International | 18 mai 2021
2021-5-18

Le conflit israélo-palestinien dans l’impasse

De Sara Saidi
5 min

Tirs de roquettes d’un côté, bombardements de l’autre, depuis une semaine, le nombre de victimes ne cesse de s’alourdir dans le conflit entre Israël et le mouvement islamiste du Hamas. Des affrontements ont eu lieu en parallèle en Cisjordanie ainsi que dans les villes dites mixtes. La communauté internationale, elle, semble impuissante.

Reportage de Sara Saidi.

Harriet vit dans la banlieue de Tel Aviv à 1h30 de la bande de Gaza. Lundi 10 mai, comme la plupart des Israéliens, elle a dû passer une partie de la nuit dans son refuge : « Je n’ai pas peur, j’ai vécu des guerres mais je me sens mal, cela me bouleverse, des gens perdent leur vie », regrette-t-elle. Galith, 51 ans, était chez elle à Raanana dans la banlieue nord de Tel Aviv, lorsque la sirène a retenti lundi soir à 21h : « Là où je vis, nous avons la « chance » d’avoir 1min 30 pour nous rendre dans notre espace sécurisé lorsque la sirène résonne mais ce n’est pas le cas dans le sud du pays. Ils n’ont que 15 à 30 secondes pour aller à l’abri car ils sont géographiquement plus proches de la bande de Gaza », explique-t-elle.

Le 10 mai dernier, suite à des affrontements à Jérusalem-Est, le Hamas, mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, a tiré des roquettes sur l’État hébreu qui n’a pas hésité à riposter en bombardant l’enclave palestinienne. En tout, 3 440 roquettes ont été envoyées en une semaine sur Israël. Dix personnes sont décédées, dont un enfant, et l’on compte 294 blessés. « Si on n’avait pas eu le dôme de fer (dispositif de défense anti-aérien ndlr) on aurait eu plus de victimes ! », affirme Judy avec effroi. Cette israélo-américaine venue vivre avec son mari à Jérusalem après la guerre des Six jours en 1967 est en colère : « J’ai deux petits-enfants qui vivent à Tel-Aviv. Ils ont dû courir deux fois par jour pour aller se protéger. Pourquoi ? », s’indigne-t-elle.

Immeubles et magasins détruits, démolition de la tour abritant les bureaux de l’agence de presse AP et d’Al Jazeera, routes et habitations endommagées… côté palestinien, à Gaza, les dégâts sont importants et le nombre de victimes ne cesse d’augmenter. Plus de 200 Palestiniens ont été tués depuis le 10 mai dont au moins 61 enfants et l’on compte plus de 1400 blessés. Selon l’ONU, plus de 38 000 Palestiniens ont dû fuir leur appartement par sécurité. Le lundi 17 mai, le personnel humanitaire comme le matériel médical ne pouvaient entrer à Gaza. « Nous avons dormi 3 heures - nous sommes physiquement en sécurité, mais nous avons eu l'une des nuits les plus difficiles avec des frappes aériennes israéliennes à proximité visant les routes autour de nous et de nombreux endroits. », écrivait lundi une internaute sur Twitter.

« Le Hamas répond par des roquettes »

Cette nouvelle guerre entre l’État Hébreu et le Hamas - la dernière date de 2014 - fait suite à une escalade des tensions à Jérusalem depuis la fin du mois d’avril. Affrontements entre Palestiniens et extrémistes juifs d’un côté, expulsion de familles palestiniennes dans le quartier arabe de Cheikh Jarrah à Jérusalem de l’autre. « Chaque année il y a des heurts et des affrontements au moment du Ramadan », explique Galith. Pour Harriet, cette situation aurait pu être évitée en prenant en compte ce contexte de tension religieuse. L’évènement qui a finalement mis le feu aux poudres est la confrontation lundi 10 mai entre Palestiniens et policiers Israéliens sur l’esplanade des mosquées là où se situe la mosquée Al-Aqsa, considérée comme le troisième lieu saint de l’Islam. Cent quatre-vingts palestiniens ont été blessés dans ces affrontements qui ont directement entrainé la réaction du Hamas. « Dès qu’il se passe quelque chose près de la mosquée Al Aqsa, le Hamas répond par des roquettes. Ils ne ciblent pas les militaires, ni le gouvernement, ils tirent délibérément sur les civils. Pour moi il n’y a pas de solution tant que Hamas est là », s’indigne Judy.

Suite à ces événements, des heurts ont eu lieu dans les villes mixtes d’Israëll, telles que Haïfa, Saint-Jean-d’Acre ou encore Lod, et en Cisjordanie des milliers de manifestants se sont rassemblés en soutien à la population gazaouie. Pour Badee Dwaik, activiste et cofondateur en 2014 du groupe Human Rights Defenders, la résistance est la dernière arme aux mains des Palestiniens : « La situation économique et sociale est vraiment mauvaise, beaucoup de Palestiniens sont sans emploi. (…) Nous n’avons jamais rien obtenu des projets de paix, à part des terres confisquées, des maisons détruites et une situation qui a empiré. Les gens n’ont plus d’espoir… La seule option pour les Palestiniens de montrer qu’ils existent, c’est de continuer la résistance, sans cela ils perdent tout », affirme-t-il. Pour lui, cette situation a donc au moins permis d’unir « tous les Palestiniens, quelle que soit leur opinion politique, derrière la résistance ».

Le contexte politique palestinien n’est en effet pas à la faveur de la population. Pour certains, en montrant ses muscles, le Hamas - principal rival du Fatah au pouvoir en Cisjordanie - fait de la récupération politique tandis que l’Autorité Palestinienne est affaiblie. Craignant une défaite électorale, Mahmoud Abbas, au pouvoir depuis 2005, a récemment annulé les élections nationales palestiniennes prévues le 22 mai. Une décision qui a provoqué la déception de nombreux Palestiniens privés des urnes depuis 15 ans. « Si Mahmoud Abbas n’avait pas annulé les élections, le Hamas aurait gagné partout en Cisjordanie, c’est pour cette raison qu’il a empêché la tenue du scrutin », estime Judy.

Côté Israélien, ce conflit profite au premier ministre Benjamin Netanyahou. Incapable de former une nouvelle coalition après quatre élections législatives et accusé de corruption, le premier ministre israélien s’est rapproché des mouvances d’extrême droite. Il souhaite aujourd’hui affaiblir le Hamas par le biais de ces frappes contre Gaza. Badee Dwaik considère que « Netanyahu a voulu dévier l’attention des gens sur Gaza, pour qu’ils ne regardent pas ce qui se passe à Jérusalem ».

La communauté internationale impuissante

La voix d’Imad Témiza au téléphone est lasse en ce jour de fête marquant la fin du ramadan : « Il n’y a pas de fête, ici », susurre tristement le militant des droits Humains depuis Hébron. « On ne se sent pas en sécurité en Palestine tant que la violation de nos droits continue (…) La principale raison des violences c’est qu’Israël occupe les terres de Palestine, à Jérusalem, Gaza et en Cisjordanie. (…) On demande à la communauté internationale de soutenir les Palestiniens », déclare-t-il.

Une communauté internationale qui semble justement complètement dépassée et impuissante. En dépit de l’envoi d’un émissaire, les États-Unis de Joe Biden s’opposent à une résolution commune à l’ONU, ce qui laisse le champ libre au premier ministre israélien pour poursuivre les frappes sur la bande de Gaza. Pour l’heure, les principaux médiateurs de la région, l’Egypte et le Qatar - financier du Hamas - n’ont encore rien obtenu.

18/05/2021 - Toute reproduction interdite


Des sauveteurs transportent Suzy Eshkuntana, 6 ans, alors qu'ils la sortent des décombres d'un bâtiment sur le site des frappes aériennes israéliennes, à Gaza, le 16 mai 2021.
© Mohammed Salem/Reuters
De Sara Saidi