Philippe de Veulle, docteur en droit, avocat, a été auditeur de la 66e session nationale de l’IHEDN et intervenant à l’école de guerre de 2015 à 2016. Depuis 2015, il défend des victimes d’attentats terroristes islamistes du Bardo en mars 2015 à Tunis, du Bataclan en novembre de la même année et de celui de Nice en juillet 2016. Il signe ici une tribune en guise de constat alarmant sur la menace terroriste à laquelle est confrontée la France.

Tribune. 

La France forte à l’extérieur, faible à l’intérieur. Telle une huître.

Les Munichois en 1938 voulaient la paix !

Mais au fond, qui ne souhaite pas la paix ?

En juin 1940, nous avons eu la guerre et nous avons été vaincus en trois semaines par l'armée allemande après un an de drôle de guerre...

Notre politique de défense reposait sur la ligne Maginot, tant critiquée par le général de Gaulle dans son ouvrage « Vers l’armée de métier" publié en 1934.

À cette époque, un allié britannique du général de Gaulle, Winston Churchill, fustigeait les Munichois en leur lançant : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ».

En 2021, l’histoire ne se répète pas, mais elle balbutie.

La défense de la France, selon le général Henri Bentégeat, ancien Chef d'état-major de l'Armée de Terre, intervenu sur CNews le dimanche 16 mai 2021, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, indiquait que la défense de notre territoire se faisait par la dissuasion nucléaire. Puissance militaire nucléaire, détenant quatre sous-marins SNLE, munis de 16 missiles nucléaires chacun, assurant une dissuasion permanente. Nos avions Mirage 2000N et Rafales (de l'armée de l'air et de la marine embarqués sur notre unique porte avion nucléaire, le Charles de Gaulle) pouvant eux aussi être dotés de missiles nucléaires, prêts à décoller à tout moment face à une menace d'un État hostile qui nous menacerait.

Pendant ce temps, notre armée se bat à l'extérieur, plus exactement en OPEX, opération extérieure contre l’islamisme radical, au Mali, au Sahel. Nous avons perdu 55 de nos militaires, mais nous tenons le terrain.

Mais quel est exactement cet ennemi ? Mustapha Benchenane, Maître de conférences, intervenant à l'OTAN, répond à cette question dans un article publié le 25 août 2018 au Figaro, en indiquant qu'il s'agit de revenir à la pureté du "Message originel".

Sur notre sol, nous subissons une vague d’attentats islamistes depuis 1985 à nos jours, ayant fait 271 morts et des milliers de blessés (Toulouse, Charly, le Bataclan, Nice, le père Hamel, la préfecture de Paris, Beltrame, Samuel Paty, la basilique de Nice, Stéphanie Monfermé, policière à Rambouillet, étant la dernière victime...).

Nos services de renseignement, la DGSI, a déjoué 35 attentats depuis 2017. Malgré cela, il y en a toujours. Le risque zéro n'existant pas.

Tout récemment, un autre événement s’inscrit dans cette spirale infernale, le vendredi 28 mai, avec l’agression à l’arme blanche de la policière municipale à la Chapelle-sur-Erdre, près de Nantes, ainsi que deux gendarmes blessés par arme à feu par l'assaillant radicalisé, fiché au FSTRP, qui est décédé suite de ses blessures...

À cette menace terroriste islamiste, il s’agrège sur notre territoire national un halo qui nourrit ce danger contre lequel nous nous battons à l’extérieur. Cet agrégat hétéroclite peut-il être qualifié de milieu hostile ? Pas pour tout le monde, mais certainement pour les partisans des lois républicaines, des droits de l'homme, de l'héritage des lumières, à vocation universelle et dans lequel a pu s'épanouir un savoir-vivre, un art de vivre à la française. Bien loin des principes de l'islamisme...

Dans cette optique, nous faisons face à une hybridation du conflit. C'est-à-dire faire la guerre comme un caméléon, selon les termes de Clausewitz. Contrairement à 1939, nous ne sommes pas menacés par un pays voisin, avec une armée conventionnelle mécanisée appuyée par une infanterie et une aviation, etc.

L'amiral Patrick Zimmermann, à la tête du renseignement militaire (DRM) explique que la guerre hybride s'infiltre sous les seuils de conflit. Il s'agit pour l'ennemi de contraindre un adversaire quel qu'il soit, à payer un coût inacceptable pour gagner son conflit ou résoudre une crise à son profit (le Point 25/11/2019). Les batailles représentent 20 % d'une guerre. Cela s'alimente par l'économie, les finances, la technologie, gestion des flux financier, idéologique et flux de combattants. Les "stratégies indirectes" développées par Sun Tzu dans l'art de la guerre (IVème siècle avant Jésus Christ).

Comme illustration, citons la guerre menée au Liban par le Hezbollah en 2006, ainsi que la guerre menée par les Azéris au Haut Karabagh du 27/09 au 10 novembre 2020 faisant 6.000 morts, 25.000 blessés et 600.000 réfugiés, alliant la technologie des drones, l'appui de l'armée turque ayant envoyé des djihadistes de Syrie.

L'analyse du général Gomart, précédent patron de la DRM, dénonce les filières en provenance de Libye, de Turquie, qui laisseraient passer des supplétifs à la cause islamiste, confirmant cette hybridation de la guerre.

Bien que nous possédions une force armée classique, basée sur l’armée de Terre, de l’air de la Marine et la gendarmerie.

Notre armée est réduite et on lui demande beaucoup. Elle répond toujours présente. Sans broncher, fière de ses formations et de son professionnalisme.

C’est une armée de métier, comme le souhaitait le général de Gaulle. Mais c’était au siècle dernier.

Aujourd’hui, les choses ont changé, comme les ennemis et les menaces.

Si l'armée agit à l'extérieur, elle tente de nous protéger à l’intérieur par le dispositif Sentinelle, qui consiste à faire des patrouilles aux alentours des lieux de culte, écoles, gares, aéroports, de sites stratégiques classés Seveso, objectifs privilégiés à atteindre pour l'ennemi.

Et malgré cela, nous observons ici et là un délitement de notre territoire qui se matérialise par des faits et des chiffres inquiétants: plus de 6 millions de nos compatriotes de toutes confessions et origine confondues, vivent dans 1.400 zones dites politiques de la ville ; un trafic d’armes à feu estimé à plus de 15 millions, en partie en provenance de l'ex-Yougoslavie ; un trafic de drogue chiffré entre 3 et 4 milliards d’euros ; 3.925 points de deal, répertoriés ; des associations religieuses politisées financées et soutenues par la Turquie comme celle du Millî Görus, qui ne souhaite pas se soumettre aux lois de la République française ; des affrontements de bandes sur notre sol tchétchène et maghrébine se confrontant, lourdement armées, dans des quartiers de Dijon courant juin 2020 ou des attroupements turques s'en prenant à des Arméniens dans la région de Lyon consécutivement au conflit du Haut Karabach mené par les Azéris sur les Arméniens, exportation de conflit et couplé à la menace de nouveaux attentats qui pourraient inspiré certains par le conflit israélo-palestinien faisant déjà 200 morts entre le deux belligérants à ce jour...

« Face à cette réalité menaçante, un constat concordant du monde militaire, politique, civil et intellectuel... »

Des voix se sont élevées, celles de politiques pragmatiques, n'étant pas connus pour une appartenance de droite, ont eu le courage de le dénoncer avec force, sans mâcher leurs mots.

Samia Ghali, sénatrice des Bouches du Rhône déclarait au micro de France 24 le 30 août 2012 qu’il fallait déployer l’armée dans les zones hors de contrôle pour sortir de la "spirale infernale".

Malek Boutih, ancien président de SOS racisme de 1999 à 2008, parle d'une offensive anti-racaille le 20 octobre 2016 dans Marianne.

En 2018, le ministre de l’intérieur Gérard Collomb indiquait lors son discours de départ du ministère de l'intérieur : "aujourd’hui nous sommes côte à côte, demain nous serons face à face".

Un courage vilipendé, ignoré, méprisé ou pire passé sous le tapis de la doxa politique et l'ensemble des médias.

Tiens, du déjà vu...

Depuis et pendant ce temps, tous les jours, nos forces de l'ordre font face à une hostilité de plus en plus affirmée et caractérisée dans ces zones dites sensibles.


Les pompiers, les médecins, qui sont des hommes de secours et de premiers soins sont systématiquement refoulés. Après la mort du colonel Arnaud Beltrame, le 26 mars 2018 , des journalistes ont refoulés dans un quartier de Trèbes proche du drame, puis le photographe du journal local "L'Union" le 27 février 2021 s'est vu agressé dans le quartier de la croix rouge à Reims.

C’est à la fois une incompréhension et un constat. Constat de refus et de délitement de l’autorité de l'État.

Les diagnostics se font, se confrontent, s'opposent...

Michel Onfray faisait un constat glaçant sur Cnews le 11 avril 2021, en affirmant que nous étions en guerre civile : « lorsque des Français tirent sur des Français ».

Henri Guaino, lors d'une intervention sur Cnews le 17 mai 2021 au micro de la journaliste Sonia Mabrouk, déclare : "Nous constatons une crise d'autorité de l'Etat", "toutes les institutions canalisent, refoulent la violence (...) et qu'à glisser sur cette pente on aboutira à l'impossibilité de vivre ensemble, il y aurait un risque que tout cela se termine en guerre civile..."

Il rajoute que l'usage de la force disproportionnée par le gouvernement à l'endroit des gilets jaunes, soutenu par 80 % de français au début du mouvement, de 2018 à 2019 a radicalisé le mouvement discrédité les forces de l'ordre pour au final effriter la démocratie. N'oublions pas que le bilan est lourd, 26 éborgnés, 6 mains arrachées et des centaines de blessure de guerre sur les manifestants...

Le général Pierre de Villiers, le Chef d'état-major démissionnaire de juillet 2017, dans son livre "Qu'est-ce qu'un chef", emploie le terme d'autoritas, "élever vers". Il explique que l'autorité n'est pas une contrainte, mais une règle de comportement qui permet à l'individu de s'élever dans le respect de soi et des autres...

Le général de gendarmerie Bertrand Soubelet propose des solutions basées sur deux piliers pour reconquérir les territoires perdus de la République : le premier s'appuie sur coopération renforcée de la justice et le deuxième une Task Force concentrée sur les quartiers entre police, gendarmes, magistrats, éducateurs et politiques, engagés sur plusieurs mois...

Dans cette crise sanitaire pesante, mal comprise et difficile, ce diagnostic se discute âprement et vivement sur les plateaux de télévision. Une chose est certaine, il s'agit d'un conflit de faible intensité qui peut basculer à un niveau de forte intensité.

D’autres vous diront que ce n’est pas une guerre civile, mais plutôt un échec de la politique d’intégration et d’un manque de moyens, de service public, de fonctionnaires.


Drôle de discours, lorsque l’on s’aperçoit que l’on brûle des bâtiments administratifs, notamment des écoles, et que l’on caillasse les pompiers, les médecins, distincts des fonctionnaires des forces de l'ordre, alors qu'un enseignant de l'IEP de Grenoble, Klaus Kinzler, a été gravement menacé et a dû quitter son poste en mars dernier...


Si l'armée angoisse certains ou en affole d'autres, comme un marqueur de brutalité et une bande de soudards brutaux, il est bon de rappeler le rôle qu'elle a joué dans tous ces théâtres d'opérations extérieurs...

Engagée sur des terrains difficiles, toujours loin de notre patrie, elle a su se faire respecter et jouer un rôle de tampon nécessaire en Afrique, en Europe de l’Est et en Afghanistan... Notamment lors de la guerre de la Yougoslavie en Bosnie de 1992 à 1995.

Au Kosovo, où en février 2000 l’armée française a fait le tampon sur le pont de Mitrovica où 30.000 albanais étaient venus pour en découdre avec les Serbes enclavés dans la ville.

L'Afghanistan, où l'armée française a lutté contre les Talibans et pacifier des régions entières, prodigué des soins à la population civile, encadré l’armée régulière afghane.

Tout cela, nos politiques l’ont demandé à nos militaires. Toujours fidèles aux ordres et à leurs postes... Toujours.

Des généraux à la retraite ont rédigé une lettre, signée à ce jour par 60 généraux et 25.000 militaires d’active, publiée dans Valeurs actuelles le 21 avril 2021.

Une autre lettre a suivi. Cette fois-ci rédigée et signée par des militaires d’active, publiée le 9 mai 2021 dans le même média, suivie par la signature de 287.578 civils et 2.423.958 visiteurs...

Et enfin cette dernière lettre, d'anciens policiers de tous grades à la retraite, adressée au Président Emmanuel Macron le 14 mai dernier... Allant dans le droit fil de l'avertissement des deux lettres précédentes...

Une bronca politique et médiatique s’est déchaînée sur nos militaires. Ceux qui se sont battus, nous ont protégé et ceux qui sont en action aujourd’hui.

On veut les “sanctionner”, voire les “châtier”. On les traite de "factieux". Ceux qui ne sont pas contents dans l'active doivent démissionner de l’armée selon le général François Lecointre, Chef de l'état-major des armées.

On vient de convoquer le capitaine de gendarmerie Hervé Moreau pour une procédure disciplinaire à son encontre pour s'être exprimé sur Morandi live sur Cnews et avoir signé les deux tribunes militaires. Il s'exprime dans un livre "Vérités d'un capitaine de gendarmerie" où il dénonce la violence du terrain et le dysfonctionnement de la justice bien tolérante avec les délinquants.

Drôle de guerre menée contre nos soldats !

Alors qu’il y a des infiltrés dans nos troupes qui ont prêté allégeance au califat... selon un article du capitaine de gendarmerie Alexandre Juving-Brunet, publié dans Place d'armes le 11/05/2021.

Mais que croyez-vous Mesdames et Messieurs du gouvernement ?


Le plus beau bouclier offert à ces militaires qui poussent un cri d’alarme et sonnent le tocsin, est le sondage plutôt un plébiscite en faveur de nos hommes. 59% des Français sont en adhésion avec le constat fait par nos militaires.

Plus époustouflant, 49% des sondés sont favorables à une intervention de l’armée sans l’autorisation des politiques selon un sondage Harris interactive commandé par LCI.
73% constatent un délitement du pays.

Le constat est sans appel. Finalement, qui doit démissionner ?

Certainement pas le gouvernement, jaloux de son pouvoir et accroché à une vision écornée et craintive de la réalité de la situation réelle du pays.

Mais ne vous inquiétez point de la menace d'un pronunciamiento et dormez bien tranquillement. Car en l’état, l’armée ne fera pas de putsch ou de coup d'État, car quand bien même elle souffre de la situation de notre pays comme une majorité de nos compatriotes, elle ne bougera pas. Elle respectera scrupuleusement la constitution.

Alors que les gouvernants précédents n’ont pas respecté la souveraineté populaire, en contournant le référendum de 2005, le refus du traité de Lisbonne, en passant par la souveraineté nationale pour accepter le traité européen en 2008, avec l’Assemblée nationale réunie en Congrès à Versailles.

Mieux vaut se méfier de l’histoire, de l'événement qui peut surgir à tout moment et démonter une inefficacité et un entêtement à ne pas faire face aux dangers imminents. Vous n’aurez plus de légitimité, déjà très contestée, plus de crédibilité déjà bien réduite. Et sous l’effet de la panique, car, c’est ce qui se profile le plus objectivement, l’édifice de la Ve République, mis en place par le général de Gaulle, volera en éclat.

Sous vos yeux étonnés, sous nos yeux attristés.

Merci à nos militaires de nous les ouvrir et de ne pas être des complices silencieux...

02/06/2021


Maître Philippe de Veulle dans les locaux de Sud Radio
© Capture d'écran YouTube
De Fild Fildmedia