Le climat influence la taille du corps humain : c'est la conclusion d'une étude réalisée par des chercheurs des universités de Cambridge en Angleterre et Tübingen en Allemagne. Les scientifiques ont travaillé à partir de nombreux fossiles datant de plusieurs millions d’années. Quelles seront donc les conséquences du réchauffement climatique en cours ?

Par Marie Corcelle

Pourquoi les Homo Sapiens que nous sommes sont-ils différents des espèces précédentes, comme l’Homo erectus et l’Homo habilis ? Parce qu'au fil de l’évolution humaine, notre corps est devenu plus massif, et que notre cerveau occupe un espace plus important dans notre boîte crânienne. Au cours des deux derniers millions d'années, cette massification corporelle s’est traduite par une augmentation du poids des individus, qui est passé en moyenne de 50 à 70 kilos. « La cause de ces changements massifs a été très débattue sans qu'aucune réponse claire ne soit apportée. Nous avons donc voulu tester au moins un facteur que nous pouvions contrôler, à savoir les changements climatiques du passé », explique Manuel Will, chercheur en archéologie paléolithique et paléoanthropologie à l’université de Tübingen, co-auteur de l’étude publiée sur le sujet. Ainsi, grâce à la récolte de données sur près de 300 fossiles humains de différentes espèces et l’analyse de modèles climatiques, les scientifiques sont parvenus à déterminer quel rôle le climat joue dans le schéma de l’évolution humaine.


« Plus il fait froid, plus les corps sont volumineux »

L’équipe de chercheurs a ainsi examiné la taille du corps de nos ancêtres. « Nous avons constaté qu’elle a été fortement influencée par la température : plus il fait froid, plus les corps sont volumineux. Il s'agit probablement d'un amortisseur contre les climats froids. Nous avons constaté la même chose chez d'autres mammifères, comme la différence de taille entre les ours polaires et les ours bruns », affirme Manuel Will. On trouverait ainsi la confirmation de la règle de Bergmann, qui énonce une corrélation entre la température et la masse corporelle : autrement dit, dans les climats plus chauds, la corpulence de certains mammifères serait moins importante, et inversement dans les milieux froids. Cela signifie-t-il que le réchauffement climatique en cours entraînera une diminution de la corpulence des humains ? « Je dirais que cela peut jouer un rôle mineur, car nous parlons ici de changements sur des milliers d'années ! Mais si cette tendance au réchauffement se poursuit pendant de nombreuses générations, elle aura un effet sur la taille de notre corps », répond Manuel Will*.

Attention : un changement peut en cacher un autre !

Les chercheurs qui ont conduit cette étude sur l'influence des changements climatiques tirent d'autres conclusions, au-delà des conséquences sur la masse corporelle. Manuel Will évoque ainsi une incidence sur « la hausse des interactions sociales, le changement dans les habitudes alimentaires ou encore le progrès technologique ». En revanche, les évolutions climatiques n’auraient qu’un effet très limité sur l’augmentation continue de la taille du cerveau humain, même s'il y a un risque de ralentissement de cet accroissement, préviennent les chercheurs : « Il y a une possibilité que notre dépendance toujours plus forte à l'égard de la technologie conduise à "l'externalisation" de la puissance cérébrale vers d'autres dispositifs - comme les ordinateurs -, par exemple pour les tâches relatives à la mémoire. Ainsi, s’il n’y a plus cette activité mémorielle qui vient exercer une certaine pression pour maintenir la taille du cerveau, il n’y aura plus de raison pour que nos cerveaux continuent de grossir à l'avenir ! ». Le risque de réchauffement climatique peut ici cacher celui d'un relâchement cérébral.

* À la différence des corps humains, ceux des animaux s’adaptent plus rapidement aux changements climatiques. Une étude publiée en 2019 dans la revue Ecology Letters révèle ainsi que la taille des oiseaux migrateurs du nord de l’Amérique aurait diminué en seulement 40 ans, pour leur permettre de s’adapter à la chaleur.

27/08/2021 - Toute reproduction interdite


Des exemples de divers cerveaux du Anne and Bernard Spitzer Hall of Human Origins du Musée américain d'histoire naturelle, à New York, le 7 février 2007. (Illustration)
© Shannon Stapleton/Reuters
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