Société | 13 avril 2021

Le dîner « déconfiné »

De Guillaume Bigot
3 min

Dans tous les milieux, des gens ont piétiné les règles sanitaires.  Les contrevenants sont-ils tous traités de la même manière ? Certains bénéficient-ils d’une forme d’indulgence de la part des autorités ?

La chronique de Guillaume Bigot. 

Brice Hortefeux et Alain Duhamel ont déjeuné dans un appartement parisien, transformé en restaurant clandestin par le chef Christophe Leroy. A priori, cette affaire est sans importance.

Reprenons d’abord la chronologie des faits dans cette affaire du Palais Vivienne et du Leroy’s club.

Tout a commencé le vendredi 2 avril lorsque M6 a diffusé des images floutées de soirées clandestines. On y entend l’un des organisateurs, Pierre-Jean Chalençon, se vanter d’y recevoir bientôt Gabriel Attal et d’avoir récemment dîné dans deux ou trois restaurants clandestins avec des ministres.

Pendant le week-end, une vague d’indignation enfle sur les réseaux sociaux avec la diffusion d’un Hashtag « on veut les noms ».

Mardi 6 avril, Marlène Schiappa a déclaré : Je sais de source sûre et confirmée qu’il y a effectivement eu une invitation et que Gabriel Attal l'a refusée. » Le même jour, sur une autre antenne, Gabriel Attal a indiqué : « J’ai découvert cette invitation avec la vidéo de M6. Je n'ai jamais rencontré cette personne. »

L’opposition, pourtant prompte à faire feu de tout bois contre le gouvernement, n’a pas relevé cette contradiction flagrante. De même, de LFI jusqu’au RN, personne n’a songé à rappeler que le Code de procédure pénale oblige toute autorité d’informer, sans délai, le procureur de la République d’un délit dont il aurait connaissance dans l’exercice de ses fonctions.

En tous cas, manifestement paniqué, Pierre-Jean Chalençon est revenu sur ses propos en affirmant qu’il s’agissait d’un poisson d’avril.

Avec une troublante unanimité, les éditorialistes et les chaînes d’info ont considéré que l’affaire était close et qu’il fallait passer à autre chose.

Mercredi 7, l’affaire est remontée au plus haut niveau de l’État. Le Président a déclaré : « ceux qui ont des responsabilités doivent être exemplaire. »

Vendredi 9, le Procureur de la République a saisi la police d’une enquête pour « mise en danger de la vie d’autrui. » Pierre-Jean Chalençon et Christophe Leroy ont été entendus.

Le pouvoir n’aurait-il pas sur-réagi ? En réalité, il devait tuer cette affaire dans l’œuf.

On comprend parfaitement que le gouvernement ne pouvait laisser croire que des ministres participaient à des agapes luxueuses organisées par une néo-aristocratie décadente toute droit sortie du film Ridicule.

En temps normal, la majorité de Français est à la peine et les mesures sanitaires ont aggravé leur précarité.

Il fallait donc rappeler que la loi s’applique aussi et surtout à ceux qui l’édictent.

Le feu semblait ainsi éteint jusqu’à la révélation du déjeuner clandestin de Brice Hortefeux et d’Alain Duhamel.

La manière dont ces deux personnalités se défendent est cocasse. En parlant du restaurant, l’ancien ministre de l’intérieur affirme, « avoir cru à une pratique légale et dans les clous. »

Quant à l’éditorialiste, il était tellement troublé qu’en sortant du Leroy’s club, il a déclaré s’être trompé de Uber.

Une défense méprisante à l’égard des Français

En plus d’être dérisoire, cette défense est méprisante pour les citoyens qui se débattent dans les affres du quotidien.

Les Français savent que les politiques, les journalistes, les peoples et les hommes d’affaire se côtoient au sein de ce qu’ils appellent eux-mêmes « le Tout Paris ». Mais ils éprouvent aussi le sentiment que ces personnalités qui défendent bec et ongles les gestes barrières sur les plateaux de télé semblent considérer que ces mesures ne s’appliquent qu’aux citoyens de base.

On comprend, en tous cas, qu’infantilisés depuis un an, les Français ressentent une forme de plaisir à se moquer de ceux qui leur font la leçon et qui sont pris le doigt dans le pot de confiture.

Il y a certes, quelque chose de malsain dans ce climat de défiance généralisée.

Il oscille entre une joie mauvaise dans cette recherche des coupables et une soif de justice qui fait écho à cet extrait des évangiles de Mathieu :

« Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. »

13/04/2021 - Toute reproduction interdite


Pierre-Jean Chalençon pose lors d'une cérémonie à la mémoire de l'empereur Napoléon et des soldats morts pour la France à l'Hôtel des Invalides à Paris,le 5 mai 2019.
© Charles Platiau/Reuters
De Guillaume Bigot

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