Christophe Merlino est président de La Fédération des Conseils de Parents d'Elèves (FCPE) des Bouches-du-Rhône. Il revient sur l’annonce d’Emmanuel Macron sur la réouverture progressive des crèches, des écoles et des lycées. Il explique aussi comment la fédération des parents d’élèves se prépare à cette décision

GGN : Comment les parents d’élèves réagissent-ils à la communication du gouvernement au sujet de la crise ?
Christophe Merlino : Nous apprenons tout, comme tout le monde, par le biais des médias ! Le fait de représenter une fédération de parents d’élèves, de surcroît la première, semble effrayer le Ministre !
Plus sérieusement, avec cette crise sans précédent et au vu de l’impréparation des réformes mises en place jusqu’à présent par ce gouvernement, notamment dans l’éducation, nous ne nous attendions pas à autre chose que l’accroissement des inégalités en fonction des territoires. Bon nombre d’enfants n’ont pas pu bénéficier d’ordinateurs ou de tablettes, les chiffres du gouvernement (6 à 10%) sont sans doute en deçà de la réalité. Il va être difficile de rattraper le retard pris avec des moyens humains et financiers en constante baisse. L’accompagnement des parents est aussi fonction des départements, dans les Bouches du Rhône les équipes du DASEN ont travaillé sans relâche pour gérer la situation au mieux, dans des conditions difficiles.
Cela n’empêchera pas que certains enfants soient victimes de décrochage scolaire. Au moins les intentions étaient là. Pour les parents, il a fallu aller « à la pêche aux infos » du fait du manque d’uniformisation des procédures, cela est regrettable. La FCPE a néanmoins porté des revendications et a été enfin écoutée sur certains points comme sur le contrôle continu. En ce sens, la pandémie aura contribué à des ajustements bénéfiques pour les élèves malgré le confinement.
Les parents se retrouvent confrontés a quelque chose de nouveau : découvrir la fonction d’enseignants (pour ceux qui ne le sont pas évidemment), ce n’est pas évident car c’est un métier. A ce titre, certains parents jugent la charge de travail trop importante pour les enfants. Le manque d’uniformisation des procédures et des outils numériques en est la principale cause. Nous en déduisons que la communication du Ministre avec les parents d’élèves comme avec le corps enseignant est défaillante.


GGN : Le Président de la République a annoncé la réouverture progressive des crèches, des écoles et des lycées à partir du 11 Mai. Qu’en pensez-vous ?
Christophe Merlino : Nous avons été surpris par cette annonce, certains diront même choqués. Nous avons pu, de ce fait, vérifier le décalage qui existe entre les décisions politiques et la réalité du terrain. En effet, comment peut-on faire croire que les conditions sanitaires seront réunies alors que le Ministre lui-même a reconnu dès le début de la pandémie que les établissements scolaires étaient en retard sur le plan de l’hygiène et qu’il rejetait la responsabilité sur les collectivités ? Soyons clairs, il faut attendre une crise sanitaire telle que nous la traversons pour que soient mis en lumière ces manques ?! La FCPE avait décidé bien avant le COVID 19 de faire une campagne de rentrée sur le thème de l’hygiène…car depuis des années les parents se battent pour avoir ne serait-ce que du savon dans les établissements ! Il a fallu qu’une enseigne mette 10 000 savons à disposition dans les écoles se substituant ainsi aux pouvoirs publics… Est-ce que ce monde est sérieux ? Sur le plan pédagogique et eu égard aux propos présidentiels sur l’accroissement des inégalités dans les quartiers populaires, nous avons fait la proposition qu’un dispositif soit mis en place pour faire rattraper le retard aux enfants en difficulté scolaire et aux enfants à besoins spécifiques, dès le 11 Mai.

GGN : Les experts ont affirmé que les écoles devaient être les premières à fermer, puis maintenant à réouvrir. Est-ce une décision prématurée ?
Christophe Merlino : Nous avons trouvé qu’il était irresponsable de faire une telle annonce sans donner de précisions. Quand je dis « nous », je parle des acteurs de terrain…De ceux qui réclament des moyens supplémentaires, ne serait-ce que pour que les personnels aidants de l’éducation nationale ou des Mairies. Ils doivent être en nombre suffisant pour mener à bien leurs tâches. N’oublions pas que malgré le confinement et la crise sanitaire majeure que nous traversons, les décisions de fermetures de classes et de diminution d’heures allouées aux collèges et lycées (DGH) ont été maintenues ! Conséquences : des classes surchargées d’années en années, où il est déjà difficile à enseigner en temps normal. Alors quid des mesures barrières ?


GGN : Quel est le sentiment des parents ? Y a-t-il une réelle inquiétude ?
Christophe Merlino : L’inquiétude est unanime, certains parents ont déjà fait part de leur intention de ne pas remettre leurs enfants à l’école avant septembre. Certaines collectivités ont d’ailleurs vivement critiqué cette annonce craignant la constitution d’un bouillon de culture viral qui créerait les conditions d’une deuxième vague épidémique…
De plus, les enfants sont souvent asymptomatiques. quand les parents travaillent, ce sont les grands parents qui les récupèreront à l’école. Cela représente donc un risque majeur. Evidement cela pose aussi le cas des personnes avec des maladies chroniques que ce soit chez les enfants ou les enseignants. Bref, nous attendons une stratégie claire dans cette gestion de crise.


GGN : Les enseignants et les directeurs d’établissements avaient-ils été avertis de cette décision ?
Christophe Merlino : Non malheureusement, tout le monde prend connaissance des décisions devant sa télévision.


GGN : Si la situation le permet, comme le président l’a bien rappelé, le 11 mai prochain, les enfants devraient retourner dans leurs établissements. Les conditions seront-elles toutes réunies ?
Christophe Merlino : Il nous semble impossible de faire reprendre physiquement les cours le 11 Mai. Le Président a dit que ça n’aurait pas de sens de tester tout le monde… Nous demandons que tout le monde soit testé pour savoir qui est porteur du virus et qui ne l’est pas, asymptomatique ou non. Cela a du sens. Les parents d’élèves seront je l’espère associés à une nouvelle organisation au travers des conseils d’écoles ou des Conseils d’Administration dans les collèges et lycées. Nous espérons que les chefs d’établissements auront la latitude nécessaire pour mettre en œuvre ce qui leur semble judicieux et qu’ils aient les moyens de le faire. Idem pour les collectivités territoriales. Mais en attendant, à l’instant T, il n’y a pas de reprise envisageable pour la grande majorité des parents ! Pour conclure, nous aurions aimé qu’une telle décision soit prise de concert avec tous les acteurs de terrain au quotidien et surtout qu’elle soit prise en défendant l’intérêt des enfants…

16/04/2020 - Toute reproduction interdite


La cour d'une école vide est photographiée alors que la France a fermé toutes les crèches, écoles et universités pour tenter de ralentir la propagation du coronavirus, à Paris, le 15 mars 2020.
Benoit Tessier/Reuters
De Peggy Porquet