Frédéric Jeanjean est restaurateur et secrétaire général de l’UMIH des Bouches-du-Rhône (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie). Le 24 novembre, il a exprimé sa colère à la télévision face au maintien de la fermeture des bars et restaurants.
Il a appelé à un grand rassemblement jeudi à Marseille, lors duquel les restaurateurs manifesteront contre la décision du gouvernement.         

                                                       Entretien conduit par Marie Corcelle.

Fild: Vous attendiez-vous à une telle décision du gouvernement ?

Frédéric Jeanjean : Pas du tout, non, on pensait qu’on allait nous permettre d’ouvrir début décembre, en même temps que les autres commerces. Il faut qu’on travaille. Il y a des gens qui sont dans une situation catastrophique.
Nous faisons face à de vrais problèmes : le gouvernement annonçait les reports de crédits bancaires et ça n’a pas été fait, on nous a dit qu’on pourrait lisser les factures de gaz et d’énergie ou les reporter et ce n’est pas du tout d’actualité. Concrètement, on se retrouve avec des professionnels de la restauration qui, au bout de 5 mois de fermeture, sont obligés de vendre la vaisselle de leur établissement ou le mobilier pour pouvoir bouffer. J’ai des gars qui ne peuvent même plus payer la cantine des gamins. Ce sont des situations extrêmes.

Fild: En réalité, les restaurants et cafés seraient tout à fait capables de rester ouverts en respectant un protocole sanitaire comme ça a été le cas ces derniers mois ?
Frédéric Jeanjean :
Mais le protocole sanitaire, il vient d’où, d’après vous ? Qui est-ce qui l’a proposé au gouvernement ? C’est nous ! Parce qu’à part sortir des normes et des décrets, qui plus est mal rédigés, qu’est-ce qu’ils font ? Le protocole sanitaire qui a été appliqué dans tous les restaurants de France, c’est celui que nous, à l’UMIH des Bouches du Rhône, on avait proposé. Quand Olivier Véran est venu à Marseille, il a refusé de nous parler. A force d’engager un bras de fer, on a réussi à rouvrir au bout d’une semaine, et à ce que ce protocole soit appliqué dans toute la France.

Fild : Vous restez fermés, mais pas les cantines ou les restaurants au sein des entreprises. Comment expliquez-vous cette incohérence ?
Frédéric Jeanjean : Je ne suis ni ministre ni technocrate. Je ne saurai pas vous l’expliquer.
Vous savez, nous sur le terrain on essaye d’analyser les choses avec de l’intelligence, avec du cœur, avec nos moyens. Nous n’avons pas de logiciels. Alors qu’eux, ils ne fonctionnent qu’avec ça. À un moment il va falloir qu’ils arrivent à comprendre ce qu’est la réalité pour les Français. Expliquez-moi. Les gens dans les transports en commun, ils ne se contaminent pas ? Et dans les grandes surfaces, quand vous voyez tous ces gens agglutinés aux caisses ?
L’autre jour, un restaurateur m’appelait en me disant que son fils de 10 ans pleurait en disant « mais papa, on va plus pouvoir rester à la maison, on va plus pouvoir manger ». Qu’est-ce que vous dites à votre gamin dans ces cas-là ? Vous culpabilisez. Et qu’est-ce qui se passe ? Il y a déjà trois restaurateurs qui se sont suicidés en France, peut-être plus. Mais on ne communique pas dessus. Et vous savez pourquoi ? Parce que, comme on a aucune nouvelle positive, on n’a pas envie que ça fasse un appel d’air et que les mecs se foutent en l’air partout. Comme ça a été le cas avec les agriculteurs. À force de vouloir trop protéger les gens, on va finir par les tuer.

Fild: Quelle forme va prendre votre manifestation de jeudi ?
Frédéric Jeanjean :
ll y a une grande manifestation à Marseille, avec 28 départements qui ont répondu présent pour les fédérations UMIH. Se joignent à nous les métiers de l’évènementiel, les agriculteurs, les métiers de la culture, les stations de ski… ça prend de tous côtés.


Fild : Qu’en est-il des aides financières du gouvernement et des banques ?

Frédéric Jeanjean : Les banques ont suivi sur les premiers 6 mois, et ce devait être reconductible. Mais les 6 mois suivants, il n’y a rien eu. Quand je suis allé rencontrer ma banque, auprès de laquelle j’ai des crédits bancaires, en leur demandant de repousser, ils m’ont dit qu’ils n’avaient aucune directive, et que le service risque demandait à ce que je présente un prévisionnel sur trois ans. Vous le faites, vous, le prévisionnel sur trois ans ? L’autre jour, j’ai appelé ENGIE parce qu’on pouvait repousser les factures lorsque nous étions fermés. Pas de recettes, pas de charges. Ils m’ont répondu que ce n’était valable que pour le premier confinement, et qu’il fallait que je fasse au mieux.
A Marseille, nous avons été fermés dès le mois d’octobre, parce que oui, nous avons un régime spécial, comme on a Raoult. Ce n’est que depuis le 20 novembre que nous pouvons faire la demande pour être indemnisé du mois d’octobre. Et en attendant, on fait comment ? C’est un véritable imbroglio administratif, c’est Kafka qui a pris le pouvoir en France. La conséquence directe, c’est qu’on a des gars derrière qui se battent et qui ne s’en sortent pas. La semaine dernière, c’est 8 liquidations qui ont été prononcées. Et que des restaurants du vieux port, ceux dont on disait que la saison avait été fantastique. Ça prouve bien qu’on n’arrive pas à se relever. Si on suit les pronostics, on pourrait avoir jusqu’à 70% de disparition d’établissements dans la région PACA. Macron nous met à mort.

25/11/2020 - Toute reproduction interdite



Des centaines de propriétaires de restaurants et de bars protestent après que les autorités françaises aient annoncé qu'elles ordonnaient la fermeture de leurs établissements à Marseille, le 25 septembre 2020.
De GlobalGeoNews GGN