Le Rassemblement National et la France insoumise digèrent leur défaite. Car défaite il y a eu. En boudant les urnes aux régionales, le peuple a snobé les deux formations populistes.

La chronique de Guillaume Bigot

Pour autant, ni le RN, ni LFI, ne changeront de tête tant ces partis dépendent de leurs créateurs.

En revanche, Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon risquent de devoir rendre des comptes car l’un comme l’autre ont imposé une ligne électorale qui n’a pas fonctionné.

Ce problème de ligne est inversé.

Dans le cas de la France insoumise, la ligne est trop dure. Jean-Luc Mélenchon n’a pas hésité à verser dans le complotisme pour draguer un électorat communautaire, prenant le risque d’affoler sa boussole républicaine et de dégoûter ses électeurs.

La ligne choisie par Marine Le Pen est, à l’inverse, trop molle. Pour s’institutionnaliser, Marine Le Pen s’est affadie. Cet affadissement n’a pas plu à son électorat qui ne peut même plus exprimer sa colère en déposant un bulletin nationaliste dans l’urne.

En réalité, nous sommes face à un paradoxe. La situation « objective », comme diraient les marxistes, n’a jamais été aussi favorable aux populistes. Le gouvernement applique un programme de relance dont même Mélenchon n’aurait pas rêvé. Tandis que les tabous autour de l’immigration du terrorisme et de l’insécurité tombent les uns après les autres.

Deux Français sur trois s’estiment mal représentés

Deux Français sur trois ne votent plus car ils n’en peuvent plus du mainstream, c’est-à-dire de l’approfondissement de la construction européenne, du gouvernement des juges qui empêche de sévir contre les violents, la communautarisation rampante, du triomphe de la globalisation et du remboursement de la dette.

Les Français qui se satisfont de cette feuille de route mainstream suivie depuis 30 voire 40 ans sont de moins en moins nombreux. En revanche, ils sont désormais les seuls à voter. Ils ont beaux être de moins en moins nombreux, ils sont de plus en plus assurés de rester majoritaires car les deux Français sur trois qui veulent changer de cap ne votent plus ou s’estiment mal représentés.

Le paradoxe politique, c’est que cette France du statu quo qui ne veut pas changer a bénéficié en 2017, d’une recomposition politique majeure. Alors que le PS et LR devenaient trop faible pour gouverner séparément, l’émergence d’une figure nouvelle, celle d’Emmanuel Macron, a permis aux anciens partis de gouvernement de se rapprocher pour tenir « en même temps ». L’invention de la République en marche a permis aux socialistes et aux républicains de disposer d’une colle ou d’un ciment et de les faire durer.

En face, la France qui veut rompre avec le mainstream, celle qui va mal qui est de plus en plus majoritaire dans les têtes et dans les cœurs, est de plus en plus minoritaire dans les urnes. D’abord parce qu’elle ne profite d’aucun effet de rénovation politique. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont de vieilles figures du vieux monde. Ensuite ni le RN, ni LFI ne parviennent à faire autre chose qu’à contester. Ils incarnent d’autant moins une alternative que ces deux formations sont incapables de s’unir.

Pour que cette majorité silencieuse puisse gouverner, il faudrait que de nouvelles figures émergent, articulent un nouveau discours, porteur d’une véritable espérance et pas seulement d’une critique éculée. Il faudrait, au surplus, que cette nouvelle offre politique soit en mesure de dépasser les vieux clivages exactement comme Emmanuel Macron a réussi à le faire en faveur du mainstream.

Au fond, il y a deux contestations du mainstream : la contestation économique et sociale et la contestation sécuritaire et identitaire. Pour l’instant, ces contestations sont irréconciliables et pourtant ce sont les deux faces d’une même pièce.

Les positions économiques et sociales de Florian Philippot ne sont pas si éloignées de celle d’Arnaud Montebourg qui ne sont pas incompatibles avec celles d’Adrien Quatennens. Les positions en matière d’identité de sécurité et d’immigration d’Éric Ciotti ou de Nadine Morano sont proches de celles d’Éric Zemmour, de Jean Messiha ou de Marion Maréchal mais aussi d’un Andréa Kotarac ou d’un Manuel Valls. Les uns comme les autres sont d’accords sur de nombreux sujets à commencer par leur commune volonté de renverser la table. Ce qui manque, c’est une figure charismatique susceptible de rassembler des egos aussi trempés. Une figure qui appartienne déjà à l’élite et qui décide de trahir sa caste. Donald Trump était l’un des piliers de Wall Street avant de se retourner contre Wall Street. Boris Johnson était membre de l’établissement conservateur avant de prendre le parti du peuple. N’oublions pas que Victor Orban était membre de la classe dirigeante hongroise avant de défendre les Hongrois de la base contre Budapest. C’est à cette condition qu’il se passera enfin quelque chose sur la scène politique française et que la Grande Nation sera de retour.

07/07/2021- Toute reproduction interdite


Marine Le Pen sort d'un isoloir lors du second tour des élections régionales et départementales françaises, à Henin-Beaumont, le 27 juin 2021.
© Pascal Rossignol/Reuters
De Guillaume Bigot