Analyses | 29 août 2020

Le masque et la peur

De Guillaume Bigot
3 min

Le professeur Raoult a raison lorsqu'il dit que le masque ne répond pas seulement à un besoin médical mais relève aussi d'une forme d'ingénierie économique et sociale. Politiquement d'ailleurs, à quoi sert le masque ?

                                                                      La chronique de Guillaume Bigot

Sa première fonction semble être de rassurer les citoyens. Le coût du confinement s'est révélé insoutenable. Il faut remettre le pays en marche. Le masque s'avère efficace en milieu clôt et en cas de promiscuité.

En revanche, lorsque l'on est dehors et que l'on peut maintenir la distanciation, le masque ne sert strictement à rien. Rendre obligatoire le port du masque relève donc d'une sorte d'effet placebo politique.

Le masque sert donc aussi à rassurer les gouvernants. Castex et ses ministres redoutent que des plaintes continuent à être déposées comme ce fut le cas contre Édouard Philippe et son équipe. Le masque permet ainsi aux autorités de se couvrir juridiquement.

Même si son utilité sanitaire est moindre que le lavage de main, rendre le masque obligatoire à la fin de l'été, c'est aussi préparer la véritable seconde vague qui ne débutera qu'avec le froid et l'humidité automnales. Le masque risque alors de devenir vital demain, au moins pour les populations vulnérables. Prescrire son port obligatoire dans des conditions pertinentes (à l'intérieur et en cas d'affluence) est donc rationnel.

Mais le mensonge initial à son sujet discrédite hélas la politique sanitaire actuelle. En avril, à plus de mille morts par jour, le masque ne servait à rien. Aujourd'hui, à moins de vingt décès quotidiens, il est obligatoire.

Le revirement est assourdissant mais l'absence de toute excuse, de toute amende honorable est pire qu'indigne, c'est une faute. La dignité et l'efficacité de la parole publique ne peuvent être rétablies que par ceux qui l'ont abaissées.

Plutôt que d'avaler son masque, Macron le ressort croyant également se protéger de son peuple. Le port du masque vise presque un effet muselière. L'Élysée est fragilisé par la crise qui s'annonce. Dans ce contexte, le masque bride l'opposition et dissuade les manifestants. Il ne reste plus qu'aux gilets jaunes à inventer le masque fluo.

Retournez au travail mais si vous pouviez continuer à avoir un peu la trouille, cela nous arrangerait. La pandémie sert à canaliser la population, à la discipliner. Le masque sert aussi à faire peur.

On l'a vu pendant le confinement où des drones poursuivaient des joggeurs sur des plages isolées et où le gouvernement faisait pleuvoir les amendes, n'hésitant pas à culpabiliser les Français jusque sur leur lits d'hôpitaux, la politique sanitaire offre l'occasion de sévir contre des citoyens respectueux des lois.

On l'a revu le soir de la finale où des CRS ont matraqué les clients d'un bar parisien qui n'avaient pas de masque. Pourtant, à moins d'un kilomètre de là, des véhicules étaient incendiés et des magasins pillés. La tentation est grande pour l'État de se défouler de son impuissance sur les braves gens.

La peur du masque risque d'ailleurs se retourner contre ceux qui cherchent à faire respecter son obligation. Le masque ne sert pas que d'effet placebo. En cas d'attroupement, il devient indispensable. On tombe ici sur le paradoxe d'un gouvernement qui ne pourra pas le plus car il ne peut pas le moins.

Si le gouvernement n'est pas capable d'interdire des rassemblements, il n'arrivera pas à imposer le masque.

Dans un pays où l'on peut mourir car on a croisé le regard d'un barbare, dans un pays où des dealers paradent avec des fusils d'assaut, comment garantir le respect du port masque ? Un État incapable d'assurer l'ordre public a peu de chances de garantir l'ordre sanitaire.

Cet été, des dizaines de nos concitoyens ont été frappés, gazés, poignardés, car ils ont demandé à des individus de porter le masque. Souvenons-nous du conducteur de bus de Bayonne, Philippe Monguillot, qui a demandé à 5 racailles de porter un masque, il le paiera de sa vie.

Une fois de plus, le masque dévoile. Sa pénurie avait révélé notre désindustrialisation. Les difficultés à l'imposer révèlent l'ensauvagement. Le masque est un incroyable révélateur des peurs et des contradictions de notre pays.

Petit objet en tissu ou en papier qui a déchiré le tissu social français à partir de l'hiver 2020. Voilà sans doute la définition que les historiens du futur donneront du masque.

Guillaume Bigot est politologue et essayiste. Contributeur du magazine Front Populaire, il analyse et décrypte l’actualité politique et sociale pour la chaine de télévision CNEWS et GlobalGeoNews. Son prochain ouvrage sort en octobre, aux éditions Plon : La Populophobie, pourquoi il faut changer les classes dirigeantes françaises ?

@Guillaume_Bigot

30/08/2020 - Toute reproduction interdite


Un homme portant un masque de protection se promène dans le quartier financier et commercial de La Défense le 17 août 2020.
Gonzalo Fuentes / Reuters
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