Analyses | 24 mai 2020
2020-5-24

Le disque rayé de la classe dirigeante française

De GlobalGeoNews GGN
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La classe dirigeante française semble entrée dans son troisième âge, celui de la sénilité. Répéter en boucle et perdre la mémoire sont effet deux privilèges navrants du grand âge. La réaction du Monde à l’initiative éditoriale de Michel Onfray et de ses amis, rapidement imitée par tout ce que la France compte d’organes de presse conformes, reprend presque mot pour mot ce que les mêmes avaient écrits, il y a plus de vingt ans, à propos de la fondation Marc Bloch.

                                                                                                 L’édito de Guillaume Bigot

Ce cercle de réflexion créé en 1998 par une poignée de journalistes, d’écrivains et d’universitaires qui entendaient défendre l’idée républicaine contre la construction européenne avait attiré à l’époque les mêmes excommunications stéréotypées.

Il était difficile de tenir Régis Debray ou Max Gallo, pour citer les mânes les plus brillantes de cette entreprise, pour des activistes de droite. La solution consista donc pour le trio infernal Plenel, Colombani et Minc à voir dans la participation d’hommes de gauche à cette entreprise le signe de la bête. Des personnalités des deux rives se réunissant pour contester l’inéluctabilité de la construction européenne ? Il ne pouvait s’agir que d’une fraternelle vouant un culte sous-terrain à Adolf Hitler.

Le grand quotidien nous avait qualifiés de « nationaux-républicains », laissant entendre que ceux qui ne s’appelaient pas encore les souverainistes étaient prêts à replonger le pays dans ses heures les plus sombres, pour reprendre l’un des disques les plus rayés du magnétophone social de la classe dirigeante. Alain Minc ira jusqu’à contacter les descendants de Marc Bloch pour leur expliquer qu’ils devaient s’opposer à l’utilisation du nom de leur illustre ancêtre, salis par les desseins secrètement antisémites des fondateurs parmi lesquels Élisabeth Lévy et Philippe Cohen. C’est ainsi que la fondation Marc Bloch dut se rebaptiser fondation du 2 mars. Avec Natacha Polony et quelques autres, nous lancions le Comité Orwell en 2016 autour des mêmes combats : pluralisme du débat et réhabilitation d’un patriotisme strictement républicain. Cette-fois, ce sont des journalistes de Libération qui préviendront les ayant droits de l’écrivain anglais contre le retour des rouges-bruns. Sous la menace des avocats, le Comité Orwell devra se réintituler les Orwéliens. A présent, les inquisiteurs bruxellois seraient bien capables d’exhumer les restes de Léon Blum pour accabler le philosophe normand.

Le défenseur du prolétaire passé du côté obscur de la force possède un visage dans le bestiaire politique français : Jacques Doriot, ancien cacique du PCF devenu l’un des partisans les plus acharnés de la nouvelle Europe et engagé volontaire dans la tristement célèbre division Charlemagne.

Le Monde n’a pas osé directement comparer Onfray au fondateur du Parti Populaire Français, mais il a laissé entendre que sa volonté de réunir les adversaires de l’Europe maastrichtienne était une divine surprise pour les extrémistes de droite.

Le philosophie Alain disait : « Quand on me demande si la division entre partis de droite et de gauche, entre gens de gauche ou de droite, a encore une quelconque signification, la première chose qui me vient à l’esprit est que quiconque pose la question n’est certainement pas de la gauche. »

Les gardes chiourmes de l’Europe ordo-libérale sous domination allemande vont un cran plus loin : « Quand on me demande si la division entre partis de droite et de gauche, entre gens de gauche ou de droite au sujet de la construction européenne a encore une quelconque signification, la première chose qui me vient à l’esprit est que quiconque pose la question est certainement d’extrême-droite. »

Le fait de rassembler des gens de droite et de gauche offrirait un début de preuve. Le fait que les amis d’Onfray discutent du blocage du volant démocratique direction toujours plus d’intégration européenne et toujours plus de libre marché offrirait selon eux, une preuve irréfutable de leur ralliement au néofascisme.

En prononçant ce genre d’excommunication, les gardiens du temple bruxellois ont en tête le travail de Zeev Sternell consacré à l’esprit de la collaboration qui rappelait l’apport décisif de la gauche dans la construction de l’idéologie de la révolution nationale. « Ni droite, ni gauche » : le titre du célèbre ouvrage de l’historien israélien Sternell pourrait pourtant facilement servir à ternir l’image d’un Emmanuel Macron voulant dépasser l’opposition factice entre Républicains et Socialistes au nom de l’Europe nouvelle, comme on disait sous Vichy.

La référence à Sternell aurait pu être utilisée pour discréditer l’actuel chef de l’État qui – à l’instar de l’État français - est prêt à se ranger sous la houlette de Berlin pour faire l’unité de l’Europe. D’accord sur l’essentiel et opposé sur des broutilles, la droite et la gauche maastrichtienne ont été réconciliés par En Marche. Est-ce la preuve qu’Emmanuel Macron est d’extrême-droite ? Évidemment pas.

Autour du Général, les hommes de Londres qui jurèrent de rétablir la souveraineté française venaient tantôt de gauche (Jean Moulin ou Stéphane Hessel), tantôt de droite (Pierre Messmer ou Pierre Tissier) et parfois même de l’extrême droite (André Dewavrin alias le colonel Passy ou Claude Hettier de Boislambert).

Qu’importe la complexité de l’histoire, qu’importe l’impossibilité de comparer, les eurolâtres gâteux bêlent les mêmes inepties à vingt ans de distance.

A tous les moments charnières de l’histoire de France, la division entre la droite et la gauche perd de son importance au profit d’un clivage plus existentiel, la survie de la nation. On peut affirmer aujourd’hui que vouloir préserver l’Etat-nation forgé par mille ans d’histoire reflète une intention conservatrice. On peut également soutenir l’inverse et avancer que vouloir couper la tête de l’Euro pour la rendre au peuple trahit un réflexe typiquement de gauche. Le réflexe pavolvien des contempteurs d’Onfray traduit surtout la crainte que son initiative inspire, y compris au sommet de l’Etat. Mais il soulève aussi la question de la nécessité d’aller au bout de la transformation du champ politique qui n’a pas été amorcée par Emmanuel Macron mais dont il a eu le mérite de tirer des conséquences partisanes en créant en Marche comme formation à la fois de droite et à la fois de gauche pour soutenir le triple ancrage multiculturalisme, marché, et Europe. Face à ce vaste système des apparentements qu’est En Marche (même s’il feint de se diviser) ne faut-il pas créer son pendant et lancer sur les fonts baptismaux une formation défendant l’assimilation, l’intervention de l’État et le retour d’une France renouant avec son destin mondial en se déconfinant de cet EPHAD de l’histoire qu’est l’Union Européenne ?

Alors vive le Front populaire ou ce qui en sortira.

25/05/2020 - Toute reproduction interdite


Guillaume Bigot
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De GlobalGeoNews GGN