Société | 18 mars 2021

Le péril jeune

De Guillaume Bigot
3 min

Les faits de violence extrême commis par des mineurs de plus en plus jeunes augmentent de manière préoccupante. Ce que le philosophe Olivier Rey appelle « l’extension du domaine des écrans » joue certainement un rôle dans cet ensauvagement.

                                   La chronique de Guillaume Bigot.

Les réseaux sociaux font et défont les réputations en temps réel et à grande échelle. Ils créent aussi un effet d’émulation et d’excitation entre les bandes et leur permettent de se coordonner et d’organiser leur agression ou leur vendetta.

Le numérique expose les plus jeunes à des images d’une brutalité inouïe et provoque un effet de désensibilisation à la violence.

Pour certains, la frontière entre le réel et le virtuel devient floue et celle entre ce qui est interdit et autorisé est abolie.

Pourtant, si tous les jeunes sont connectés, tous ne passent pas à l’acte.

L’effacement du rôle du père dans notre société offre une autre piste d’explications. Dans la théorie freudienne qui poursuit la plupart des traditions anthropologiques, il revient au père de séparer l’enfant de la mère. Au départ, le petit enfant différencie mal le monde extérieur de sa génitrice, laquelle est programmée pour répondre à ses besoins. C’est le stade de la fusion.

La limite réelle et symbolique, posée par le père, permet à l’enfant de découvrir l’altérité et la frustration. La montée de la violence chez certains jeunes révèle que les catégories de l’altérité et de la frustration sont mal intégrées. L’autre n’a pas vraiment de consistance. S’il s’oppose à mon désir, je pourrais donc facilement le tuer.

Pour autant, tous les enfants ayant grandi sans père ne sont pas condamnés à la violence.

Inversement, on pourrait penser que des jeunes élevés dans un modèle hyper patriarcal devraient être mieux à même de maîtriser leur frustration.

Or, selon le docteur Maurice Beger, il n’en est rien. Dans les centres fermés où le pédopsychiatre a travaillé, les jeunes issus de cultures autoritaires intégrant les châtiments corporels dans l’éducation étaient surreprésentés. On peut alors émettre l’hypothèse que la contradiction entre les valeurs intra familiales et celles qui sont promues par l’éducation nationale suscitent une tension qui favorise la violence. On doit aussi se souvenir que des pères peuvent aussi être démissionnaires ou absents dans des familles maghrébines ou africaines.

Se pourrait-il alors que le choc entre des cultures patriarcales et une post-modernité maternante soient à l’origine de la montée de la violence juvénile ?

Ici encore, très peu de jeunes issus de l’immigration extra européenne deviennent violents.

En fait, même s’il est probable que ces facteurs s’amplifient mutuellement, ni les écrans, ni les familles monoparentales, ni l’immigration ne suffisent à expliquer l’explosion de la violence des mineurs.

Le monde adulte doit reprendre le contrôle

S’il est un facteur décisif dans l’explosion de ce phénomène, il semble plutôt résider dans l’absence de sanction dissuasives et rapide face à des passages à l’acte de plus en plus graves et de plus en plus précoces.

La France de 2021 déplore moins d’homicides que celle de 1972 mais elle compte quatre fois plus de tentatives d’homicides et trois fois plus de violences gratuites dont 39 % commises par des mineurs.

Pour des jeunes, parfois habitués à être corrigés à la moindre incartade, souvent privés de père, abandonnés à eux-mêmes et aux écrans, la tolérance, la compréhension voire la peur que la société manifeste est forcément un encouragement.

La détestation du patriarcat a consacré une culture de l’excuse justifiant la réticence des magistrats à sanctionner.

Ce rejet de la sanction est autant une maltraitance contre les victimes que contre les auteurs de ces violences.

Une société qui refuse de sanctionner n’a plus elle-même de limite.

En 1987, l’écrivain Jaime Semprun a retourné la célèbre interrogation: quels enfants nous allons laisser au monde ?

Dans un célèbre roman anglais, Sa Majesté des Mouches, des jeunes de 10 à 15 ans, sont les seuls rescapés d’un naufrage. Ils finissent par massacrer l’un d’entre eux par jeu, sans même réaliser la gravité de leurs actes. L’ensauvagement cesse aussitôt qu’un officier pose le pied sur l’île.

Il est temps que le monde adulte reprenne le contrôle.

17/03/2021 - Toute reproduction interdite


Esther partage son choix de chaussures pour le retour à l'école dans Tik Tok, à Louisville, États-Unis, le 16 mars 2021.
Amira Karaoud/Reuters
De Guillaume Bigot

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