Interviews | 26 avril 2021

Le président de la République au cinéma : une erreur de casting

De Lionel Lacour
4 min

Seriez-vous capable de citer plusieurs films français où apparaît le président de la République ? Sûrement avec difficulté. Le réalisateur Lionel Lacour a cherché à comprendre pourquoi le chef de l’État est aussi peu présent à l’écran, dans son dernier documentaire Un héros très discret, le président au cinéma.*    

Entretien conduit par Marie Corcelle.

Fild : Pourquoi avez-vous choisi le président de la République, et pas une autre figure politique ?

Lionel Lacour :
On m’avait demandé de faire une conférence sur l’élection du président américain à l’occasion des élections de 2016. J’avais fait un montage avec plusieurs extraits de film sur le sujet, et je me suis dit qu’en 2017, je pourrais faire la même chose pour le président français. Mais je me suis rendu compte qu’il n’y avait quasiment pas de films qui montraient notre chef d’État.


Fild : Comment expliquez-vous que la figure présidentielle est omniprésente dans le cinéma américain et pas en France ?

Lionel Lacour : La relation du peuple avec le président français est différente de celle que l’on peut trouver entre le président des États-Unis et les Américains. En France, il y a un rapport très monarchique, une sorte de déférence vis-à-vis du président, et donc une certaine réticence à parler de ce sujet. Et puis il y a un lien de subordination entre le cinéma et le pouvoir. Le président du Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC) est nommé par le président de la République, il est donc très difficile de faire des films contestataires. La télévision finance des films, mais la plupart des chaînes sont attribuées par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Il y a donc une sorte de contrôle implicite et une forme d’autocensure de la part des producteurs et des cinéastes vis-à-vis du pouvoir. Sans oublier qu’en France, on a une réticence à filmer l’Histoire, quelle qu’elle soit et ce n’est pas seulement valable pour les présidents. Avec tous ces éléments cumulés, lorsque la présidence française apparaît à l’écran, c’est presque uniquement sous une forme comique ou imaginaire. On a bien eu des pastiches, comme Dans la peau de Jacques Chirac, de Karl Zéro, et prochainement, Anne Fontaine doit réaliser une comédie avec Jean Dujardin et Grégory Gadebois, Présidents, dans les rôles de Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Fild : Le film sur Charles De Gaulle avec Lambert Wilson a- t-il marqué un tournant ?

Lionel Lacour : Dans De Gaulle, c’est le résistant qui est filmé, pas le président. On accentue sur le personnage historique qui fait consensus. De même, Xavier Durringer a fait un film, La Conquête, qui raconte comment Nicolas Sarkozy parvient au pouvoir. Mais il montre Sarkozy en tant que candidat qui accède à la présidence, pas en tant que chef d’État. Ça n’avait jamais été fait, et le film a déjà 10 ans. Depuis, il n’y en a pas d’autres de ce genre et sur d’autres présidents


Fild : Si vous pouviez réaliser un film sur un président, lequel choisiriez-vous ?


Lionel Lacour : Il y a deux présidents majeurs dans la Vème République, à savoir De Gaulle et Mitterrand. Ce dernier a eu quelques films qui lui ont été consacrés, directement ou indirectement. De Gaulle apparaît plus comme une Sainte Vierge, à laquelle il ne faut pas toucher. S’il y a un film que j’aimerais faire en tant que scénariste réalisateur, ça serait sûrement l’arrivée au pouvoir de De Gaulle en 1958. Je ne sais pas si c’est faisable, si ça parlerait aux Français, mais je pense qu’il y a une dramaturgie extraordinaire : comment l’homme qui était le héros de la Résistance est arrivé à la présidence grâce aux Pieds noirs qui voulaient conserver l’Algérie Française. Surtout que la première chose qu’a faite De Gaulle et d’ amener l’Algérie à l’indépendance.

Fild : Quelle est l’apparition du président au cinéma qui vous a le plus marqué ?

Lionel Lacour : Je vais reprendre l’une des interventions de Chappatte, le caricaturiste, dans mon documentaire : « Aucun ! ». Si l’on pense aux films américains sur les présidents, on peut facilement en citer plusieurs, comme JFK, Les hommes du président... Mais objectivement, s’il y a un film à mettre en avant, je crois que ce serait L’Affaire Farewell, de Christian Carion. Le président n’y est qu’un personnage secondaire, mais c’est la première fois qu’on le voit dans tourmente au cinéma. En fait, en France, les critiques n’aiment pas le cinéma politique. Mais lorsque c’est le cas aux États-Unis, ça ne pose aucun problème, car on adore que les États-Unis se détestent. Leurs films politisés sont souvent là pour démolir une personnalité.

* Diffusions sur Ciné+ Classic

Lun. 26 avr. à 07h09
Ven. 30 avr. à 22h34

Et en replay sur My Canal

23/04/2021 - Toute reproduction interdite


Lincoln par Steven Spielberg, 2012
© capture d'écran
De Lionel Lacour

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