Culture | 12 juillet 2020

Le cinéma ou l'écologie en images

De Lionel Lacour
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Les grandes villes françaises ont connu des victoires de candidats écologistes aux municipales. Si cela a pu surprendre, le résultat de ces élections s'inscrit pourtant dans une logique née il y a un demi-siècle et dont le cinéma de fiction a largement témoigné.

                                                                                  L’analyse de Lionel Lacour

 

En 1971, L'inspecteur Harry de Don Siegel fait ainsi pester le patron d'un dinner de San Francisco contre une voiture qui pollue, ce qui témoigne d'une conscience environnementale déjà présente aux USA.

En effet, le « Club de Rome » fondé en 1968 dénonce les impacts des activités humaines sur la planète et son rapport Meadows appelé en français « Halte à la croissance ! » est publié peu avant la première Conférence des Nations Unies pour l'environnement du 5 au 16 juin 1972. La même année naît l'expression « décroissance économique » condamnant la surproductivité industrielle et la pollution qui en découle. Par adhésion à son discours ou par la dramaturgie qu'elle permet, la problématique de l'écologie moderne devient parfois le sujet principal de films. Le cinéma permettrait-il de mieux transmettre le discours alarmiste des opposants au modèle industriel ?

Une mythification de la mère nature

Dans Seuls sont les indomptés de David Miller en 1962, Kirk Douglas joue un cow-boy rejetant la société moderne préférant un mode de vie sain et frugal. Il préfigure ce cinéma « écolo » par sa prise de conscience d'une nécessité de maitriser les dérives d'une société consumériste au mépris de la nature. Ses personnages sont des urbains et Easy rider de Dennis Hopper en 1969 en est le porte étendard car ses héros recherchent un mode de vie plus authentique jusqu'à même rencontrer une communauté hippie. Le discours est pourtant assez pessimiste et finalement moins radical que la critique d'une société prétendument idéale vendue à la publicité de Zabriskie point de Michelangelo Antonioni en 1970, faisant exploser des objets de consommation futiles.

Le cinéma français a aussi relaté le mouvement hippie d'après mai 1968. De manière caricaturale, cette expérience d'installation de communautés dans les campagnes en voie de désertification se retrouve en 1973 dans Quelques messieurs trop tranquilles de Georges Lautner, où des paysans de Loubressac assistent médusés à l'arrivée de hippies venus de la ville à moto et combi Volkswagen.

Une vie accomplie passerait-elle par un retour à la nature ? Sydney Pollack propose avec Jeremiah Johnson en 1972  une œuvre manifeste pour ceux aspirant à davantage de communion avec la nature sauvage. Jeremiah devenu trappeur découvre combien les Amérindiens sont plus respecteux de leur environnement et donc de l'humanité. Pourtant, la même année, Délivrance conteste cet idéal d'une nature ontologiquement bienfaisante. Si les héros de John Boorman quittent Atlanta pour revenir à un mode de vie plus authentique le temps d'un séjour dans les Appalaches, leur expérience avec la nature et ceux y vivant est loin d'être aussi enrichissante que dans le film de Pollack !

Pourtant, c'est ce discours écologique qui est le plus fréquent.  Ainsi, le film d'anticipation et d'animation d'Hayao Miyazaki, Nausicaä, la vallée du vent en 1984 imagine un futur où des sociétés se méfient d'une forêt d'abord montrée comme foncièrement nuisible. Mais la découverte de ses vertus pour filtrer l'air que les hommes respirent amène l'héroïne à tout faire pour la préserver. Si le message est cohérent pour un pays tiraillé entre sa croissance industrielle et urbaine fortes et sa tradition shintoïste enseignant la nécessité pour l'homme de vivre en symbiose avec la nature, le mouvement écologiste occidental avide de décroissance n'en retient qu'un discours d'une mère nature forcément pure.

 

La ville menacée par des catastrophes écologiques

Les cinéastes venant des villes, leur discours écologique touche surtout des urbains. Mêlant les genres du cinéma d'anticipation, d'aventure ou catastrophe, leurs films accentuent les effets ravageurs d'une économie industrielle moderne sur ces sociétés urbaines ! Ainsi, les questions soulevées par le Club de Rome se retrouvent pleinement dans Soleil vert de Richard Fleischer en 1973 avec, dès le générique, toutes les thématiques annonciatrices d'une catastrophe future : démographie galopante, urbanisation délirante, surproduction énergétique, pollution et enfin dérèglement climatique. Les habitants de New-York s'entassent dans des immeubles vétustes et suffoquent de chaleur quand les privilégiés vivent dans des quartiers modernes sécurisés. New-York ne répond plus  de Robert Clouse en 1975 présente lui aussi une cité surchauffée où s'affrontent des communautés humaines rescapées d'un cataclysme. L'une d'entre elles protège pourtant de la chaleur les quelques ressources agricoles avant de pouvoir les cultiver pour nourrir les populations survivantes.

En 2004, c'est toujours le climat qui est au cœur du film Le jour d'après de Roland Emmerich. Si le point de vue est planétaire, le film désigne cependant le refus des USA de signer le protocole de Kyoto en 1997 comme l'origine de la catastrophe. Etonnamment, celle-ci est bien due au réchauffement climatique mais provoque une glaciation aussi spectaculaire que soudaine. Pour marquer les esprits des spectateurs, ce ne sont pas les espaces agricoles qui sont montrés couverts par la glace mais bien New-York. Et la Statue de la Liberté complètement congelée renvoie au traumatisme de celle ensablée de La planète des singes !

Enfin, la ville prise comme un espace symbole d'une écologie moderne se retrouve dans des films de genres très différents mais très proches dans le propos. En 2013, Elysium de Neill Blomkamp décrit une Terre entièrement polluée et habitée par les plus pauvres, travaillant pour les classes aisées d'une ville propre et riche, la station orbitale Elysium, laissant aux habitants de la Terre les conséquences néfastes de leur mode de vie. Or ce film ressemble à Wall-E d'Andrew Stanton en 2008, fable d'animation dans laquelle les hommes  vivent depuis des siècles tels des légumes dans une station orbitale quand le robot Wall-E, dépolluant une Terre couverte de déchets industriels, s'avère plus humain que ceux l'ayant conçu. Film pour des enfants qui vivent dans des villes de plus en plus bétonnées, la germination à la fin du film d'une graine sur la Terre fait naître une lueur d'espoir d'un combat écologique nécessaire et possible.

 

La quête des ressources naturelles

Il faut dire que l'angoisse des sociétés occidentales repose sur l'idée que notre planète est un monde fini aux ressources limitées. Les films mêlant science-fiction et anticipation des années 1970 jouent sur cette angoisse. Des vaisseaux spatiaux préservant des variétés nombreuses de plantes après qu'un conflit nucléaire a empêché de maintenir l'agriculture sur Terre est le cœur du récit de Silent running de Douglas Trumbull en 1972. Le progrès technologique de cette société futuriste peut aussi amener à la perte du vivant et donc de l'humanité. C'est ainsi que Soleil vert évoque aussi une surproduction épuisant les sols puis les océans, provoquant des révoltes de la faim à New-York.

Dans La forêt d'émeraude John Boorman en 1985, les urbains veulent conquérir l'énergie hydraulique de la forêt amazonienne par la construction d'un barrage. Le peuple amazonien des « invisibles » défend alors son espace vital contre cette menace à leur environnement. En 2009 James Cameron reprend cette thématique et le discours dans Avatar. Les hommes veulent piller des ressources énergétiques de l'exo-lune Pandora, sacrifiant le peuple autochtone des Na'vis et leur écosystème. Francis Veber aussi s'est emparé de ce thème, inspiré par la venue en Europe du chef amazonien Raoni. Il réalise Le jaguar en 1996 dans lequel une tribu vivant au rythme de la nature lutte contre les velléités des occidentaux de transformer le territoire en une zone d'activités économiques détruisant tout l'écosystème. Mais que ce soit chez Boorman, Cameron ou Veber, la préservation de ces territoires contre la prédation des sociétés industrielles est permise par une consommation raisonnable et raisonnée des ressources naturelles et par l'intervention d'un homme issu du monde civilisé et dans lequel les spectateurs peuvent s’identifier !

 

En guise de conclusion

« Nous comprenons parfaitement le problème de l'emploi mais les défenseurs de la nature ne réclament pas une croissance à tout prix qui aliène l'homme mais une croissance nouvelle, contrôlée, humaine ! » Ce discours d'une femme contre le projet d'extension industrielle de son mari n'est pas de 2020 mais est un dialogue de La zizanie de Claude Zidi en 1978. Ainsi, le cinéma de fiction n'a pas négligé la question environnementale mais il occupe désormais de plus en plus le genre des documentaires, de ceux d'Al Gore à ceux de Nicolas Hulot. Peut-être parce que les images semblent plus vraies. Mais au final, cela ne reste aussi qu'un discours de cinéma au service d'une certaine conception de l'écologie.

13/07/2020 - Toute reproduction interdite

 


Affiche du film "Soleil vert"  de Richard Fleischer
DR
De Lionel Lacour

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