Culture | 2 juin 2020

Le mystère La Pérouse

De Stéphanie Cabanne
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Série : Des pirates aux chasseurs de trésors, en passant par l’histoire secrète des grandes œuvres artistiques, Stéphanie Cabane nous livre chaque vendredi des récits extraordinaires.

L’histoire maritime ne manque pas de naufrages. La liste des navires engloutis par les flots au cours des siècles est infinie. Pourtant, la disparition de la Boussole et de l’Astrolabe, les deux frégates de Jean-François de La Pérouse, occupe une place particulière. Est-ce en raison du mystère qui l’entoure ?

Plus de deux-cents ans après le drame, et malgré d’innombrables recherches, bien des questions demeurent sans réponse.

 

L’expédition scientifique envoyée en 1785 par Louis XVI effectuer un tour du monde dans la lignée du capitaine Cook, semble avoir été marquée par le sceau de l’adversité.

Après leur appareillage à Brest le 1er août 1785, la Boussole et l’Astrolabe traversent paisiblement l’Atlantique, passent le cap Horn et font escale à l’île de Pâques. Elles suivent les directives de Louis XVI dont on connaît la passion pour les sciences et la marine en particulier. Le roi a préparé avec le plus grand soin cette expédition ambitieuse, traçant sur la carte du monde les voies à emprunter et annotant scrupuleusement les instructions.

Les frégates se dirigent ensuite vers l’Alaska où la France souhaite établir un comptoir pour le commerce des fourrures. Les Français y découvrent un fjord spectaculaire cerné de glaciers, qu’ils baptisent « Port des Français ». Dans ce lieu tellurique où les tremblements de terre et les tsunamis sont plus forts que nulle part ailleurs, La Pérouse envoie deux canots sonder les fonds. Malgré des recommandations de grande prudence, les chaloupes sont emportées par le courant avec à leur bord vingt-et-un hommes qui périssent noyés.

Un an et demi plus tard, après un passage à Macao et l’exploration de la côte de Sibérie, les navires mettent le cap sur l’Australie et rejoignent les îles Samoa, en plein Pacifique. La traversée est interminable. Au cours d’une escale dans l’île de Tutuila, douze membres de l’équipage, dont le capitaine de l’Astrolabe, Fleurieu de Langle, sont massacrés par les insulaires. Cette violence inspire à La Pérouse des propos amers sur le mythe du « bon sauvage », créé par les philosophes « au coin du feu ».

Disparition mystérieuse et quête archéologique

Après trois années de navigation, la France ne reçoit plus de nouvelles. La Pérouse était censé rentrer en 1789. L’inquiétude s’installe. L’assemblée Constituante, pressée par la Société d’histoire naturelle, décide d’envoyer une expédition à la recherche des disparus. Les navires longent la zone du naufrage présumé, tout près de l’île de Vanikoro où des survivants attendent encore. Ils repartent hélas sans avoir rien vu.

Quarante ans de silence favorisent les fausses rumeurs. Finalement, c’est un bourlingueur irlandais, Peter Dillon, qui découvre en 1826 le lieu du naufrage. Il met la main sur des objets, notamment une poignée d’épée aux initiales de La Pérouse. Il obtient le témoignage d’un chef local qui avait quinze ans au moment des faits. Selon lui, les frégates ont fait naufrage, des survivants ont vécu sur l’île et y ont été tués.

L’isolement de Vanikoro, île volcanique isolée au milieu du Pacifique, n’encourage pas les expéditions. Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour que l’enquête reprenne. Elle est longue, faite de rebondissements.

En 1958, un plongeur néo-zélandais localise l’épave de la Boussole. Lors des campagnes de fouilles qui suivent cette découverte, quatre ancres sont sorties de l’eau, puis une cloche de bronze, sur laquelle est gravé le nom de la fonderie qui fournissait l’arsenal de Rochefort. Cet indice confirme l’identification de l’épave.

Depuis 1986, une dizaine d’expéditions archéologiques - sous-marines ou sur terre - ont été menées.

Sur l’île de Vanikoro, on découvre en 1999 les restes d’un camp qui attestent que des hommes ont vécu là avec l’espoir de repartir un jour. Le site révèle des instruments scientifiques, des pierres à fusil, de la porcelaine de Macao, des boutons d’uniformes...

La mer livre, sous une épaisse gangue de corail, un sextant en ébène provenant de l’Astrolabe. Plus extraordinaire encore, on trouve dans la zone arrière de l’épave de la Boussole, où logeaient les officiers et les savants, un squelette presque entier. Son étude révèle qu’il s’agit d’un homme d’environ trente-cinq ans. Gisant à proximité d’objets scientifiques, il était peut-être l’astronome Lepaute Dagelet ou le chirurgien Le Cor.

La quête n’est pas terminée. Malgré les interrogations qui demeurent, il est établi aujourd’hui que la Boussole et l’Astrolabe ont été prises dans un violent cyclone, une nuit de mai ou de juin 1788, au large de Vanikoro. Fracassée contre la barrière de corail, la Boussole a sombré avec son équipage. L’Astrolabe quant à elle, s’est échouée et s’est brisée, laissant une centaine de rescapés.

L’Histoire n’a pas manqué d’établir un parallèle entre le destin funeste de cette exploration d’envergure et celui de Louis XVI, emporté au même moment par la tempête révolutionnaire. La formule est célèbre et peut-être vraie : peu avant de monter sur l’échafaud, le roi demandait encore : « Avons-nous des nouvelles de M. de la Pérouse ? ».

 

03/06/2020 - Toute reproduction interdite

 

 


Les frégates l'Astrolabe et la Boussole au mouillage en juillet 1786 à Port-aux-Français en Amérique du nord (côte ouest). Expédition La Pérouse, dessin réalisé lors du mouillage.
Duché de Vancy
De Stéphanie Cabanne

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