L’inconséquence et l’incohérence sont patentes dans la gestion de la crise sanitaire par les autorités françaises. Mais il y a pire : les mensonges répétés qui ruinent l’autorité de la parole publique.

                                                                                   La chronique de Guillaume Bigot

Les cafés, les restaurants et les salles de sport étaient les derniers lieux publics où l’on pouvait retirer le masque.

La pandémie devait représenter une menace terrifiante pour que le Ministre de la santé interdise aux Français, dans certaines agglomérations, de fréquenter les salles de fitness ou de rester en terrasse après 22H .

La situation sanitaire devait être gravissime à Marseille pour que le ministre réserve ses mesures les plus draconiennes à cette cité qui est, depuis toujours, le symbole de la fronde contre la capitale. La décision de cibler Marseille ne pouvait que reposer sur des données incontestables car il était certain que l’opinion publique soupçonnerait une vengeance mesquine contre l’IHU de Didier Raoult.

Pourtant, les données publiées par le Ministère d’Olivier Véran n’offrent aucun fondement solide à ses décisions.

Le jour de la conférence de presse d’Olivier Véran, 43 personnes mourraient du Covid en France contre 78 la veille et 123 quelques jours plus tôt. L’évolution exponentielle du coronavirus est donc avérée mais… décroissante !

Au moment où le ministre de la Santé met la deuxième ville de France sous cloche, une seule personne y meurt du Covid.

Dans la cité phocéenne, tous les indicateurs s’affichaient en baisse depuis plusieurs jours avec moins de morts, moins d’hospitalisations et moins d’admis en réanimations que les deux semaines précédentes. Le taux de positivité des tests était plus faibles dans les Bouches du Rhône qu’en région parisienne mais c’est à Marseille et à Aix que l’on ferme les bars condamnant à la faillite nombre de petites entreprises.

Comment expliquer une telle disproportion entre les mesures prises et les risques réellement encourus par la population ?

Ce coronavirus reste encore plein de mystères mais il est désormais avéré que moins de 0,3 % des gens qui le contractent en meurent. Il est établi que les plus de 80 ans ont 180 fois plus de chances d’y succomber que les moins de 40. Il est certain que les personnes qui décèdent du Covid sont, dans d’écrasantes proportions des patients qui présentaient des facteurs de comorbidité. Les spécialistes s’accordent sur peu de choses au sujet de ce coronavirus mais un consensus existe pourtant au sein de la communauté scientifique : il s’agit d’une pathologie grave et potentiellement mortelle pour les sujets très âgés ou malades et rarissimes pour les sujets en bonne santé.

Olivier Véran a d’ailleurs tombé le masque, si l’on ose dire, devant la Commission d’enquête sénatoriale où il a admis que sur les 30 000 morts du Covid, 25 000 étaient atteints d’une autre pathologie grave qui les auraient tués de toutes façons rapidement. En comparant la mortalité de l’année 2019 (donc sans Covid) et celle de l’année 2020 (avec Covid), sur la même période, on constate en effet une légère surmortalité d’environ 5000 décès.

La disproportion entre l’énormité des mesures sanitaires et le caractère très limité du risque qu’elles visent à limiter est donc flagrante. Pour l’écrire autrement, on a compromis l’avenir du pays pour éviter des images de réanimations saturées de personnes en fin de vie qui seraient mortes de toutes façons. Nos gouvernants préfèrent sacrifier la jeunesse au profit du grand âge. Le réel au profit de l’image. Et dévoile ainsi l’incroyable vulnérabilité de ceux qui nous dirigent. Cela fait froid dans le dos : que se passerait-il si nous devions affronter un virus comparable au SARS de 2003 avec un taux de mortalité de 30 % et non de 0, 3 % ? Que se passerait-il en cas de guerre ?

Les autorités françaises ne sont pas les seules à s’être laissées entraîner dans cette danse de Saint-Guy du principe de précaution. Plusieurs pays dont Israël, en cette période de fêtes juives, ont décidé d’un reconfinement. En Espagne, plusieurs régions ont été bouclées à nouveau pour tenter d’enrayer la propagation du Covid 19. Il existe cependant une exception française. Notre gouvernement est le seul à avoir dressé tout le pays contre lui : droite, gauche, extrêmes et centres, jeunes et retraités, patrons et syndicalistes, France des banlieues et France périphérique.

Cette exception française dans la gestion politique de cette pandémie résulte d’un mélange d’inefficacité et d’arrogance. Et cette attitude demeure inchangée depuis le déclenchement de la crise sanitaire.

Après des mois de silence des autorités sur le Covid et alors que le pays doit faire face à la pire récession depuis 1945, les Français avaient besoin que leur gouvernement mobilise leur civisme, parle à leur intelligence, leur découvre un horizon et leur redonne espoir.

Au lieu de cela, le Premier ministre et son ministre de la santé ont abaissé le rideau de fer des cafés, bars et restaurants bouchant brutalement l’avenir des Français.

Le prix de l’inconséquence

Alors que le gouvernement s’est montré incapable de réguler l’utilisation des tests générant des files d’attente interminables qui les rendaient inutiles, il frappe d’interdictions les bars et les salles de sport.

Alors que l’État n’a pas anticipé les nombreux départs de personnels dans les hôpitaux et ne s’est pas donné les moyens d’accroître les capacités de notre système sanitaire à faire face à une reprise de la pandémie qu’il dit redouter, il fait payer le prix de son inconséquence aux forces vives du pays.

Alors qu’il est incapable de faire appliquer des mesures interdisant certaines manifestations ou certains rassemblements , il brandit la perspective d’un reconfinement devant les citoyens comme s’il s’agissait d’une menace ou d’une punition.

Le gouvernement ne se donne pas les moyens de tester correctement la population, ce qui relève de sa responsabilité, mais il demande aux Français de ne pas s’embrasser en famille ou de téléphoner à leurs parents en Ephad.

Le Premier ministre fait la leçon aux Français car ils n’ont pas téléchargé l’application StopCovid et avoue lui-même qu’il ne l’a pas fait.

L’inconséquence et l’incohérence sont patentes mais il y a pire. Il y a les mensonges répétés qui ruinent l’autorité de la parole publique.

Olivier Véran explique aux Français que la fermeture des bars et des cafés à Marseille a fait l’objet d’une consultation des autorités locales alors que le Préfet a passé un coup de fil au premier adjoint de Mme Rubirola 30 minutes avant son annonce.

Devant le Sénat, Olivier Véran regrettait de ne pas avoir eu suffisamment de masques, au lendemain de sa prise de fonctions, pour les distribuer aux soignants, aux médecins, aux hôpitaux. Le 10 mars, le même Olivier Véran déclarait : « il n’y a pas de pénurie de masque, nous avons un stock d’État de masques où il reste encore plusieurs dizaines de milions de masques. »

Florence Parly était également contrainte d’avouer que l’équipage de l’avion de l’armée de l’air qui rapatriait nos compatriotes de Wuhan n’avait pas été testé, expliquant la présence d’un cluster dans l’Essonne.

Au-delà des mensonges, il y a la vérité crue que ces derniers révèlent : celle d’un pouvoir qui méprise dans les grandes largeurs sa population.

La même semaine, l’ex-porte-parole Sibeth Ndiaye explique aux Sénateurs que les critiques adressées à l’exécutif par la population depuis le début de la crise reflètent « un défaut d’acculturation scientifique des Français ». À travers cette nouvelle percée conceptuelle, la responsable « idées » du parti présidentiel confirme que l’insulte du peuple français forme un système de gouvernement depuis 2017.

Tout pouvoir se fonde sur un principe dont le contenu est variable mais dont la forme, somme toute assez mystérieuse, reste en tout temps et en tout lieu la même. Ce fondement, c’est ce que l’on appelle la légitimité. Dictatorial ou démocratique, tout pouvoir qui perd le consentement des dirigés à lui obéir s’effondre rapidement. Le gouvernement actuel a le droit à l’erreur et au tâtonnement, il a même le devoir, très exceptionnellement, de mentir si l’intérêt supérieur de l’État le lui commande impérativement. Mais il ne peut fonder son autorité sur le mépris et l’infantilisation du peuple français sans la ruiner.

Puisqu’il a consenti à gouverner les Français, Jupiter lui-même ne saurait ignorer cette loi universelle de la gravité politique.

Guillaume Bigot est essayiste et chroniqueur sur C-News . Il dirige une grande école. Son prochain ouvrage sort en octobre, aux éditions Plon, La Populophobie, pourquoi il faut changer les classes dirigeantes françaises ?

29/09/2020 - Toute reproduction interdite


Le ministre de la santé Olivier Veran assiste aux questions de la session gouvernementale à l'Assemblée nationale à Paris, le 15 septembre 2020.
Charles Platiau/Reuters
De Guillaume Bigot