Depuis plus dix jours, Ottawa, la capitale du Canada, est bloquée par des camionneurs qui protestent contre les mesures sanitaires en vigueur dans le pays. Cet important mouvement de contestation, baptisé « convoi de la liberté » a fait des émules en Europe et particulièrement en France. Un appel a été lancé pour « rouler sur Paris » dans les prochains jours. Pour notre chroniqueur, l’historien et géopolitologue Roland Lombardi, il est salutaire que la France, pays de l’insolence et de la liberté, soit l’épicentre de cette contestation populaire et pacifique qui incarne la France du réel.

La chronique politique de Roland Lombardi

Comme je le rappelle dans mon dernier livre, Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2022), l’histoire de l'humanité fut toujours touchée par des poussées de fièvres à chaque grand bouleversement démographique, politique ou surtout technologique.

Aujourd’hui, incontestablement, la révolution numérique a son importance dans cette contestation mondialisée.

Les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube et les blogs) jouent un rôle de défouloir ou de mobilisateur. Mais c’est dans l’information alternative qu’ils ont peut-être plus d’impacts.

Car l’information, c’est le pouvoir. Et avec l’omniprésence de ces nouveaux vecteurs où l’on trouve le meilleur comme le pire, les gouvernements n’ont plus le monopole de l’information et ne maîtrisent plus grand-chose. La « fabrique du consentement » traditionnelle atteint donc ses limites lorsque le consommateur choisit lui-même sa propre source d’information (pertinente ou pas) et que surtout, il peut de moins en moins consommer...

En Occident, nos sociétés sont depuis quelques années traversées par une multitude de crises. Crises identitaires, crises économiques et sociales, rejets du politiquement correct, rejets des élites, rejets de la mondialisation, etc... Un malaise existentiel qui touche la plupart de nos démocraties. Tous les pays occidentaux connaissent ainsi leurs « territoires périphériques » (en référence à la « France périphérique » du géographe Christophe Guilluy) confrontés à la « mondialisation malheureuse ».

Ainsi, du milieu des années 2010 jusqu’au début de 2020, une contestation de cet « Occident périphérique » contre les élites mondialisées est née et a pris diverses formes : Victoire de Trump aux États-Unis, Brexit, montée des populismes en Europe et Gilets jaunes en France.

À partir de mars 2020, la pandémie a été une opportunité pour certains États - qu’ils soient autoritaires ou démocratiques - de mettre entre parenthèses tous les mouvements sociaux et les grandes manifestations de rue qui avaient secoué l’année 2019. Toutefois, après deux ans de crise sanitaire, la colère n’a pas disparu. Loin de là ! Tous les pays - et particulièrement en Occident - sont à présent de véritables cocottes-minute ! D’autant plus que les crises économiques et sociales qui découlent de la pandémie et les mesures sanitaires mises en place sont considérées, à juste titre, comme de plus en plus liberticides.

Jusqu’ici, les peuples occidentaux, encore sous le choc et la sidération du virus, semblaient résignés mais comme je l’annonce dans mon ouvrage, cette colère mise sous cloche pendant deux ans ne pouvait que resurgir à un moment ou un autre. Restait juste à savoir comment elle pouvait se traduire…

Un vent de révolte venu du Canada…

Les sociétés de restrictions, qui se sont imposées depuis deux ans, ont commencé ces derniers mois à susciter des mouvements de protestations, des manifestations voire des émeutes un peu partout en Europe.

Mais la contestation la plus spectaculaire a débuté fin janvier au Canada. Avec des drapeaux canadiens en étendard, des pancartes avec les slogans « Liberté » ou contre le Premier ministre Justin Trudeau, ce sont des milliers de personnes et des centaines de camions qui ont bloqué le centre de la capitale, Ottawa, afin de protester contre les mesures sanitaires et plus globalement contre le gouvernement. Parti de la grogne des chauffeurs routiers contre l'obligation vaccinale imposée pour franchir la frontière entre le Canada et les États-Unis, le mouvement, baptisé « Convoi de la liberté » s'est ensuite étendu à des revendications plus générales.

Encore ces derniers jours, la capitale canadienne était bloquée, le maire de la ville a déclaré « l'état d'urgence » et les protestations se sont propagées dans d’autres villes canadiennes. Cet évènement majeur n’est pas sans nous rappeler le mouvement des « Gilets jaunes », qui avaient paralysé, à partir de l'hiver 2018, le centre de nombreuses villes françaises tous les week-ends pendant plusieurs mois …

Il est tout d’abord frappant de voir comment cette révolte pacifique des Canadiens a été volontairement occultée pendant plus d’une semaine par les médias mainstream français et européens…

Et là encore, ce sont les réseaux sociaux qui ont été les premiers à diffuser les images d’Ottawa et joué un rôle mobilisateur. C’est par leur intermédiaire que s’est organisée la résistance. Un groupe European Freedom Convoy a vu le jour et en France le compte Facebook de Freedom Convoy France, Le convoi de la Liberté, a dépassé les 300 000 membres en quelques heures !

À la différence de leurs cousins canadiens, les initiateurs européens et français de ce mouvement ne sont pas les routiers. D’ailleurs, les organisations syndicales des transports s’en sont désolidarisées.

Ici, par tous les moyens de locomotion possibles, ce sont des restaurateurs, des commerçants, des salariés, des ouvriers… qui se mettent en marche dans nos villes et nos campagnes pour converger vers Paris afin de défendre ce que nous avons de plus cher : la liberté. L’un des trois piliers de notre démocratie. Mais également nos droits fondamentaux, le respect du référendum, l'accès inconditionnel aux soins, à l'éducation, à la culture, le respect des valeurs essentielles de notre Constitution et notre pouvoir d’achat qui se réduit comme peau de chagrin. De nombreux internautes rejoignent de plus en plus l’opération en proposant un café, un repas, des hébergements…

D’autres convois partiront d’Allemagne, de Finlande, du Danemark, de Suède, de la Belgique, d’Italie, d’Espagne, du Portugal, de Hongrie, de la Croatie et de Roumanie pour converger aussi vers Bruxelles.

Ce mouvement citoyen se veut apolitique, pacifique et convivial. Et il est heureux que la France, pays de l’insolence et de la liberté, soit l’épicentre de cette nouvelle contestation populaire. Ses organisateurs et ses participants sont à la fois l’âme et la fierté de la France : celle qui produit et travaille, celle qui fait la richesse et la culture de notre pays. Ceux qui connaissent des fins de mois difficiles et qui voient le prix du litre du diesel à la pompe exploser…

Ces Français incarnent la France du réel. Celle qui s’oppose pacifiquement au mirage de la Macronie et de son prince de l’illusion qui veut nous faire croire que tout va bien alors qu’il a failli sur tout : la sécurité, l’international… et bien sûr sa gestion calamiteuse de la crise sanitaire.

Nos élites technocratiques incompétentes tentent déjà de discréditer et réduire cette mobilisation à une lutte entre personnes vaccinées et non vaccinées.

Or en France, plus personne n’est dupe et tout le monde commence à comprendre que, peut-être plus qu’ailleurs, derrière ce passe vaccinal – qui s’est révélé inefficace contre le virus et ses variants et qui sera bien entendu suspendu juste avant les élections –, se cachait au final une obligation vaccinale sournoise avec une volonté manifeste de manipulation sociétale et surtout des histoires de gros sous et de conflits d’intérêts abjects.

Les historiens du futur évoqueront assurément cet épisode comme l’un des plus grands scandales de ce début du XXIe siècle.

On aurait pu penser, comme souvent c’est le cas en France, que la colère et la contestation se traduisent stérilement dans les urnes, dans moins de deux mois, à la prochaine présidentielle. Or celle-ci risque d’être la plus surprenante de la Ve République à l’inverse de ce que veulent nous faire croire les sondages et nous n’éviterons pas un séisme politique que beaucoup, encore dans le déni, ne veulent pas voir.

En attendant, certains ont décidé de ne plus se laisser « emmerder » par le pouvoir et le seuil de tolérance du peuple à l’autorité (expérience de Milgram) semble être atteint plus tôt que prévu. On ne peut que saluer et soutenir ce réveil salvateur !

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Éditions, 2019), Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Éditions, 2020) et Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? Chroniques géopolitiques (VA Éditions, 2022)

@rlombardi2014

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10/02/2022 - Toute reproduction interdite


Des camionneurs et des partisans continuent de protester contre les mandats de vaccination contre le coronavirus , dans le centre-ville d'Ottawae 9 février 2022.
© Blair Gable/Reuters
De Roland Lombardi