Environnement | 3 mai 2020

Le confinement a-t-il un effet bénéfique sur les requins ?

De GlobalGeoNews GGN
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Nicolas Ziani est biologiste marin et ichtyologue référent du Groupe Phocéen  d’Étude des Requins  et des Raies à Marseille. Il analyse les conséquences du confinement sur l’activité de ces espèces.

                                                                             Entretien conduit par Souleiman Sbai.      

GGN : Plusieurs requins et cétacés ont été aperçus près des côtes françaises ces jours-ci. Cette activité est-elle liée au confinement ?

Nicolas Ziani : Les observations du requin bleu Prionace glauca près des côtes de Menton ce 9 avril et le spécimen adulte présent dans le port de Sète ne sont pas liées au confinement à proprement parler. Si l’on considère l’historique de ces dix dernières années, un nombre important de requins de la même espèce ont été observés sur les côtes françaises et méditerranéennes. En Italie, des observations similaires ont récemment pu être effectuées en zone portuaire. À force de côtoyer l’homme et de faire face à son activité, le requin s’est en quelque sorte « décomplexé ». Il a toutefois tendance à rester au large. Nous sommes ensuite en pleine saison de reproduction, ce qui favorise le rapprochement de ces requins. Cette activité n’est donc pas directement liée au confinement, du moins pas uniquement.

GGN : Pourquoi les conditions environnementales actuelles favorisent-elles le rapprochement des espèces marines le long des côtes ?

Nicolas Ziani : La réduction des activités en bord de mer ainsi que du trafic maritime décrétés par les autorités ont permis à la nature de retrouver une niche écologique. Cela est davantage lié aux conditions environnementales qu’au confinement en soi. Le fort ensoleillement saisonnier favorise le développement du phytoplancton dont se nourrissent un certain nombre d’espèces marines. Il est néanmoins indéniable que la réclusion de l’homme et la cessation de ses activités pour cause du confinement sont l’une des causes du rapprochement des espèces marines en zone côtière. Certains cétacés comme les dauphins sont extrêmement sensibles aux ondes sonores. Ces derniers sont beaucoup moins perturbés que lors du trafic maritime habituel.

GGN: Alors que toute activité en mer est actuellement proscrite, qu'en est-il des programmes de pêche préventive des requins ?

Nicolas Ziani : Le programme de prélèvement du CSR (Centre Sécurité Requin) dont l’activité principale consiste à prélever des requins dans l’hypothèse de réduire le risque d’attaques repose sur un biais cognitif. La prolifération des requins, principalement de requins bouledogues Carcharhinus leucas à la Réunion et en Nouvelle-Calédonie serait la cause de l’augmentation des attaques. Il s’agit là d’une potentielle extrapolation scientifique. Chaque année durant la période actuelle, le requin bouledogue vient se reproduire près des côtes à la Réunion. D’autres facteurs expliquent l’occurrence des requins bouledogues plus importante en cette période. Le fait que les femelles viennent mettre bas près des côtes en cette saison printanière ou encore la compétition alimentaire sont des facteurs qui peuvent expliquer ce phénomène. A travers cette argumentation, le CSR poursuit donc toujours ces prélèvements malgré le confinement. Dans d’autres pays comme en Afrique du Sud, les palangres et les filets anti-requins du Natal Shark Board sont étalés sur des centaines de kilomètres afin de protéger les côtes des attaques de requins. Ces moyens (très efficaces) sont responsables du prélèvement de nombreux requins ainsi que d’autres espèces inoffensives comme les tortues ou les dauphins. Ces méthodes ont toutefois été suspendues pendant le confinement en Afrique du Sud et en Australie. Ainsi, La Réunion reste une exception en cette période de confinement puisqu’il s’agit de l’une des rares zones où les activités de prélèvement de requins continuent. Le confinement peut donc offrir donc un court sursis à ces espèces. Cela vaut également pour la pêche qui connait une récession considérable au niveau international ces dernières semaines comme l’a constaté la FAO.

GGN: Les braconniers pratiquant le « finning » sont-ils toujours à l'œuvre en dépit du confinement ?

Nicolas Ziani : La pêche et les activités liées connaissent actuellement une phase de récession. Les pays exportateurs, comme l’Indonésie, qui exportent souvent illégalement des ailerons de requins braconnés principalement vers la Chine, sont paralysés compte tenu du gel total du commerce international. La fermeture des frontières et les mesures sanitaires jouent également un rôle dans la réduction de ces activités illicites. Cela donne un sursis aux scientifiques et aux personnes qui travaillent à la protection de l’environnement, et, espérons-le, pour les nombreuses espèces de requins et de raies victimes du « finning ».

GGN: Quels sont les effets du confinement humain sur la biodiversité ?

Nicolas Ziani : Bien que l’étude sur le terrain soit très limitée compte tenu des circonstances actuelles, on peut constater un certain nombre d’effets positifs du confinement sur les requins. Les images rares d’imposants requins pèlerins Cetorhinus maximus au beau milieu du port de Brest actuellement très tranquille et silencieux en témoignent parfaitement. La situation présente nous permet de prendre le temps de redécouvrir ou de découvrir la proximité de certaines espèces marines. Il est néanmoins difficile de tirer des conclusions générales sur l’impact du confinement humain sur l’ensemble des espèces. Cela doit être déterminé au cas par cas. La nature est en tranquillité temporaire mais cela n’empêchera pas la reprise du trafic et de l’activité humaine à laquelle bon nombre d’espèces sont habituées.

04/05/2020 - Toute reproduction interdite


Un requin bleu
/Bruno Guénard, h2oeil.net
De GlobalGeoNews GGN

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