Analyses | 26 mars 2019

Le Qatar peut-il perdre l'organisation de la Coupe du monde de football 2022 ?

De Antoine Grynbaum
3 min

Le point de vue d'Antoine Grynbaum

Corruption avérée lors du processus de vote, pression de la FIFA, embargo de voisins hostiles, le petit pays gazier est en difficulté. Mais à 3 ans de son évènement phare, la question ne semble plus vraiment se poser : Le Mondial devrait bien se tenir entre Doha et ses environs.

 

Il est inapprochable, intouchable... Proche de Tamim ben Hamad Al Thani, Mohamed Bin Hammam a disparu du paysage. Cerveau de la victoire de l'évènement ''Qatar 2022'', cet homme qui avait fait fortune dans l'immobilier, signant ses premiers contrats de construction grâce au père de l'Emir, avait pour objectif de s'opposer à la mainmise footballistique saoudienne dans la région... A tel point que « BH » (Bin Hammam) aurait corrompu de nombreux votants avant le 2 décembre 2010, jour du vote final, pour l'attribution de la Coupe du Monde.

L'ancien vice-Président de la fédération qatarie de football a en fait toujours été proche du foot, sport des précaires dans l'émirat, mais pas vraiment pratiqué par les membres de la famille royale. Selon nos informations, il est désormais confiné au silence. Quelques mois après la victoire, les scandales ont éclaté les uns après les autres. Un livre au titre piquant dévoilait en effet il y a peu les coulisses de l'affaire : « Bin Hammam, l'homme qui acheta une Coupe du Monde ». Pourtant, rien ni personne ne remettait en cause l'organisation du tournoi à la FIFA. Même le FIFAGATE n'y changeait rien. Après le départ de Blatter remplacé par Infantino à la tête de l'instance, la donne allait-elle changer ? Le nouveau Président allait-il remettre en cause la victoire du petit pays du Golfe ?

N'évoquant jamais publiquement le processus de vote tant décrié, l'Italo-Suisse a pris ses distances avec Doha, favorisant l'émergence de l'Arabie Saoudite, s'affichant souriant aux côtés de MBS lors du match d'ouverture de la Coupe du Monde 2018, qui opposait la Russie à l'Arabie Saoudite. Mais sans aller jusqu'à trouver de remplaçant ou de plan B pour 2022...

En revanche, Infantino sème plein de petits cailloux sur le chemin vers le prochain Mondial. Sous l'impulsion de leur patron, la FIFA et son Conseil ont recommandé, le 15 mars dernier, l'élargissement de la Coupe du Monde à 48 équipes dès 2022. Avec quelles conséquences, alors que le tournoi devait accueillir 32 sélections à la base ?

Plus de besoins en hôtels, en stades, en infrastructures, Doha n'étant pas capable d'organiser cette compétition « new-look » toute seule. Fragilisé par Infantino, vers qui ce Qatar, isolé dans la région, va-t-il se tourner ? Oman resté plus ou moins neutre dans le conflit entre Doha et ses voisins ? Plus certainement l'Iran, l'ennemi saoudien, qui a déjà proposé son aide ... Le blocus imposé depuis juin 2017 par Riyad et ses alliés sera-t-il également maritime, afin de déstabiliser encore plus le Qatar dans l'organisation de son plus grand évènement sportif ?

D'ici 2022, d'autres informations anti-Doha pourraient sortir régulièrement à l'instar de cette nouvelle allégation publiée mi-mars par le Sunday Times. D'après le journal anglais, le Qatar aurait en effet proposé 400 millions de dollars à la FIFA en 2010, peu avant l'attribution de la Coupe du Monde, dont 100 millions censés être versés, seulement si l'émirat remportait le vote. Qui a fourni en informations les journalistes britanniques ? L'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis ? Car la guerre de l'info fait rage entre l'émirat et ses ennemis, qui inondent les journalistes de la presse internationale en infos et rumeurs...

Sans que cela ne change grand-chose finalement, la FIFA ne souhaitant pas délocaliser son prochain Mondial.

Question d'image, et question d'argent évidemment...

29/03/2019 - Toute reproduction interdite


Asian Football Confederation (AFC) President Mohammed Bin Hammam poses with the Asian Cup trophy during the draw for the 2011 Asian Cup soccer tournament at the Aspire Dome in Doha April 23, 2010
Fadi Al-Assaad/Reuters
De Antoine Grynbaum

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