Société | 21 mai 2019

Le retour des peuples : pamphlet tout en panache d’André Bercoff !

De Maya Khadra
3 min

Talentueux, magistral, irrévérencieux ! Avec « Le retour des peuples » ( Editions Hugo Doc.) André Bercoff livre un pamphlet étonnant dans lequel il met les élites démissionnaires sur le banc des accusés, et explique que les peuples sortent enfin de leur léthargie !  A lire, de toute urgence, pour mieux comprendre le monde qui nous entoure ! Par Maya Khadra

 

Capitalisme de connivence, sécession des élites, fractures nationales et territoriales, lobbies aguerris et despotiques des minorités visibles, mondialisation effrénée, gauche décadente et droite circonspecte, Union Européenne défaillante et peuples voués au désespoir. Tels est le décor du pamphlet lucide et non moins nerveux d’André Bercoff. Le Retour des peuples, en dix actes, est une lame de fond qui emporte à son passage poltrons de tous bords et collabos de toutes sphères : politiques, financières, journalistiques et académiques. Le livre s’impose ainsi comme un remède roboratif à la maladie qui a frappé la France et l’Europe : l’exécration des peuples, réduits au vulgum pecus. L’auteur, qui fut le seul à prévoir l’élection de Donald Trump en 2015, a le goût du risque.

Ses idées et son écriture sortent des chemins balisés. Avec son style qui décape, il nargue avec brio les systèmes d’analyse figés à coups de traits d’esprit, de vérités historiques ou soit disant chiffrées, et de doses généreuses de bon sens. Si la lucidité est la blessure la plus proche au soleil, comme le disait René Char, André Bercoff est un écorché vif à l’assaut de la désinformation, qui n’esquive jamais les chemins les plus scabreux. Son pamphlet évite les ergotages, les longues démonstrations fastidieuses et les élucubrations radoteuses de certains de ses confrères. Il s’attaque à la source du malaise français et européen. Des pans entiers de populations ont été ignorés par les politiques mises en place au service d’un Nouveau monde qu’on a voulu « lisse », « sans frontières », « multiculturel », « inclusif » et autres calembredaines. Les peuples se réveillent partout en Europe. L’émergence des populismes, dont l’auteur observe l’ascension avec intérêt, en est le point d’orgue. D’ailleurs, pour André Bercoff, le mouvement des Gilets Jaunes n’est autre que l’expression d’un mécontentement populaire qu’il a si judicieusement rapproché de la conjoncture socio-politique de 1789. Sa référence à l’Abbé Siéyès, prophétique dans son essai sur le Tiers-Etat, confère à son livre une supériorité argumentative. En commentant des extraits de cet essai révolutionnaire incontournable, André Bercoff dévoile de douloureux phénomènes, toujours agrippés à la classe politique gouvernante comme l’hubris : « A-t-on remarqué que dès que le gouvernement devient le patrimoine d’une classe particulière, il s’enfle bientôt hors de toute mesure ? » Le pamphlétaire prend le parti des manants, des sans-dents, des beaufs, des réfractaires et de ceux qui ne sont rien. Il n’épargne pas les « minorités business » qui segmentent et laminent le tiers-état « en appliquant la loi sacro-sainte de la division du travail à la jungle luxuriante des désirs individuels transformés en passions tribales. » Le communautarisme de certains lobbies LGBT, féministes, anti-racistes, etc. a créé des frontières intra-muros sous forme de passages piétons couleur arc-en-ciel, point inclusif (ou chiure de mouche, pour l’auteur), haine du mâle blanc, au moment où les frontières extérieures s’estompent. Curieuse évolution à deux vitesses des frontières internes et externes dans une France d’en haut qui dédaigne la France d’en-bas. Le regard critique du journaliste s’attarde aussi sur l’Union Européenne. Il est corroboré par la référence au discours de Philippe Séguin prononcé en janvier 1997, trois ans avant la création de l’euro. « Sans identités nationales, il ne peut y avoir d’identité européenne ». Indispensable rappel de l’importance de l’identité ; mot honni par les sphères européistes et mondialistes.

Une chose est sûre, André Bercoff joue ici sa peau et prend des risques, cheminant une fois de plus loin des voies conventionnelles de la pensée unique. Parce que « le monde est au risque et il sera demain à qui risquera le plus, à qui prendra plus fermement son risque », d’après un autre grand ennemi des bien-pensants : Georges Bernanos.

 

07/05/2019 - Toute reproduction interdite

 


André Bercoff
Yves Colas
De Maya Khadra

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