« L'Arabie saoudite ne veut pas se doter d'une arme nucléaire, mais si l'Iran développe une bombe nucléaire, nous suivrons la même voie le plus vite possible, sans l'ombre d'un doute » a déclaré le 13 mars dernier l'homme fort de Riyad, le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS). Signataire du traité de non-prolifération nucléaire depuis 1988, l'Arabie Saoudite ne possède pas, à l'heure actuelle, d'infrastructure liée à l'utilisation militaire de l'atome. Malgré ses prises de position en faveur d'un Moyen Orient complètement dénucléarisé, cette dernière sortie de MBS prouve que le Royaume garde un œil sur cette problématique. Analyse de Maxime Chauffour 

L'Arabie Saoudite lorgne sur le secteur du nucléaire civil depuis la fin des années 70, mais c'est depuis 2010, date de la création de KA-CARE (acronyme de « King Abdullah City for Atomic and Renewable Energy »), que le pays fait montre d'un intérêt accru pour cette option énergétique. Créé par décret, l'organisme ambitionnait de doter le pays de 16 réacteurs nucléaires à l'horizon 2032, afin de diversifier son enveloppe énergétique aujourd'hui encore largement dépendante des énergies fossiles. L'objectif de 15% d'électricité produite par fission a récemment été repoussé à 2040, mais le développement d'une capacité nucléaire civile fait bel et bien partie des priorités du Royaume, confronté à l'augmentation continuelle de ses besoins énergétiques (estimée à 7% par an). La signature d'accords de coopération entre l'Arabie Saoudite et plusieurs pays dont la France, la Corée du Sud, mais aussi le Pakistan inquiète cependant les autorités américaines, qui craignent des transferts de technologies décisifs pouvant potentiellement ouvrir la voie à une obtention rapide de l'arme nucléaire.

La proximité technique entre les secteurs du nucléaire civil et militaire est en effet un problème de longue date : fonctionnant selon des principes physiques similaires, qui ne diffèrent que par le degré d'enrichissement de l'uranium (de 5% pour faire marcher un réacteur à 90% pour produire une ogive), le secteur nucléaire militaire profite indéniablement de l'expertise et des infrastructures civiles. Dans le cas de Riyad, c'est bien sûr la question de l'ennemi iranien et de son accès à la bombe qui motive le développement potentiel du secteur nucléaire militaire.

Depuis l'acquisition, en 1988, de missiles chinois capables de porter des têtes nucléaires, l'Arabie Saoudite fait planer le doute sur ses intentions d'obtenir la bombe. Les menaces iraniennes l'encouragent à y réfléchir, mais cette option est en réalité très peu probable. Malgré la bienveillance de l'administration Trump à l'égard de son allié, Washington ne regarderait pas d'un bon œil la marche de l'Arabie Saoudite vers l'obtention de l'arme nucléaire. Cette dernière aurait vraisemblablement trop à y perdre : les sanctions économiques seraient de plus rédhibitoires.

Les saoudiens le savent : la proximité de leur relation avec les Etats-Unis est aujourd'hui leur meilleure arme, bien que le pays se trouve dans une situation de crise sociologique sur le plan intérieur, en même temps que géopolitique dans le Golfe.

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Des gens marchent près de la centrale électrique numéro 10 de la zone d'opération centrale de la compagnie saoudienne d'électricité, au sud de Riyadh, 27 avril 2012
De GlobalGeoNews GGN