Société | 3 juin 2020

« La société américaine a toujours été violente »

De Roland Lombardi
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Les images abominables de l'agonie et la mort de George Floyd, un gardien d'immeuble afro-américain de 46 ans, face à terre et la tête sous le genou d'un policier de Minneapolis, dans le Minnesota, le 25 mai dernier, ont fait le tour de la planète et déclenché des émeutes dans tout le pays. Pour autant, ce meurtre justifie-t-il la violence des groupes altermondialistes et d'ultragauche ? Qu'en pense vraiment la société américaine ?

                                                                                                       Par Roland Lombardi.

 

L'inculpation pour meurtre volontaire de l'agent des forces de l'ordre au passé violent et impuni jusqu'ici, ainsi que le licenciement pour faute grave de ses trois collègues impliqués dans l'interpellation, n'auront en rien mis fin aux troubles qui ont suivi le drame.

Au contraire, depuis plus d'une semaine, les émeutes et les manifestations embrasent le pays. Au-delà des sempiternelles discours d'une idéologie hystérique, mièvre, frelatée et moralisatrice, la plupart des grands médias étasuniens mais surtout la gauche américaine et les Démocrates ont désigné comme unique responsable de cette situation explosive... Donald Trump !

C'est oublier un peu vite que la police américaine a toujours été violente, et qu'elle est le reflet d'une société elle-même très violente. Rappelons que le mouvement Black Lives Matter est né en réaction à la brutalité policière déplorée sous Obama en 2013 !

En outre, ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis connaissent ce genre de manifestations et d'émeutes après de tels actes. C'est un cycle très ancien que l'on peut observer depuis les années 50-60. Les dernières grandes émeutes de ce type furent celles de Los Angeles de 1992, après qu'un jury ait acquitté des policiers qui avaient passé à tabac un automobiliste noir, Rodney King, suite à un excès de vitesse et une course-poursuite. Après six jours, le bilan fut de 55 morts, plus de 2 000 blessés et près d'un milliard de dollars de dégâts matériels.

Par ailleurs, la question raciale aux Etats-Unis n'est pas le seul problème de Trump, mais bien celui du pays depuis 300 ans. En 1830, Tocqueville, dans son essai De la démocratie en Amérique, prédisait d'ailleurs de manière assez clairvoyante que la question de l'esclavage et de la cohabitation entre blancs et noirs allait inévitablement déchirer les Etats-Unis. 

Ce qui est différent aujourd'hui c'est que le pays sort de deux mois de pandémie, avec 20 à 30 millions de chômeurs, tous sans couverture sociale ni revenus. De plus, les troubles de Minneapolis ont fait tache d'huile et ce sont à présent plus de 70 villes américaines qui sont touchées par ces violences.

On n'avait pas vu cela depuis les émeutes qui suivirent l'assassinat de Martin Luther King en 1968.

Enfin, ces émeutes raciales se sont très vite transformées en insurrections politiques puisque l'on a vu des organisations altermondialistes et d'extrême-gauche en prendre un peu partout le leadership, devenant de fait les instruments de ce que certains nomment les tenants de l'État profond, de l'establishment et d'un système qui veut la peau de Donald Trump.

Or, l'exploitation politicienne de la mort de Floyd et de cette situation insurrectionnelle pourrait très bien se retourner contre ceux-là même qui utilisent la stratégie du chaos et de la tension.

Car le président américain a choisi la position de la fermeté. Il a d'abord sommé les gouverneurs d'agir sans faiblesse et a déclaré vouloir inscrire les antifas sur la liste des organisations terroristes. Comme à son habitude, ses interventions sur Twitter (dont certaines ont été censurées par le réseau social) ont été incendiaires. L'une d'elle disait : « quand les pillages démarrent, les tirs commencent ». Une manière de dire qu'il peut faire intervenir la Garde nationale et l'Armée, avec des ordres de tir à balles réelles sur les insurgés.

Si cette phrase a bien sûr choqué, il ne faut pas perdre de vue que c'est exactement ce que veut entendre son électorat. La fameuse majorité silencieuse, cette « Amérique périphérique » hostile aux désordres et qui soutient plus que jamais le sulfureux président.

Dans certaines villes, l'État d'urgence a déjà été décrété et les gardes nationaux ont été déployés. Par le passé, ces mesures suffisaient à mettre fin aux révoltes urbaines au bout de quelques jours et quelques tirs à vue durant les couvre-feux. Dans le contexte actuel, nul ne peut dire ce qu'il peut advenir. Il y aura sûrement des centaines de morts. D'aucuns évoquent déjà la possibilité d'une guerre civile. Bien que les particuliers commencent à s'armer et s'organiser en milices pour protéger leurs biens des pillards, nous n'en sommes heureusement pas encore là.

Ce qui est toutefois certain, c'est que Trump, s'il veut être réélu en novembre prochain, ne vacillera pas. Reste à savoir dans quel état économique et social seront les États-Unis d'ici là.

 

 

03/06/2020  - Toute reproduction interdite


Une manifestante brandit une pancarte lors d'un rassemblement près de la Maison Blanche contre la mort de George Floyd à Washington D.C. le 30 mai 2020
Eric Thayer /Reuters
De Roland Lombardi

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