Analyses | 12 avril 2020

L’Afrique, prochain foyer de la pandémie de Coronavirus ?

De Olivier d'Auzon
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Le Continent noir est-il sur le point d’être le prochain foyer de l’épidémie du Coronavirus ? La question mérite d’être posée à l’aune du rapport du CAPS, émanation du Quai d’Orsay : titrée "L'effet pangolin : la tempête qui vient en Afrique ?". Ce rapport ne lésine pas sur les scénarii catastrophes.[1] Analyse de Olivier d’Auzon.

Dans ce contexte on y trouvera un inventaire à la Prévert… La note du quai d’Orsay souligne en effet que « L’Etat va faire massivement la preuve de son incapacité à protéger ses populations », « cette crise pourrait être le dernier étage du procès populaire contre l’Etat, qui n’avait déjà pas su répondre aux crises économiques, politiques et sécuritaires. » Du reste, les auteurs de ce rapport estiment que la pandémie pourrait être « la crise de trop, qui déstabilise durablement, voire qui mette à bas des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique centrale) ».[1] En Afrique de l'Ouest, les mesures de confinement saperaient l'équilibre fragile de l'informel, économie de survie quotidienne essentielle au maintien du contrat social.

En Afrique centrale, "le choc pourrait précipiter la crise finale de la rente pétrolière au Cameroun, au Gabon et au Congo-Brazzaville (effondrement d'un prix du baril déjà en crise avec la demandé, aggravé par un ralentissement de la production, et risque d'accélération de la réflexion d'opérateurs pétroliers - Total au premier chef - de quitter ces pays), là aussi au cœur des équilibres sociaux", précise le Quai d'Orsay. Dans les deux cas, cela pourrait constituer le facteur économique déclencheur des processus de transition politique.[2]

Certains pays africains devraient ainsi faire face à un "virus politique", étant entendu que les villes seront l'épicentre des crises et que très rapidement, la question du ravitaillement des quartiers se posera pour l'eau, la nourriture et l'électricité. "Des phénomènes de panique urbaine pourraient apparaître : elles sont le terreau sur lequel se construisent les manipulations des émotions populaires. Cette recette fait le lit d'entreprises politiques populistes". Ce sont les classes moyennes en cours de déclassement qui seront les premières fragilisées, car leur quotidien risque de s'effondrer », précise le fameux rapport.[3]

Ne pas oublier l’Afrique de l’Est, non évoquée dans la note.

En Afrique de l’Est, les maladies telles le paludisme, la tuberculose, le choléra, la méningite, la rougeole, la poliomyélite - totalement disparus dans plusieurs pays - tuent massivement chaque année des milliers de personnes.

Si L’Éthiopie connaît un taux de croissance économique de 10 %, il n’octroie que 4 % du PIB à son système de santé. Quant au Kenya, son système de santé privée performant attire des patients de toute la sous-région. Les autorités djiboutiennes, somaliennes et somalilandaises s’y rendent pour se soigner, indique le quotidien l’Opinion.[4]

Pour revenir au rapport du CAPS, il conviendrait de "soutenir des paroles publiques d'experts africains scientifiques et spécialistes de la santé". Il existe une communauté scientifique médicale africaine qui peut être mobilisée et soutenue.

Le CAPS penserait-il au Professeur Didier Raoult ?

De fait, ce dernier d’estimer qu’aujourd’hui le milieu scientifique français repose avant tout sur l’apport des doctorants venus du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Lors de la visite d’Emmanuel Macron à Marseille le 9 avril 2020, c’est d’ailleurs une équipe de jeunes chercheurs originaires d’Algérie, du Maroc, du Mali ou encore du Burkina Faso qui a accueilli le chef de l’État. « En France, 50% des thésards sont étrangers. Sans les étrangers, il n’y a plus de science française », martelait Didier Raoult lors d’une conférence donnée en 2013.[5]

Le Professeur Raoult qui milite contre la politique de confinement adoptée par la France, partisan d’une politique privilégiant des dépistages massifs, et milite pour l’apport de l’hydroxychloroquine face au coronavirus, est en passe de devenir un prophète en Afrique. « C’est un éléphant qui aime aller au contact des gorilles » aime à souligner le Docteur Jean Akiana, le directeur chargé des technologies de la santé au ministère de la Santé et chercheur au Laboratoire national de santé publique de Brazzaville.

Pour mémoire, en 2008, n’a-t-il pas porté sur les fonts baptismaux à Dakar une unité de recherche mixte de son IHU consacrée aux maladies infectieuses transmissibles – l’une des deux équipes africaines du professeur avec celle d’Alger ? Celle-ci revendique d’ailleurs la production de 10 % des publications scientifiques au pays de la Teranga. Dans ce contexte, on soulignera volontiers que l’IHU de Dakar, s’apprête à déposer auprès du ministère sénégalais de la Santé un projet recherche sur le protocole de la combinaison chloroquine-azithromycine.

La prévalence du coronavirus semble moins importante dans les zones où l’utilisation d’antipaludéens, comme la chloroquine ou la méfloquine, est fréquente.

« Cela se voit de manière très grossière. Mais il faudra intégrer d’autres facteurs avant de tirer des conclusions définitives », explique l’épidémiologiste et biologiste Cheikh Sokhna, chef d’équipe à l’IHU Méditerranée Infection, à Marseille.[6] En 2012, le chercheur français n’installait-il pas à l’hôpital principal de Dakar un MALDI-TOF, un spectromètre de masse permettant de détecter les bactéries en quelques heures, contre deux à trois jours avec les procédés traditionnel… ?[7] Aujourd’hui, Au Burkina Faso, au Cameroun, en Afrique du Sud par exemple, les gouvernements ont rapidement autorisé les structures hospitalières à traiter les malades avec l’hydroxychloroquine.[8] Et il y a plus, une grande étude, à l'image de celle du désormais célèbre professeur français Didier Raoult, a été lancée en Afrique du sud.

13/04/2020 - Toute reproduction interdite


[1] https://www.lopinion.fr/edition/international/pandemie-fera-t-elle-vaciller-autocrates-note-quai-d-orsay-agite-l-215504

[1] https://mondafrique.com/pour-le-quai-dorsay-le-covid-19-pourrait-balayer-plusieurs-regimes-aficains/

[2] https://www.aa.com.tr/fr/afrique/covid-19-la-crise-de-trop-en-afrique/1790199

[3] https://mondafrique.com/pour-le-quai-dorsay-le-covid-19-pourrait-balayer-plusieurs-regimes-aficains/

[4] https://www.lopinion.fr/edition/international/coronavirus-en-afrique-l-est-vers-cimetiere-a-ciel-ouvert-tribune-dr-215209

[5] https://www.jeuneafrique.com/923934/societe/didier-raoult-lafricain-sur-la-piste-de-la-chloroquine-de-dakar-a-brazzaville/

[6] https://www.jeuneafrique.com/923934/societe/didier-raoult-lafricain-sur-la-piste-de-la-chloroquine-de-dakar-a-brazzaville/

[7] https://www.jeuneafrique.com/923934/societe/didier-raoult-lafricain-sur-la-piste-de-la-chloroquine-de-dakar-a-brazzaville/

[8] https://www.letemps.ch/monde/demunie-face-coronavirus-lafrique-se-jette-chloroquine


Des femmes fabriquent des masques faciaux et des équipements de protection individuelle (EPI) pour endiguer l'épidémie de coronavirus près de Nairobi, au Kenya, le 14 avril 2020.
Njeri Mwangi / Reuters
De Olivier d'Auzon

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