Société | 20 décembre 2020

La violence verbale : une violence insidieuse

De Fild Fildmedia
3 min

Marie-Claude Georges est psychologue et présidente de l’association CAPVIF (Coordination pour l’action et la prévention à l’égard des violences intrafamiliales). Psychologue en CMP (Centre médico-psychologique) pendant des années, elle s’est spécialisée dans l’accompagnement de femmes victimes de violences depuis plus de trente ans.

                             Entretien conduit par Marie Corcelle.

 

 

Fild : En quoi consiste la violence verbale ?

Marie-Claude Georges : On dit violence verbale, mais juridiquement, on parle de violence psychologique. La violence psychologique, c’est la disqualification de tout ce que la femme va faire, en permanence. C’est la disqualification de son corps et de son comportement. Elle va être stupide, mal habillée, grosse… Tout va passer par des insultes, le rabaissement, l’humiliation, la critique.

Fild : À quelles conséquences cela aboutit ?

Marie-Claude Georges
: Les violences corporelles touchent la peau, l’enveloppe extérieure. Mais les conséquences physiques sont aussi présentes quand vous êtes victime de violences psychologiques. Certaines femmes tombent malades très gravement. Ça va des infections graves à un amaigrissement considérable, une perte de sommeil et d’appétit, une dépression… Les gens qui pensent que la violence physique meurtrit plus que la violence psychologique n’ont jamais été maltraités. Les insultes, le fait d’être rabaissé constamment implique qu’il n’y a plus d’estime de soi. Ça détruit l’être. C’est un traumatisme causé par des dégâts émotionnels énormes.

Fild : Qui sont les hommes qui vont avoir recours à cette violence verbale ou psychologique ?

Marie-Claude Georges : Quand je reçois une femme, pendant les premiers entretiens, je cherche à identifier à qui elle a affaire. Pour moi il y a deux types d’hommes : ceux qui ont été maltraités, qui sont violents et emplis de colère, mais qui sont capables de s’excuser après avoir insulté ou battu leur femme. Et il y a les autres, les pervers narcissiques qui fleurissent à l’heure actuelle. Ils ont été adorés et élevés sans interdits par leur mère, considérés comme des enfants-rois. Ils ont donc constamment besoin de quelqu’un qui va leur renvoyer qu’ils sont les meilleurs, les plus doués, les plus beaux, etc. Une femme va jouer le même rôle que leur mère. Ce sont des êtres vides, et qui perçoivent les autres comme des ustensiles. Ils s’en servent.
Dans les deux cas, ces hommes sont des prédateurs, et ils ont une capacité extraordinaire à détecter que l’autre est fragile et a besoin de protection, de compliments.

Fild : Quelle est la finalité de cette forme de violence ?

Marie-Claude Georges : Il y a une spirale dans les violences conjugales. On trouve d’abord les violences psychologiques, verbales, et dans la plupart des cas survient ensuite la violence physique. On trouve une gradation : l’homme violent va commencer par jeter des objets, casser des choses. Mais la femme victime ne va pas nécessairement considérer cela comme de la violence en tant que telle. Viennent ensuite les coups, voire le viol. Il y a un nombre incroyable de femmes mariées qui ne se rendent pas compte qu’elles ont été violées.

Fild : À quelles difficultés font face les femmes victimes de violences psychologiques ?

Marie-Claude Georges : Beaucoup de femmes maltraitées confondent amour et emprise. Elles ont l’impression d’être aimées, parce que l’homme ne les quitte pas. Elles vont tout faire pour que l’autre ait tout ce qu’il veut. Ces femmes ne vont pas se rebeller contre les violences psychologiques, elles y ont été habituées. Mais elles sont sous emprise. Pour le réaliser, il faut avoir conscience de la valeur de son autonomie et avoir un minimum d’estime de soi. Mais si on ne l’a pas, si on ne l’a plus ? Et bien on ne s’en rend pas compte et on reste persuadé que c’est de l’amour. Outre ce problème-là se pose la question de la prise en charge de ces violences psychologiques. Beaucoup de policiers ont du mal à l’entendre et accepter les plaintes, mais ça commence à changer. Quand vous déposez plainte dans ce genre de situation, il doit y avoir un constat médico-légal, fait dans une UMJ ( Unité médico-judiciaire ), et le médecin traduit en ITT ( incapacité temporaire de travail ) le préjudice. Mais lorsqu’il y a des violences psychologiques, sans marques de coups, la police ne vous redirige pas systématiquement vers des UMJ.
En théorie, il doit y avoir un autre examen qu’on appelle le retentissement psychologique, qui sert à déterminer l’impact psychique de ces violences. Il permet ainsi au juge de reconnaitre le traumatisme. Mais les forces de l’ordre ne donnent pas toujours le papier pour cet examen. Il y a des lacunes. On n’accorde pas du tout assez d’importance aux violences psychologiques, alors qu’elles sont beaucoup plus destructives que les violences physiques.


09/12/2020 - Toute reproduction interdite



Victoria Borodinova/Pixabay
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