Clinton, Obama, Trump, quand les Présidents américains s’impliquent dans les dossiers de candidature US pour la Coupe du Monde… Entre la défaite face à ‘’Qatar 2022’’, et la victoire pour l’organisation du Mondial 2026, qui se déroulera en partie aux Etats-Unis, gros plan sur un ballon qui ne tourne pas toujours très rond au pays du basket et du baseball. Le point de vue d’Antoine Grynbaum

L’anecdote en dit long. Décembre 2010, lobby du Savoy Baur en Ville, à Zurich. La FIFA vient d’attribuer la Coupe du monde 2022 au Qatar et déjà les téléphones de la planète entière se mettent à sonner. Au milieu de la cohue, un homme fulmine à l’issue du verdict : Bill Clinton, président des Etats-Unis entre 1993 et 2001. Selon le Daily Telegraph, celui qui s’attendait à lutter contre la candidature australienne ou japonaise rentre dans sa suite, ferme la porte, prend un ornement de la table basse en face de lui et « fracasse » le miroir. La glace est cassée, le moral de l’ambassadeur de la candidature US également. Alors Président, Obama en reste sans voix.

Perdre contre le Qatar, un pays du Golfe, partie du monde où les troupes américaines font la loi… Inimaginable, humiliant, inacceptable ! Alors de quelle manière se venger ? En déclenchant le FIFAGATE et les perquisitions de 2015 à Zurich… Faire tomber Blatter et mettre la main sur la FIFA afin d’obtenir l’organisation du Mondial 2026.

La justice américaine va donc demander à Chuck Blazer, ex-membre du comité exécutif de la FIFA, interpellé pour fraude fiscale, de collaborer et jouer la « taupe » au service des Américains. Blazer enregistre à leur insu un grand nombre de collègues du comité… Et le 27 mai 2015, la police suisse mène à Zurich, à la demande des autorités américaines, un coup de filet spectaculaire, arrêtant, dans le luxueux hôtel quelques 300 officiels de la fédération internationale du football (FIFA).

Les Américains voient Blatter démissionner et Infantino prendre la suite. Ne souhaitant pas se mettre les Etats-Unis à dos, le nouveau Président de l’instance « promet le Mondial 2026 à Trump », selon un fin connaisseur. « Si Gianni Infantino ne leur donne pas la Coupe du Monde, les Américains peuvent notamment appuyer sur le bouton des Panama papers (dans lesquels il est impliqué) pour le faire “sauter“ ». Infantino, le « Trump de la FIFA », ainsi qu’il est surnommé dans les couloirs du siège à Zurich a bien compris les enjeux.

Selon Rémi Dupré, spécialiste de la FIFA au Monde, « à l’arrivée de Gianni Infantino à la tête de l’organisation, il y a une reprise en main autoritaire du politique sur des instances disciplinaires indépendantes, le retour d’une présidence en majesté. En fait, la purge avait démarré à son arrivée en 2016 à tous les postes stratégiques : TV, médias, administratif… Toutes les équipes Blatter - Valcke ont été “liquidées“ ».

Jean-Baptiste Guégan, auteur de Géopolitique du sport (éditions Bréal), ose même une autre comparaison : « Au-delà de Trump, il y a un parallèle à faire entre Infantino et Xi Jinping. Le Président chinois a créé des commissions à l’intérieur du PC pour contrôler ses possibles rivaux en interne, au sein même du politburo. Trump a essayé d’en faire de même, mais avec moins de réussite, car il ne maitrisait pas aussi bien l’appareil d’état. Infantino, lui, sait comment cela fonctionne de l’intérieur ».

Des méthodes similaires dans l’exercice du pouvoir, et des Américains qui ont atteint leur objectif : organiser leur Mondial 2026, conjointement avec le Canada et le Mexique… Drôle d’association, mais finalement pas si étonnante dans le monde merveilleux du foot et de la realpolitik.

12/12/2019 - Toute reproduction interdite


Le Président de la FIFA, Gianni Infantino, prononce un discours lors du 68ème Congrès de la FIFA à Moscou, Russie, le 13 juin 2018.
Sergei Karpukhin / Reuters
De Antoine Grynbaum