Créée en 2013 en Suisse, la Fondation Interpol pour un monde plus sûr recherche officiellement des capitaux pour financer l’organisation internationale Interpol. Ce qui n’empêche pas certains de ses responsables de posséder des sociétés dans des paradis fiscaux.  

                                                 Par Ian Hamel.

L’objectif de la Fondation Interpol pour un monde plus sûr, une organisation à but non lucratif, est fort louable. Il s’agit de soutenir financièrement sept initiatives clés d’Interpol (l’Organisation Internationale de Police Criminelle), comme la lutte contre les activités terroristes transnationales, le combat contre le trafic de drogues ou le démantèlement des réseaux criminels impliqués dans le trafic des migrants. En revanche, le choix de ses dirigeants pose problème depuis plusieurs années. En 2016, un documentaire de 90 minutes, intitulé « Interpol, une police sous influence ? », diffusé sur Arte, se penchait déjà sur les dessous sulfureux de la Fondation Interpol.

On retrouvait dans le conseil de la Fondation le Pakistanais Arif Naqvi, à la tête du fonds d’investissement Abraaj Group. Une pyramide de Ponzi qui a géré jusqu’à quatorze milliards de dollars, avant que ce montage financier frauduleux ne s’effondre. Accusé de fraudes massives, Arif Naqvi était « mandaté pour développer des partenariats public-privé » au sein de la Fondation. Il a été contraint de donner sa démission en décembre 2018. Carlos Ghosn a pris lui aussi la porte en février 2019. Certes, lorsqu’elle a choisi le PDG de Renault-Nissan, la Fondation Interpol n’était pas sensée connaître ses éventuelles malversations financières. Malgré tout, cela fait désordre, d’autant que depuis sa spectaculaire évasion, Carlos Ghosn, réfugié au Liban, est recherché par Interpol…

Des sociétés dans les paradis fiscaux

Le Liban occupe d’ailleurs une place à part au sein de la Fondation Interpol pour une monde plus sûr. Comme l’a révélé La Tribune de Genève en décembre 2020, Elias Murr, le président de la Fondation, ancien Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur du Liban, est à la tête du Groupe Murr, actif dans la construction et dans les médias. Les SwissLeaks avait déjà révélé en 2015 qu’il possédait un compte à la banque HSBC Private Bank de Genève, abritant 42 millions de dollars. Cette fois, la presse suisse a déniché l’une de ses sociétés, Bon Accord Investment Limited (aujourd’hui dissoute), aux îles Vierges britanniques. Quant à l’entreprise Group Murr Aviation Im Limited, elle a trouvé refuge sur l’île de Man.

L’avocate d’affaires Zeina Wakim, d’origine libanaise, installée à Genève, également membre de la Fondation Interpol, a été aussi membre du conseil de surveillance de la banque HSBC Private Bank. Elle a aussi créé deux sociétés au Panama. Certes, il n’est pas illégal de posséder des structures dans les paradis fiscaux. Malgré tout, quand on milite pour un monde plus sûr, il convient peut-être de montrer l’exemple. Mais le combat pour la disparition des zones de non-droit ne semble pas être une préoccupation essentielle de cette Fondation. Pour preuve, elle accueille deux personnalités de la principauté de Monaco. Le prince Albert II et Serge Telle, ancien ambassadeur de France à Monaco, puis ministre d’État (Premier ministre) de la Principauté jusqu’en août 2020. Pour mémoire, la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la délinquance financière et le blanchiment des capitaux en Europe, avait qualifié il y a quelques années le Rocher de « centre offshore favorable au blanchiment ».

11/01/2021 - Toute reproduction interdite.


Arif M. Naqvi, fondateur et directeur général du groupe Abraaj Capital assiste à une session du Forum économique mondial à Davos, le 26 janvier 2012
Arnd Wiegmann
De Ian Hamel