Très peu évoqué, est le rôle très important joué par l’Egypte dans le dossier israélo-palestinien. Il faut rappeler d’abord que c’est le Président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, qui a notamment obtenu le cessez-le-feu qui mit fin au conflit à Gaza en août 2014. L’Egypte a par ailleurs organisé, le 12 octobre 2014, au Caire, une conférence internationale pour la Palestine et la reconstruction de Gaza. Par Roland Lombardi.

Toutefois, les relations entre le Hamas et les militaires du Caire n’ont pas toujours été roses. En effet, il faut rappeler que le Hamas avait perdu un allié de poids en la personne de l’ancien président égyptien, issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, lorsque ce dernier fut renversé par l’armée en juillet 2013. De plus, avec le retour aux manettes des militaires et de Sissi, l’Egypte avait alors entrepris (les médias occidentaux en ont peu parlé) une lutte impitoyable contre le mouvement palestinien de Gaza avec des bombardements massifs, la destruction et l’inondation de tous les tunnels au Sud de l’enclave et enfin, la fermeture du point de passage de Rafah. Le Hamas a par ailleurs longtemps soutenu les milices jihadistes dans le Sinaï. Toutefois, très isolé politiquement, militairement et sur le plan international, le groupe terroriste palestinien a commencé à craindre d’être « débordé » par Daesh, qui a séduit de plus en plus la jeunesse arabe israélienne et palestinienne. Ainsi, la milice palestinienne a peu à peu cessé sa politique tacite et parfois contradictoire (arrestations de djihadistes à Gaza et soutien aux milices du Sinaï) pour préférer un « rapprochement », forcé et contre nature, avec l’armée égyptienne, afin tout simplement de sauvegarder son pouvoir et son leadership. C’est pourquoi, les Egyptiens ont eux aussi décidé d’établir une sorte de coopération avec le Hamas, pourtant toujours considéré comme une organisation terroriste au Caire. De fait, depuis le réchauffement de leurs relations, le point de passage de Rafah ouvre plus régulièrement. Depuis 2017, des représentations du mouvement islamiste palestinien ont donc été régulièrement reçues au Caire. Enfin, dans le but de réconcilier l’Autorité palestinienne et le Hamas, des rencontres, avec des diplomates ou des officiers des renseignements égyptiens, sont fréquemment organisées. Les Egyptiens ont même leur homme pour l’après-Abbas et prendre la tête de l’autorité palestinienne : C’est le « terrible » Mohammed Dahlan, l’ancien « Monsieur sécurité » du Fatah…

Ces derniers mois, de nombreux Gazaouis, encadrés par le Hamas, ont marqué le 70e anniversaire de la création d’Israël en 1948, ce qu’ils appellent la Nakba, ou « catastrophe », tout en protestant contre le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, en organisant « des Marches pour le retour » mais également en essayant de forcer la frontière israélienne.

La réponse des forces armées de l’Etat hébreu fut brutale. Il y eut de nombreux morts et blessés du côté palestinien.

Bien évidemment, mais surtout pour la forme, les autorités égyptiennes ont publié le lundi 14 mai, une rare condamnation de la réaction meurtrière d’Israël (plus de 60 tués chez les manifestants palestiniens) durant les affrontements le long de la frontière avec la bande de Gaza.

Mais en coulisses, en raison de ses contacts avec Jérusalem et Ramallah, Le Caire a usé de tout son poids, en envoyant des émissaires sur zone ou en recevant des représentants du Hamas ou d’Israël au Caire, dans le but d'éviter une escalade de la violence trop importante et qui deviendrait incontrôlable.

D’ailleurs, si un semblant de retour au calme put avoir lieu, ce serait notamment à la suite d’un entretien au Caire, il y a quelques semaines, entre le chef du bureau politique du Hamas, Ismail Haniyeh, et le chef des services de renseignements égyptiens, Kamal Abbas.

D’après certaines sources, le responsable égyptien, très remonté, n’aurait pas mâché ses mots et aurait menacé le palestinien en ces termes : « Si tu n’arrêtes pas d’envoyer ta population à la mort, c’est toi et le Hamas qui aurez son sang sur vos mains ! Si tu continues, Israël répondra toujours et prendra même des mesures encore plus sévères, je te le garantis ! S’ils (les Israéliens) décident de reprendre leurs « éliminations ciblées » ou de détruire vos belles villas, nous ne bougerons pas un petit doigt pour vous ! Alors arrête immédiatement ! »

Même si le Hamas semble parfois dépassé par d’autres groupes djihadistes à Gaza, le message est apparemment bien passé…

Enfin, lors de la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël, Sissi est resté relativement discret, ne condamnant pas pour autant la décision du président américain. Mais ce qui est certain, c’est qu’actuellement, pour des raisons de prestige, le prince héritier saoudien et surtout le président égyptien, sont plus que jamais très impliqués dans les négociations actuelles, et plus ou moins secrètes, à propos du futur processus de paix israélo-palestinien, relancé par l’administration Trump. Si le « deal du siècle » venait à voir finalement le jour, à n’en pas douter, l’Egypte de Sissi y sera pour beaucoup…

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Senior Hamas leader Ismail Haniyeh (R) shakes hands with Mohamed Mursi (C), head of the Muslim Brotherhood's Justice and Freedom Party and Egyptian Muslim brotherhood leader Mohammed Badie in Cairo December 26, 2011
De Roland Lombardi