Le mercredi 3 mars, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé la dissolution de Génération identitaire. En cette période de convergence de crises que traverse la France, était-ce vraiment une priorité ?

                          La chronique politique de Roland Lombardi.

Mercredi dernier, Gerald Darmanin, a fièrement annoncé sur son compte Twitter la dissolution du mouvement politique Génération identitaire. Pour le ministre, ses membres inciteraient « à la discrimination, la haine et la violence ».

Apparemment, il est donc plus facile au ministre de l’Intérieur d’interdire cette organisation et faire évacuer les quais de Seine des promeneurs du Week-end que de s’attaquer aux antifas ou aux amis d’Assa Traoré. Ou de mettre fin aux émeutes urbaines et les guet-apens sur des policiers qui touchent depuis des semaines des dizaines de quartiers en France en dépit du couvre-feu. D’expulser des délinquants étrangers multirécidivistes comme celui qui a participé au lynchage de Christian Lantenois, un photo-journaliste du quotidien L'Union-L'Ardennais, laissé entre la vie et la mort sur le bitume d’un quartier de Reims. Ou enfin, de dissoudre un syndicat étudiant de Sciences Po Grenoble qui s’érige en tribunal révolutionnaire jugeant leurs professeurs en fonction de ses propres délires idéologiques et qui menace impunément leur sécurité et leur vie…

Comme je l’écrivais dernièrement[1], en mettant en application ses menaces, Darmanin ne fait qu’un énième coup de com’ et du « en même temps » macronien pour complaire au microcosme progressiste parisien, après la dissolution, mal vécue par certains, des organisations clairement islamistes comme le CCIF et Baraka City.

Mais si la plupart des médias, la gauche et les progressistes aiment à se faire peur et jouer avec le sensationnalisme du « danger de l’extrême-droite », que représente réellement ce risque en France ?

Entre fantasme et réalité

La menace terroriste d’extrême-droite est bien évidemment à prendre en compte. De ce côté là aussi, le risque zéro n’existe pas. Dans le contexte des attentats islamistes à partir de 2015, Patrick Calvar, l’ancien patron de la DGSI, avait fait part de ses craintes quant au spectre d’un choc communautaire excité par l’ultra-droite à la faveur des attentats de Daesh et d’al-Qaïda. C’était d’ailleurs le rêve, voire la stratégie d’Abou Moussab al-Souri, le théoricien djihadiste de la guerre civile en Europe. Dans son Appel à la résistance islamique mondiale, ce dernier espérait, avec la multiplication des attaques qui toucheraient l’Europe, exactement la réalisation de ce scénario de « l’engrenage de la violence ».

Il y a peut-être une vingtaine de groupuscules de l’ultra-droite beaucoup plus violents que Génération identitaire. Le nombre de personnes qui y gravitent atteint sûrement le millier de « militants ». Or, cette mouvance et ses réseaux sont étroitement et bien surveillés (et souvent infiltrés) depuis des années par les services français.

Concernant la plupart de ces autres groupes « clandestins » qui se forment sporadiquement, ils ne sont souvent que des coquilles vides. Beaucoup de ces petits groupuscules naissent et disparaissent aussitôt. Il n’y pas de profil type des personnes qui les composent mais souvent ce sont des gens marqués par les échecs et les rejets. Attirés au début par l’action politique et militante, et souvent déçus par les partis traditionnels.

De plus, nous avons souvent affaire à des pieds nickelés. Ce sont surtout des « révolutionnaires du clavier » plus qu’autre chose. D’ailleurs, c’est la plupart du temps comme cela qu’ils se font tous interpeller : à cause de leurs profils sur les réseaux sociaux et surtout, leur activisme et leur violence… mais sur les écrans !

Même si certains se préparent au « Grand soir » (pour eux, la guerre civile), nous sommes encore très loin de la dangerosité et du sérieux de groupes comme La Cagoule, l’OAS, ou l’IRA irlandaise, ou encore l’ETA basque.

Le vrai danger viendrait plutôt d’un illuminé ou d’un déséquilibré plus ou moins isolé, une sorte d’Anders Breivik ou d’un Brenton Tarrant version locale. Ou pire, de petites cellules complètement déconnectées et indépendantes les unes des autres, composées seulement de 2 à 3 personnes (pas plus, pour éviter ainsi les fuites et les infiltrations, comme en son temps les meilleures cellules de l’IRA que j’ai évoquée plus haut), « professionnelles », vraiment déterminées à se faire justice elles-mêmes et bien sûr totalement « low tech » (sans portables, internet ou réseaux sociaux…). Là ce serait une toute autre histoire et le rêve d’Al-Souri pourrait malheureusement finir par se réaliser…

Or ne nous méprenons pas. Pour l’instant, les services français sont formels : la plus grande menace terroriste actuellement en France demeure encore et toujours le terrorisme islamiste !

Toutefois, le contexte actuel d’immense déprime et de colère croissante chez la majorité des Français est inquiétant. La pandémie, la gestion calamiteuse de la crise sanitaire, la crise économique qui va s’aggraver, l’insécurité incontrôlée, les émeutes urbaines récurrentes et impunies à travers tout le pays et enfin, la « politique de la serpillière » d’une classe dirigeante hors-sol, toujours aussi forte avec les faibles et faible avec les forts, ne font que nourrir le ressentiment de beaucoup. Surtout, sans perspective politique nouvelle à l’horizon. Les différentes actions (ou inactions dans certains cas) gouvernementales ne font que faire grandir le dégoût qui touche 80% des Français (enquête CEVIPOF sur la confiance) et l’abstentionnisme.

Les Français paraissent résilients et bien pacifiques. Parfois, ils semblent atones, touchés d’apathie. En fait, ils seraient plutôt en phase de « sidération » prolongée (comme après une agression) devant le mépris et l’incompétence de leurs responsables et les restrictions ubuesques qu’on leur impose depuis des mois. Mais la majorité d’entre eux ne se sent toujours pas protégée ni même gouvernée. Et gare alors à la phase de « réaction » ! Car ce peuple est un ressort qu’il ne faut pas trop presser et pousser au désespoir…

Pour pallier la défaillance de l’État, certains habitants de petits villages ou de villes périphériques des grandes cités, s’organisent déjà en groupe voire en « milice » de surveillance ou pire d’autodéfense !

L’histoire le prouve : quand un État régalien est défaillant, la guerre civile n’est malheureusement jamais bien loin. L’impéritie et la déconnection du réel du pouvoir actuel sont éminemment dangereuses. Il sera le principal coupable des possibles drames qui surviendront suite à l’attentat islamiste, à l’agression ou à l’humiliation de trop.

[1] https://fildmedia.com/article/dissolution-de-generation-identitaire-le-ministre-de-l-interieur-n-a-t-il-pas-mieux-a-faire

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

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Anders Behring Breivik lors de son procès pour le meurtre de 77 personnes à Oslo le 3 mai 2012.
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De Roland Lombardi