Interviews | 17 juin 2020
2020-6-17

La reprise économique Israélienne part sur de bonnes bases.

De Bruno J. Melki
6 min

Eran Bar Tal est l’éditeur économique du journal Israël Hayom. Publiciste et conférencier en économie et en journalisme, il explique en quoi l’Etat Hébreu semble être à même de mieux affronter la crise économique en regard des autres pays de l’OCDE.

                                                                                 Entretien conduit par Bruno J. Melki

GGN: Israel fait-il face à une catastrophe économique comme nous le lisons en peu partout dans la presse nationale et européenne ?

Eran BarTal. : Non, nous ne sommes pas devant une catastrophe économique. Israël est entré dans la crise du Covid19 avec une économie saine et solide. En 2008, afin de se joindre aux pays de l’OCDE, Israël avait plusieurs indices à améliorer selon la demande des pays membres. L’un d’eux était la dette publique qui s’élevait alors à plus de 110 % du produit national brut (PNB). À la suite d’un vaste programme, cette dette a été revue à la baisse grâce à une politique économique saluée par beaucoup de pays. Israël est devenu membre à part entière de l’OCDE le 7 Sept 2010 et a continué à baisser le rapport Dette – PNB jusqu’à 60 % à la veille de la crise du Covid19. Ce taux donne une marge importante et salutaire à l’économie du pays afin de pouvoir gérer la reprise économique.

GGN : D’où viendra l’argent qui financera les aides promises par l’état ? Les impôts seront -ils lourds à supporter par une économie au ralenti durant deux mois ?

Eran BarTal : Il faudra trouver des ressources financières afin de pouvoir les injecter dans l’économie du pays. Cela pourra être fait justement en élevant le rapport dette/PNB jusqu’à un taux de 70 à 75 % qui est encore très acceptable. C’est la raison qui nous laisse à penser que la reprise, objectivement difficile à aborder pour toutes les économies mondiales, pourra partir sur de bonnes bases. 100 milliards de dollars ont déjà été affectés : 50 milliards de source budgétaire i ont fait passer le déficit de 2.9 à 11 %, un « prix » raisonnable compte tenu de la conjoncture économique qui nous a été imposée, et 50 autres milliards ont été levés par des prêts à taux faible d’organismes financiers ayant confiance en l’économie du pays. Des organismes français font de même. C’est le meilleur des témoignages montrant que l’économie Israélienne est appréciée et respectée en dehors de nos frontières. Beaucoup peuvent donner des conférences de presse, louer ou lapider l’économie dans des journaux mais le véritable constat est de savoir si des organismes financiers sont prêts à investir ou non. Ces derniers ont massivement répondu présent lorsque l’état a demandé de lever une somme conséquente en un temps record. Un autre indice montre que l’économie Israélienne se porte bien : les agences de notation financière n’ont pas baissé le classement du pays comme cela a été le cas pour l’Italie ou l’Espagne par exemple.

GGN : D’après la presse, nous sommes en face d’une crise économique qui sera encore plus accentuée après les résultats des dernières élections qui ont créé un « méga » gouvernement

Eran BarTal : Ce « méga » gouvernement est déplorable et fait bien sûr grincer les dents à droite autant qu’à gauche. Mais il n’aura pas en lui-même un effet négatif sur les indices du pays. Il faudra le juger sur ses actions. Il est potentiellement incapable de continuer les tendances positives des dernières années à cause des différentes forces en son sein. C’est le point que je juge inquiétant.

GGN : Israël ne va- t- il pas absorber une onde de choc avec une récession internationale inévitable ? La récession chinoise entraînera -t-elle inévitablement le minuscule pays d’Israël ?

Eran BarTal : Parce que l’exportation est en grande majorité technologique, l’impact de la récession qui va affecter tous les pays du monde sera moins important que si nos exportations étaient des denrées périssables. Les exportations envers la Chine ne représentent que 3 % des exportations du pays. Elles concernent majoritairement la biotechnologie. L’impact sera évidemment significatif mais ne pourra pas toutefois entraîner le pays dans cette spirale infernale que beaucoup d’analyses nous annoncent. Il est vrai que je suis un optimiste invétéré, mais les chiffres sont quand même là : La croissance moyenne du pays se maintient à 5 % sur les dix dernières années, le shekel est devenu une monnaie forte et stable durant cette décennie, et l’exportation a une tendance positive aussi avec plus de 114 milliards de Dollars à la veille de la crise sanitaire du Covid19. L’exportation biomédicale et biotechnologique sera donc moins affectée par une monnaie forte. Toutes ces raisons expliquent qu’Israël peut éviter d’être écrasé par une récession internationale, même si cette année sera inévitablement dans le rouge.

GGN : Comment mesurer dans ce brouhaha politico-économique la réussite ou l’échec de la sortie du pays de cette crise extraordinaire ?

Eran BarTal : Le meilleur des indices est tout simplement le taux de croissance du pays. Il comprend toutes les facettes de l’économie : Les chiffres évidemment, mais aussi les psychologies de masses, le confort et la confiance que les Israéliens et le reste du monde ont envers le pays et ses données économiques. L’inflation n’est pas un indice suffisamment révélateur de nos jours, même s’il est important. Lorsque la production augmente, la dette diminue car elle est proportionnelle au PNB. Les exportations augmentent aussi en faisant baisser le chômage et tous ces éléments matérialisent une poussée de la croissance. Lorsque nous avons des doutes devant ceux qui prévoient une catastrophe, il faut aller consulter l’indice de croissance.

GGN : Pourtant le chômage est quand même là et il entraine un pessimisme et une colère publique que nous ne pouvons pas ignorer.

Eran BarTal : Nous étions à près de 25 % de chômage pendant la crise du Covid19 alors qu’à la veille de cette crise sanitaire, nous avions l’un des taux de chômage les plus bas de l’OCDE. Les estimations les plus réalistes, dénuées d’agenda politique, parlent d’un taux de chômage d’environ 10 à 11 % après que le pays ait recommencé à fonctionner. Même s’il est élevé pour notre économie, ce taux de chômage n’est pas catastrophique et je pense qu’il baissera au fur et à mesure de la reprise de l’activité économique. Il est évident que le peuple israélien a peur pour son avenir dans une telle atmosphère d’incertitude car la quantité d’argent a baissé pour tout le monde. Les Israéliens sont des râleurs, je ne peux objectivement pas dire s’ils le sont plus que les Français, mais ils ont cette particularité de réagir de façon excessive pour le meilleur et pour le pire. Ils ont fermé très tôt l’état mais ils l’ouvrent de façon très rapide aussi, ils tombent dans un désespoir qui ne dure qu’un court moment afin de vite revenir à cette joie de vivre et cet optimisme qui définit la société pétillante que sont les Israéliens. Ils ont des craintes aujourd’hui, ce qui est tout à fait normal, mais je mise sur un retour rapide à la joie de vivre par rapport au reste des pays de l’OCDE bien que je ne puisse pas réellement faire de comparaisons scientifiques ou fondées sur des chiffres représentatifs.

GGN : Comment le gouvernement aurait-il pu mieux gérer la crise sanitaire ?

Eran BarTal : J’aurai préféré que les libertés individuelles soient plus respectées. Le confinement a été exagéré dans sa rapidité et dans son ampleur. Les compensations proposées par le gouvernement aux entreprises sont révoltantes. Si le gouvernement veut prendre la décision de nous priver de nos libertés en fermant les commerces, les cafés, les restaurants et en nous suivant tel le Big Brother de Georges Orwell, il doit prendre aussi la responsabilité de donner une compensation à la hauteur de ses décisions. Lors d’un forum ou j’ai été invité, j’ai proposé aux fonctionnaires du ministère des finances de ne pas prélever d’impôts pendant la période où l’on ne pouvait pas travailler. Ils ont beaucoup apprécié la créativité de cette proposition mais ne l’ont pas adoptée. Le modèle Suédois est à mon avis plus adapté à mes convictions mais la liberté a un prix et les Suédois l’ont payé avec un taux de mortalité beaucoup plus élevé que le nôtre. Dans un pays qui sanctifie la vie comme Israël, cette idée ne peut pas être reçue.

GGN. Cette crise a – t – elle eu un impact positif ?

Eran BarTal : Israël souffre d’un taux de productivité relativement bas. Les Israéliens travaillent beaucoup plus que les Français ou les Allemands pour une production donnée. Cet indice démontre un manque flagrant d’efficacité. Le remaniement qui a été imposé à l’ensemble du pays peut avoir un effet bénéfique afin d’obliger les entrepreneurs et les ingénieurs à être plus efficaces dans leurs procédures de travail. Ce serait une très bonne nouvelle pour l’ensemble du pays.

18/06/2020 - Toute reproduction interdite


Un homme se tient devant un tableau électronique affichant les données du marché à la Bourse de Tel-Aviv, le 29 janvier 2017.
Baz Ratner/Reuters
De Bruno J. Melki