Ils seront finalement six candidats à l’investiture de la droite en vue de la présidentielle 2022. On connait déjà le choix des cadres majoritairement centristes du parti. Quant aux adhérents et militants, ils sont en pleine déprime. Soyons francs : les six prétendants sont très loin de les faire rêver et, sauf énorme surprise, aucun d’entre eux n’a – pour le moment – aucune chance de se retrouver au second tour.

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

 

Depuis plus d’une semaine, nous connaissons les six candidats à l’investiture de la droite pour la présidentielle 2022. Il s’agit de l’ancien négociateur européen pour le Brexit Michel Barnier (LR), le député LR des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, le maire LR de La Garenne-Colombes Philippe Juvin, l’homme d’affaires Denis Payre, la présidente (ex-LR) de la région Île-de-France Valérie Pécresse et le président des Hauts-de-France (ex-LR) Xavier Bertrand.

Ils ont à présent jusqu’au 2 novembre pour réunir les 250 parrainages d’élus nécessaires à la validation de leur candidature, avant le vote des militants réunis en congrès du 1er au 4 décembre prochain. Vote décisif où seuls les adhérents LR à jour de leur cotisation pourront participer. Quant aux sympathisants LR, ils ont jusqu’au 16 novembre pour prendre leur carte. Dernièrement, ils étaient exactement 87.764, un chiffre en forte augmentation ces dernières semaines…

Or, si le fameux congrès LR risque d’être l’un des sujets principaux de la présidentielle dans les médias jusqu’en décembre, et que les candidats vont faire d’ici là une active campagne, il semblerait, comme beaucoup le pensent, qu’il est déjà trop tard. Pour d’autres, la désignation tardive de leur candidat en décembre risque de donner un avantage supplémentaire au polémiste Zemmour, dont la dynamique ne paraît pas, pour l’instant, connaître d’essoufflement. Bien au contraire, comme cela se confirme sondage après sondage.

Quoi qu’il en soit, les adhérents LR ont clairement le blues, en dépit des apparences entretenues par les déclarations enthousiastes, dignes de la méthode​​ Coué, de la direction du parti. Bref, le cœur n’y est plus.

Il faut dire que les candidats en lice ne font guère rêver. Loin de là…

Toute honte bue, Valérie Pécresse puis Xavier Bertrand viennent d'annoncer leur réadhésion aux LR, après en avoir claqué la porte en 2017 puisque le parti, avec Wauquiez, se « droitisait » un peu trop à leurs yeux !

Le favori des sondages et de la direction plutôt centriste du mouvement, l’ancien ministre du Travail de Nicolas Sarkozy, avait même refusé l’idée de participer à une primaire et avait déclaré qu’il serait candidat « quoi qu’il arrive ». Mais il a finalement annoncé sa participation au congrès de décembre. Bertrand est donc le premier candidat à renier une promesse de campagne avant même d’être élu !

Difficile alors d’accorder le moindre crédit ou confiance à de telles personnalités qui sont, rappelons-le, le type même de responsables qui nourrissent l’abstention en France.

Christian Jacob et les notables LR qui n’ont pas déjà choisi secrètement le locataire de l’Élysée, ou encore rejoint le mouvement « Horizons » d’Édouard Philippe, véritable sas de transfert vers la macronie, font l’erreur d’espérer la victoire de Xavier Bertrand. Beaucoup de ses potentiels électeurs ont déjà choisi Macron !

De même, la grande majorité de la base et des adhérents ne pardonnent toujours pas à Bertrand sa « trahison » et son mépris à leur égard depuis quatre ans. Encore moins charismatique que François Hollande, et surtout beaucoup moins sympathique, « Flop Flop » est même devenu l’homme à abattre parmi les militants.

Barnier, le candidat pis-aller ?

Dans ce nouveau contexte, Michel Barnier est de plus en plus présenté comme le troisième homme de cette bataille. L’ancien négociateur européen pour le Brexit croit fort en ses chances, et même les soutiens de Xavier Bertrand et Valérie Pécresse n'excluent plus cette option. L’ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy met en exergue son expérience et sa fidélité au parti. Dans la guerre des coulisses en cours, Jacob manœuvre pour faire gagner Bertrand. Barnier peut compter sur le soutien en sous-main du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez. La consigne secrète est donc lancée parmi tous les courants les plus conservateurs des LR : au congrès, voter massivement pour Barnier pour « tuer » Bertrand, qui n’est pour beaucoup qu’une pâle copie de Macron ! Cela expliquerait aussi l’augmentation des adhésions chez certains sympathisants…

Éric Ciotti, le seul candidat d’une droite décomplexée pendant le congrès, s’est totalement discrédité entre les deux tours des dernières Régionales : il est entré pitoyablement dans le rang après avoir fait le matamore face à la ligne et l’ouverture pro-macron de Muselier. Comme je l’ai écrit dernièrement, « Beaucoup de militants et d’adhérents, orphelins d’une candidature conservatrice de Wauquiez ou Retailleau – qui se sont retirés de la course – n’envisagent même plus de participer au congrès de leur parti ! ». Certains souhaitaient même la participation de Zemmour à la primaire LR ! Finalement, ceux qui restent – ou qui reviennent le temps du vote - ne le font que pour nuire à Bertrand, en favorisant par exemple et paradoxalement le fade et européiste Barnier. Mais quel que soit le résultat du 4 décembre, en avril prochain, ces derniers voteront massivement pour… Éric Zemmour ! S’il est finalement candidat, bien sûr.

Il faut dire qu’on ne peut que les comprendre lorsqu’on écoute ou regarde les interventions de Barnier – comme des autres candidats, d’ailleurs –. Il y a vraiment de quoi déprimer : c’est du déjà vu et du mille fois entendu : poussif, inconsistant et surtout d’une platitude et d’une insipidité consternantes. Tout ce qui caractérise les politiciens professionnels, qui fait fuir les Français des urnes, et qu’ils ne veulent surtout plus ! Que cela nous plaise ou non, à tort ou à raison, il n’est pas étonnant alors que la grande majorité des électeurs, eux, surtout ceux qui ne votaient plus, les déçus de Sarkozy, de Fillon et même de Marine Le Pen, semblent déjà avoir choisi pour avril prochain. Ils sont de plus en plus séduits par « le phénomène Zemmour »…

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

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Xavier Bertrand, réagit aux résultats du second tour des élections régionales et départementales à Saint-Quentin, le 27 juin. 2021.
© Pascal Rossignol/Reuters
De Roland Lombardi