Catherine Massaut est Juge et Vice - Présidente du Tribunal de Grande Instance de Dijon. Nous avons demandé à cette juriste avertie de nous livrer son analyse « es qualité » sur le Jihad judiciaire, qui menace de plus en plus d’intellectuels, de journalistes, mais aussi de simples citoyens. Propos recueillis par Peggy Porquet.

Qu'est-ce que le djihâd judiciaire ?
Le djihâd judiciaire n'est qu'une des formes de mise en œuvre d'une stratégie annoncée de conquête de notre sol par les islamistes contre de plus en plus d'intellectuels en France. Le djihâd judiciaire s'inscrit dans le noyautage des institutions françaises (et occidentales) par l'Islam prosélyte ou les "coupeurs de langues" pour reprendre l'expression de Monsieur Alexandre Del Valle ; elle tend à utiliser nos valeurs démocratiques - dont l'institution judiciaire fait partie intégrante - pour mieux déstabiliser le pays et imposer le musèlement de toute forme de critique de l'Islam.

Concrètement, le djihâd judiciaire consiste, pour les différentes émanations associatives des Frères Musulmans via le CCIF par exemple, et diverses organisations anti racistes, à déclencher de multiples procédures judiciaires contre tous les intellectuels, journalistes, essayistes, historiens, écrivains et autres penseurs lanceurs d'alerte et faire passer pour de la diffamation, de la discrimination et de l'incitation à la haine raciale, toute pensée critique de l'Islam.
L'instrumentalisation du Droit par les Frères Musulmans et leurs affidés est destructrice tant pour la personne ciblée que pour l'image de notre justice, mise en scène comme naïve , manipulable, sans ressources face à la violence politique, ce qui n'est pas tout à fait faux si l'on considère que l'usage abusif de notre droit - par le dévoiement de concepts tel que l'antiracisme - fait l'objet d'une mansuétude particulière.

Le djihâd judiciaire a-t-il pour but de menacer la liberté d'expression ?
Le djihâd judiciaire c'est avant tout la répression de toute liberté d'expression concernant l'Islam et le déni de guerre. "Le 19 décembre 2013, l'OCI a publié un rapport de son observatoire sur l'islamophobie...qui entendait prouver l'existence d'une culture de l'intolérance envers l'islam et les musulmans en Occident et appelait à exercer plus de pression sur les gouvernements occidentaux afin qu'ils fassent interdire par des législations ad hoc toute forme d'islamophobie ou de diffamation envers l'islam.... L'idée nouvelle diffusée dans ce rapport de 2013 était que le principal responsable de la nouvelle islamophobie dans les pays occidentaux, est la liberté d'expression elle-même, qu'il faudrait interdire en matière d'islam. Selon l'OCI, la liberté d'expression "protègerait" en effet "les facilitateurs d'islamophobie" dans les médias et les discours politiques." (Cf Alexandre Del Valle "La stratégie de l'intimidation", p. 143).
Ces avalanches de procès contre les libres penseurs français, étrangers et de confession musulmane, tendent à tuer dans l'œuf toute velléité de questionnement sur l'islamisme et ses liens avec l'islam par le biais de l'antiracisme dévoyé. " L'antiracisme est ainsi devenu le fer de lance de la lutte contre la liberté d'expression, un droit sanctifié par la Constitution" (Cf Yves Mamou "Le grand abandon", p. 73).
Christiane Taubira est celle qui a innové en la matière, en ce qu'elle fut la première à créer un lien puissant entre son ministère de la justice et les organisations antiracistes en judiciarisant toutes les formes d'expression anti-islamistes. Progressivement, à compter des années 2000, l'antiracisme institutionnel incarné par les associations antiracistes, a tracé son sillon au sein des prétoires et s'est ainsi imposé comme un incontournable interlocuteur de la justice. Mais c'est à compter de l'attentat de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher en janvier 2015, qu'une politique pénale anti-islamophobe a pris son essor, notamment par la circulaire du 12 janvier 2015 émanant du ministère de la justice, ET enjoint l'ensemble des Parquets du pays à "...combattre vigoureusement les propos ou agissements répréhensibles, haineux ou méprisants, proférés ou commis en raison de l'appartenance à un religion". C'est dans ce contexte que de nombreux intellectuels de tous poils, musulmans ou non, souverainistes ou non, laïques ou non, qui s'inquiétaient en public du terrorisme islamiste, du prosélytisme des associations cultuelles, de l'extension du salafisme en France, de la communautarisation de la population musulmane sous l'emprise des Frères musulmans, ont été poursuivis en justice pour s'expliquer sur leur "racisme antimusulman".
Michel Houellebecq, Pascal Bruckner, Eric Zemmour, Zineb el Razoui, Mohammed Louizi, le site Riposte Laïque animé par Pierre Cassin et Christine Tasin, Amine El Khatmi, Marc-Olivier Fogiel , Yvan Rioufol, Laurence Rossignol , et combien d'autres ont subi les attaques judiciaires des organisations islamistes en lien avec les Frères Musulmans et des associations antiracistes, de façon systématique, obligeant ces derniers à se justifier de leurs propos prétendument anti-islam et donc racistes. S'agissant de Monsieur Mohammed Louizi (6 procès en deux ans), Eric Zemmour et Riposte Laïque on peut parler d'un véritable acharnement judiciaire. A cet égard, il est inquiétant de constater que, Monsieur Mohammed Louizi, relaxé en première instance dans l'un de ses procès, le Parquet s'est associé à l'appel de la décision interjeté par les "victimes" de l'écrivain. Seulement, là où le bât blesse, c’est qu’en France, sous l'égide de la loi de 1881 prônant la liberté d'expression, le fait de critiquer une religion est autorisé et ne constitue pas à soi seul un délit racial.
En réalité, pour parvenir à leurs fins, les Frères Musulmans et leurs émanations associatives, mettent la pression sur la justice pour entretenir une confusion entre le concept idéologique - l'islamisme - et ses liens organiques - les musulmans dans leur ensemble - ce qui constitue le pivot légal.
On assiste ainsi depuis plusieurs années à la mise en place d'une inversion des valeurs démocratiques : c'est l'accusé qui a respecté en tous points la liberté d'expression qui est devenu le bourreau et les tenants de l'islamisme qui sont les victimes, alors même que sur le plan juridique, c'est tout le contraire.


Depuis plusieurs années, beaucoup d'islamistes attaquent leurs détracteurs en justice, et perdent systématiquement. Quels sont leurs objectifs ?
Il est acquis que les islamistes, d'une façon générale, s'emploient sans relâche à saper les fondations de la culture française, par petites touches, pour la remplacer à terme ou du moins soumettre tous ses aspects, y compris politiques, au diktat de la charia islamique.
Le djihâd judiciaire est une « stratégie d'intimidation ». Son objectif n'est pas de gagner une affaire contre l'un des libres détracteurs de l'islamisme, mais de le neutraliser en l'affaiblissant, financièrement et psychologiquement. En réalité, les accusateurs prétendument victimes des lanceurs d'alerte, se moquent éperdument du fond de l'affaire et s'ils disposent de suffisamment d'éléments ou non pour gagner les procès intentés. Ce qui compte pour eux, est la publicité faite du procès à venir relayée par les médias mainstream afin d'anéantir leur cible avant même que ne démarre le procès proprement dit. En d'autres termes le procès se fait dans la rue avant de se dérouler dans le prétoire.
Il faut également prendre en compte que les Frères musulmans et autres structures œuvrant dans son sillage, l'argent ne manque pas pour financer le djihâd des tribunaux et que le temps joue aussi pour eux : ils sont très patients.
Les lanceurs d'alerte n'ont pour eux ni la ressource du temps, ni celle de l'argent : entre la pression, les insultes, les menaces de mort, les tentatives de déstabilisation psychologiques, la menace judiciaire et le coût humain et financier des procès - aggravés par le fait que les juges indemnisent rarement les victimes d'un tel acharnement judiciaire, tout est mis en œuvre pour faire craquer humainement celui ou celle qui dénonce les procédés des islamistes de l'entourage Frériste.

En France le Blasphème n'est pas reconnu comme un délit. Les procès se multiplient - afin de faire jurisprudence ? La loi pourrait-elle être changée à terme?
Mme Belloubet, le ministre de la Justice vient de jeter un pavé dans la marre qui a provoqué un vif émoi dans les milieux politiques et les réseaux sociaux ; Depuis une dizaine de jours, Mila est au cœur d'une intense polémique sur le blasphème, et ce, depuis qu'elle a publié sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle elle tenait des propos hostiles à l'islam.
Cette jeune fille âgée de 16 ans, a clamé sur les réseaux sociaux (instagram) sa détestation de l'islam et de ses coutumes et depuis, ne cesse d'être harcelée, menacée de mort au point d'ailleurs d'avoir été déscolarisée. Repoussant un jeune musulman qui la harcelait, elle lui a déclaré son homosexualité, et fut ensuite copieusement insultée par le jeune homme, à qui elle a déclaré "je déteste la religion... le Coran, il n'y a que de la haine là-dedans, l'islam c'est de la merde, c'est ce que je pense...votre religion c'est de la merde, votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir ".
L'identité de la jeune fille et le lycée qu'elle fréquente sont divulgués sur les réseaux sociaux et elle subit un torrent d'insultes, d'appel au viol ainsi qu'à son égorgement.
Une enquête pour "provocation à la haine" a été ouverte par le Parquet de Vienne qui a classé l'affaire, tant il est vrai qu'en aucun cas, le caractère outrageant de ces propos - maladroits certes - se sauraient servir de prétexte pour engager des poursuites contre elle sous cette qualification, le Parquet estimant que ces propos s'inscrivent dans la liberté d'expression puisqu'ils ne sont que l'expression d'une opinion personnelle sur l'islam. Ce qui est reproché à Mila n'est pas son style mais d'avoir parlé en mal de la religion musulmane.
Le Collectif des juristes "Droit et Débat public" souligne que Mila a tenu des propos certes virulents mais dirigés contre l'islam et non contre les musulmans et que l'enquête qui avait été ouverte contre la jeune fille est le début du "basculement de tous les dangers pour la liberté d'expression".
Ce qui compte ce ne sont pas les propos mais l'offense qui insupporte le monde islamiste, c'est la critique qu'il faut interdire au nom de la vérité unique que les fréristes et autres affidés croient détenir.
La polémique rebondit lorsque le délégué général du CFCM affirme au micro de Sud radio : " Elle doit assumer les conséquences de ce qu'elle a dit elle l'a cherché elle l'assume; qui sème le vent récolte la tempête".
Marlène Schiappa rétorque sur France Inter que les propos du délégué du CFCM sont " criminels et coupables".
Dans ce contexte brûlant, Nicole Belloubet , Garde des Sceaux, ministre de la justice , invitée à la matinale d'Europe 1 en répondant à la question " quel est le délit le plus grave entre insulter une religion ou menacer de mort quelqu'un ? ", répond : " dans une démocratie la menace de mort est inacceptable.... l'insulte à la religion c'est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c'est grave..."
Le ministre déplace le problème suscité par sa première déclaration : ni l'injure ni la discrimination n'ont à voir dans cette affaire et sa déclaration "blasphématoire" est d'autant plus grave qu'elle laisse deviner, par ce lapsus révélateur, le ressenti du gouvernement à la veille de la discussion devant l'Assemblée Nationale, de la proposition de loi AVIA particulièrement restrictive en matière de liberté d'expression.
Il apparait qu'heureusement la majorité des procès contre les intellectuels libres penseurs échouent. La question est de savoir combien de temps vont tenir les courageux défenseurs de nos libertés ?
A ce stade, nul ne sait de quoi sera fait demain. Toutefois, si la France poursuit sa politique de favoritisme de la religion musulmane - notamment par la crainte du gouvernement des représailles dans les quartiers islamisés -, il est clair que l'on aboutira dans quelques années à la situation décrite par Michel Houellebecq dans "Soumission ‘’.
Si aucune loi concernant la critique de l'islam proprement dite n'est à l'ordre du jour, suite aux nombreux procès initiés par la Confrérie et ONG progressistes et multiculturalistes, il reste que la proposition de loi contre les contenus haineux sur internet dite loi AVIA pourrait s'accommoder à terme de certaines dérives visant à restreindre la liberté d'expression.
En effet, elle est une proposition de loi destinée à retirer certains contenus haineux sous 24 heures des réseaux sociaux, des plateformes collaboratives ou des moteurs de recherche. La commission mixte paritaire s'est réunie le 8 janvier 2020 sans parvenir à un accord, après avoir été adoptée en première lecture par l'Assemblée Nationale et le Sénat.
Or, la haine ne constitue pas en soi une infraction : elle n'a pas de définition ni d'existence dans le droit positif français en dehors de pouvoir constituer le motif de la commission de délits ou de crimes. La proposition de loi se réfère donc à des infractions déjà connues (incitation à la haine etc...). La difficulté et la dangerosité de cette proposition de loi réside dans la brèche qui ouvre la voie aux islamistes qui dénonceront à tour de bras tout propos dépassant leur seuil de tolérance.

C'est pourquoi il convient de rester vigilant, de combattre pied à pied toute progression de l'islamisme dans nos institutions (…). Il appartient à la Justice de rétablir un équilibre et de poursuivre sans relâche et sanctionner sévèrement toutes les incitations à la haine raciale contre les français.

Afin que la France ne disparaisse pas.

03/02/2020 - Toute reproduction interdite


Catherine Massaut
DR
De Peggy Porquet