International | 20 septembre 2020

Le Championnat d'Angleterre prisonnier des tensions entre la Chine et la Grande-Bretagne.

De Antoine Grynbaum
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Les dirigeants de la 1ère division anglaise ont décidé de casser leur contrat de droits TV avec Pékin, sur fond de tensions diplomatiques sino-britanniques.

                                                                        Les explications d’Antoine Grynbaum

A l’origine, un contrat mirobolant, le contrat du siècle, signé par la Premier League avec Pékin, ou plutôt PPTV, premier diffuseur de vidéos en ligne en Chine… 700 millions de dollars prévus pour diffuser des matchs de football anglais dans l’Empire du Milieu entre 2019 et 2022.

Mais comme souvent dans le monde footballistique sont venues se greffer des dissensions, liées à des relations diplomatiques de plus en plus tendues entre Pékin et Londres.

Nous avons assisté à un premier épisode fin juillet, avec la décision unilatérale de CCTV - la télévision d’Etat chinoise - de boycotter la dernière journée du Championnat d’Angleterre. Cette mesure de rétorsion est intervenue après la décision britannique d'exclure le groupe chinois Huawei du développement de la technologie téléphonique 5G en Grande-Bretagne.

Et les tensions s’accroissent progressivement : à la provocation chinoise, les Anglais vont répondre de manière drastique, annonçant le 3 septembre dernier mettre un terme prématuré au contrat de diffusion sino - anglais.

« La Premier League confirme qu'elle a mis un terme ce jour à son accord pour la diffusion de ses matches en Chine avec le détenteur des droits pour ce territoire », pouvait-on lire dans un communiqué des dirigeants du championnat britannique.

En fait, les Anglais n’avaient pas supporté que les Chinois refusent de payer la traite de 180 M€ courant mars . Quel est l’alibi ? Le covid. Et les Asiatiques ont expliqué qu’ils n’allaient pas payer pour un championnat sans matchs et à l’arrêt à cause du virus. Les vraies raisons, elles, se situent ailleurs.

Ouïghours et Hong-Kong au cœur du jeu

Plusieurs sujets délicats, et des crispations régulières sont les causes de ces tensions. Une petite illustration est constituée avec un match d’Arsenal face à Manchester City déprogrammé par CCTV. Quelles en sont les justifications ? La protestation contre des déclarations du meneur de jeu allemand des Gunners, Mesut Özil, qui avait défendu publiquement les Ouïghours, une minorité musulmane maltraitée et enfermée du Xinjiang (au nord-ouest de la Chine).

Un peu plus tard, le match entre Liverpool et Chelsea - au cours duquel le club de la ville des Beatles avait soulevé son premier trophée de champion d'Angleterre depuis 30 ans - a été relégué sur une chaîne chinoise beaucoup moins regardée. Le gouvernement britannique l'a interprété comme une provocation après ses prises de position favorables au mouvement pro-démocratique à Hong-Kong.

A l’arrivée, ces tensions ne font pas le jeu de Xi Jinping dont l’objectif est clair : organiser la Coupe du Monde de football 2030 en Chine, et la gagner… Car au-delà de l’ascension économique fulgurante de son pays, le leader chinois a aussi besoin de travailler l’image d’un pays régulièrement mis en accusation sur les droits de l’homme. Et à l’image du Qatar, le football est un pion essentiel dans la stratégie de communication du plus grand pays du monde.

Au delà du football, l’objectif ultime est de faire flotter le drapeau communiste dans les stades chinois dans 10 ans, devant les caméras du monde entier.

21/09/2020 - Toute reproduction interdite


Un cameraman près des sièges vides dans les tribunes avant un match, alors que le jeu reprend à huis clos après l'apparition du coronavirus.
Julian Finney /Pool via Reuters
De Antoine Grynbaum

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