Le 18 décembre 2019, le Parlement des écrivains de la Méditerranée a été créé dans le but de défendre les droits de l’Homme et des populations du bassin Méditerranéen. Cette association d’auteurs rassemble plusieurs grandes plumes comme Boualem Sansal ou Maïssa Bey. Son président, le grand reporter et écrivain Bouziane Ahmed Kodja, dévoile les ambitions et les engagements de ce Parlement.

Entretien conduit par Marie Corcelle.       

Fild : Comment est né le Parlement des écrivains de la Méditerranée ?

Bouziane Ahmed Kodja :
En tant qu’auteurs, nous sommes partis d’un constat. Partout, les œuvres des écrivains fédèrent des hommes et des femmes à travers des actions humanistes, et cela contribue au bien-être de l’humanité, dans le respect de la dignité de chacun et de sa liberté. Chaque jour, notre monde est touché au cœur par des séries de violations de droits de l’Homme. Nous vivons encore des heures tragiques. Nous avons pensé que nous, écrivains de la Méditerranée, dans notre diversité géographique, culturelle et confessionnelle, nous pouvions occuper une nouvelle position, qui serait la preuve que la Méditerranée dans sa totalité demeure une communauté, en dépit des épreuves dramatiques qu’elle connaît. Cette mer est le lieu d’une tragédie sanglante qui perdure sous le regard indifférent des grandes nations. Elle est devenue un cimetière pour la jeunesse des pays de la rive sud, dans lesquels règnent des dictatures. Les différents mouvements de contestation dans ces pays, la résurgence des extrémismes, l’avenir incertain de millions personnes vulnérables étaient autant d’éléments sur lesquels nous n’avions pas le droit de nous taire. Ce Parlement est porteur d’un message d’espoir, singulier et fort. Nous voulons reprendre le dialogue avec les gouvernants et prôner la coopération, en nous libérant de toute idéologie et de toute pression politique.

Fild : Pourquoi avez-vous choisi le terme de Parlement ?

Bouziane Ahmed Kodja :
À ses débuts, cette association entre écrivains prenait plusieurs formes, mais elle ne pouvait avoir un écho certain et efficace. Alors nous avons décidé de lancer un appel aux gouvernements des deux rives, aux différentes chambres des Parlements des États, aux élus de l’Union Européenne et de l’Union Africaine, pour que cessent les drames qui coûtent la vie à des milliers de personnes chaque jour. Parce que pour beaucoup de jeunes du Sud, femmes et enfants, le présent est misérable et le futur est angoissant. Pour pouvoir faire entendre ces voix silencieuses, il fallait créer une sorte de groupe efficace, et il n’y a pas mieux qu’un Parlement. Nous sommes les élus du peuple, car nos lecteurs ont choisi de nous lire. Ils ont décidé de nous encourager dans nos luttes quotidiennes, de nous soutenir en nous lisant. Nous voulons parler au nom de ces populations qui observent un silence obligé et imposé. Et qui mieux qu’un écrivain vivant dans une société donnée, qui voyage, qui observe, qui transmet, sait reproduire les douleurs et les angoisses ?

Fild : Quelles causes souhaitez-vous défendre ?

Bouziane Ahmed Kodja : Il y a des sujets qui sont à nos yeux particulièrement importants. L’immigration clandestine, par exemple. Des centaines de milliers de jeunes tentent de traverser la Méditerranée à la recherche de la liberté et de la dignité. Sans oublier la condition de la femme qui est l’otage des inégalités et des traditions patriarcales au Sud. D’une manière générale, nous luttons pour la défense des droits de l’Homme. C’est un combat de chaque jour. Nous voulons également promouvoir la culture de la paix et du vivre ensemble, en appelant à surmonter la méfiance et le malentendu. C’est pourquoi nous avons souhaité mettre en place un programme pour encourager les jeunes du Sud à s’exprimer à travers l’écriture, par un regroupement de jeunes talents issus de lycées de la Méditerranée.

Fild : En quoi consiste votre programme ?


Bouziane Ahmed Kodja : Nous voulons entamer un dialogue avec les politiques et élus de chaque pays concerné par les drames qui se jouent en Méditerranée. Nous avons cet espoir de pouvoir les interpeller directement. Je crois que c’est le moment d’essayer de porter encore plus haut nos voix et celles de ceux que nous défendons pour que cessent ces conflits, ces atteintes aux droits de l’Homme, ces répressions aveugles de certains gouvernements, et pour qu’enfin nous puissions être en face de ceux qui décident de nos destins et avenirs, surtout ceux de nos enfants. Nous souhaitons pouvoir enfin arriver à un dialogue constructif entre les politiques et les populations.
Nous avions un programme ambitieux, et nous avions entamé des démarches pour intervenir devant des élus de différentes nations : en France, en Espagne, en Allemagne, à Strasbourg auprès de l’Union Européenne…. Nous avions reçu des invitations de la part de festivals littéraires, l’UNESCO en Corse souhaitait collaborer avec nous. La pandémie a malheureusement bousculé notre agenda. Si les conditions sanitaires le permettent, d’ici mai ou juin, nous pourrons renouer avec notre emploi du temps.


18/04/2021 - Toute reproduction interdite









Boualem Sansal et Bouziane Ahmed Khodja lors d'une session du Parlement des écrivains de la Méditerranée
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De Fild Fildmedia