Alors que vient de sortir l'excellent livre de Brice Erbland, « Les robots tueurs », le 29 décembre 2017, la délégation générale à l'armement (DGA) a mandaté un groupement de sociétés constitué notamment de Safran Electronics & Defense et Effidence pour la réalisation d'une étude « visant à préparer la future capacité de robots des unités de combat de l'Armée de Terre ». Seront testés trois démonstrateurs de différentes tailles qui accompagneront une section d'infanterie pour des missions d'acquisition du renseignement et de transport de matériels dans différents types d'environnements dégradés. Par Laurent Rabut

Les recherches menées sur les Systèmes d'Armes Létaux Autonomes (SALA), autrement appelés « robots tueurs », sont anciennes et trouvent leurs premières applications concrètes dans le début des années 2000. Le modèle de données JC3IEDM développé sous l'égide de l'OTAN pour homogénéiser le format des données partagées dans les applications militaires des membres de l'alliance se fixe ainsi pour but dès 2004 de rendre intelligibles les ordres humains par des machines.

Les SALA, définis par la directive 3000.09 du Département de la Défense américain sont des systèmes d'armes qui, une fois activés, peuvent sélectionner, engager et détruire des objectifs sans aucune intervention humaine. Nous sommes loin des pacifiques robots d'Isaac Asimov obéissant aux trois lois protectrices des hommes qu'il avait imaginé prescrivant 1) qu'un robot ne peut porter atteinte à un être humain, 2) qu'il doit obéir à un être humain, sauf si l'ordre est en contradiction avec la première loi 3) qu'un robot doit protéger sa propre existence sauf à contrevenir aux première et seconde lois.

Les robots de combat actuellement développés sont généralement constitués de châssis chenillés de différentes tailles et équipés d'un mat portant capteurs et armement. Du robot suicide australien délivrant une charge explosive dans les lignes ennemies, en passant par la plateforme estonienne THeMIS, ou les robots MAARS américains testés lors d'opérations en Irak et Afghanistan, ils apparaissent dans un contexte favorable : réduction du format des armées, coût de formation des personnels très élevé, une opinion publique très sensible aux pertes humaines de son propre camp... Et les robots ne sont pas sans avantage : haute disponibilité, haute précision, absence de fatigue, de doute, prise de décision à la vitesse de l'éclair, sacrifiables, endommagés ou détruits, il n'y a pas de pension à verser aux familles...

Ce sont bien ces avantages qui fondent les arguments des opposants à la robotisation de l'espace de bataille. Depuis 2013, de nombreuses ONG dont Human Right Watch, Article 36, ou le Comité International de la Croix Rouge militent pour une interdiction à priori de la mise en œuvre des SALA mettant en exergue les questions éthiques et juridiques qu'ils soulèvent.

Par exemple, peut-on confier la décision de vie ou de mort d'un être humain à une machine ? Celles-ci peuvent-elles évaluer la proportionnalité d'une riposte ? Qui est responsable si le robot prend une mauvaise décision ? Autant de points qui restent sans réponse.

A l'heure actuelle, les discussions à l'ONU dans le cadre de la Convention sur Certaines Armes Classiques (CCAC) concernant les SALA n'en sont qu'au stade préliminaire, et les armements qui répondent à la définition américaine sont encore rares : systèmes de défense anti-missile des navires de type Phalanx et Goalkeeper, ou le robot sentinelle SGR-A1 de Samsung en Corée. Dans un contexte de course aux armements pour le développement des robots de combat, face à un marché de 3,2 milliards de dollars en 2014, estimé, triplant à 10,2 milliards de dollars en 2021, une interdiction à priori de ces systèmes est déjà devenue impossible. L'avènement des machines est donc à venir...

24/04/2018 - Toute reproduction interdite


Un soldat teste un robot démineur lors d'une séance d'entraînement à la base militaire de Basmaya à Bagdad, le 2 mai 2010.
De Laurent Rabut