Le parquet a requis des peines deux fois plus lourdes pour l’agression d’un député par des manifestants anti-pass vaccinal que pour les auteurs d’un viol et d’agressions sexuelles sur Shaïna en 2017, alors qu'elle était âgée de 13 ans. Deux ans plus tard, la jeune fille était assassinée. Si les manifestants ont été condamnés seulement neuf jours après les faits, c'est seulement ce 1er mars qu'arrivera le délibéré pour les bourreaux de Shaïna. Bien sûr, l’agression d’un élu de la République doit être sanctionnée, mais le sentiment d’une justice à deux vitesses ne peut qu’augmenter la défiance face à nos institutions.

La chronique d'Olivier Amiel

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Suite à l’agression du député Romain Grau devant sa permanence, à Perpignan, le samedi 22 janvier, en marge d’une manifestation contre le pass vaccinal, on a assisté à un tombereau de soutiens de la part de ministres, parlementaires, élus locaux, chroniqueurs issus de tout l’échiquier politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

Je me méfie toujours des positions unanimes – forcément un peu calculées, surtout en période électorale – qui masquent bien souvent une soumission à une vérité morale se voulant unique et trop bien-pensante. En l’espèce, en plus de ma méfiance naturelle pour ce type de posture qui devient « obligatoire », je connais trop bien l’intéressé pour ne pas avoir de doutes sur l’opportunité de sa victimisation.

Attention : je ne justifie pas la violence dans le débat public et je ne l’excuserai jamais ! Je souhaite seulement qu’au-delà de la compassion émotive de l’instant, on puisse faire preuve d’une vision globale plus juste des situations.

Ce député a lui-même organisé par le passé des troubles à l’ordre public, allant jusqu’à faire envahir une Préfecture par des manifestants en 2018, à des fins politiques. Dans un enregistrement publié par la presse, on entend ce député dire : « il faut leur faire peur, il faut leur mettre la pression ».

Ceci ne justifie toujours pas la violence dont il a été victime. Néanmoins, la condamnation des troubles et l’indignation ne peuvent pas être à géométrie variable. Force est de constater qu’à l’époque, en 2018, aucune des personnes qui craignent pour la démocratie aujourd’hui ne s’est émue des agissements contre l’ordre public par un élu de la République.

Dans cette affaire, compte tenu de la vidéo de l’agression, on ne peut pas nier que le député n’a pas été bousculé ; on n’est pas dans le cas d’un prétendu attentat de l’Observatoire simulé par François Mitterrand. Mais il faut être naïf et ne pas connaître le ressort de certains politiques pour ne pas déceler l’opportunité saisie par la victime.

Défiance croissante envers nos institutions

Mais peu importe ! Au-delà de ces considérations pleines – je l’accorde volontiers – de mauvais esprit de ma part, ce qui est vraiment révoltant, c’est la concomitance de deux réquisitoires contrastés. Le lundi 31 janvier 2022, le parquet a en effet requis entre 9 et 12 mois de prison ferme contre 4 jeunes pour le viol, les agressions sexuelles, les violences en réunion et l’enregistrement d'images pornographiques dont a été victimes Shaïna, alors qu'elle avait 13 ans. Ces horreurs ont été commises à Creil en 2017. Deux ans plus tard, la jeune fille était assassinée. Ce même lundi 31 janvier 2022, le tribunal judiciaire de Perpignan a condamné avec une rare célérité trois manifestants pour l’agression du député, à une peine aménagée de 12 mois de prison pour l’un, et un emprisonnement ferme de 15 et 18 mois pour les deux autres. Le parquet avait même requis 24 mois de prison contre les manifestants, soit deux fois plus que pour le violeur de la mineure !

Le véritable sujet d’indignation est là : celui d’une justice paraissant trop souvent à deux vitesses pour condamner les violences faites aux personnes ; car dans l’attente du délibéré du 1er mars, le violeur et les agresseurs de Shaïna à Creil écoperont peut-être de peines moins lourdes que les manifestants devant la permanence d’un député… Cela ne justifie pas la violence, rien ne le pourrait, mais cela explique la défiance croissante de la population envers nos institutions !

Olivier Amiel est avocat, docteur en droit de la faculté d’Aix-en-Provence. Sa thèse « Le financement public du cinéma dans l’Union européenne » est publiée à la LGDJ. Il a enseigné en France et à l’université internationale Senghor d’Alexandrie. Il est l’auteur de l’essai « Voir le pire. L’altérité dans l’œuvre de Bret Easton Ellis » et du roman « Les petites souris », publiés aux éditions Les Presses Littéraires en 2021.

21/02/2022 - Toute reproduction interdite



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De Olivier Amiel