’hui pourront se réapproprier le drame qui n’a cessé de fasciner au cours des siècles et qui, par un curieux paradoxe, a détruit mais aussi conservé presque intacte la cité romaine d’il y a deux mille ans.

En attendant les découvertes à venir, un tiers de la ville restant à ce jour inexploré.

 

26/02/2020 - Toute reproduction interdite


Massimo Osanna, directeur des fouilles de Pompéi, devant une fresque récemment découverte.
DR
De Stéphanie Cabanne

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