L'association de défense des détenus Robin des Lois saisira le Tribunal de Grand Instance de Créteil pour que le lanceur d'alerte puisse déposer une demande d'asile politique en France.

                                                                               Par Francis Mateo.

Comme nombre de partisans de Julian Assange, François Korber est consterné par le silence du nouveau ministre français de la Justice, Éric Dupond-Moretti. Car le délégué général de l’association Robin des Lois* attend pour le moins un mot de l'avocat qui avait pris fait et cause pour le lanceur d'alerte au mois de février dernier, demandant que le président de la République lui accorde de toute urgence le droit d'asile politique en France. Depuis, le ténor du barreau est devenu garde des Sceaux, mais refuse désormais de s'exprimer sur le sort de Julian Assange, toujours incarcéré dans la prison de haute sécurité de Belmarsh. Julian Assange est en attente d'une possible extradition vers les États-Unis. Le temps ne joue pas en faveur du fondateur de Wiki-Leaks, puisqu'au terme de la transition du Brexit, le 31 décembre 2020, le Règlement de Dublin qui engage encore la Grande-Bretagne sur une demande d'asile d'un pays européen deviendra caduc. Robin des Lois a donc décidé d'abattre de nouvelles cartes, en accord avec les avocats de Julian Assange et son père, John Shipton.

Par l'intermédiaire de son avocat Emmanuel Ludot, l'association va donc saisir le juge des référés de Créteil, pour que Julian Assange soit autorisé à déposer un dossier de réfugié politique à l'OFPRA**, sans négliger la voie de la demande d'asile auprès d'Emmanuel Macron, en vertu du droit régalien du président de la République (comme le réclamait quelques mois auparavant Éric Dupond-Moretti).

Renvoyer le chef de l’État à sa propre responsabilité

Cette stratégie sur deux axes a d'abord pour objectif d'obtenir une réponse du TGI de Créteil : « La décision du juge des référés doit pouvoir permettre d'octroyer en quelque sorte une dérogation autorisant à Julian Assange à déposer un dossier auprès de l'OFPRA ; un organisme dont je n'imagine pas qu'il puisse négliger le sort du lanceur d'alerte », explique François Korber.

Le deuxième angle « d'attaque » de l'association Robin des Lois vise à renforcer la médiatisation de l'action auprès du public à travers tous types tous d’interventions : rassemblements devant l’Élysée, happenings, interpellation du ministre à l'Assemblée Nationale.... Objectif : faire monter la pression autour d'Éric Dupond-Moretti. D’autant que le chef du cabinet du garde des Sceaux, Jean Gaborit, est un proche d’Emmanuel Macron : « Si le ministre de la justice voulait faire passer le message au président de la République, il en aurait donc l'occasion trois fois par jour », ironise François Korber. Une façon aussi de renvoyer le chef de l’État à sa propre responsabilité dans cette affaire.

Julian Assange risque 175 ans de prison pour son implication dans le dossier Wiki-Leaks s'il est extradé et jugé aux États-Unis.

* L'association Robin des Lois défend les droits des détenus

** Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides

21/09/2020 - Toute reproduction interdite.


Les partisans de Julian Assange protestent devant la Old Bailey, la Cour pénale centrale, avant une audience visant à décider si Assange doit être extradé vers les États-Unis, à Londres, le 9 septembre 2020
Henry Nicholls/Reuters
De Francis Mateo