Avec La Mémoire de la roseraie, Nathalie Kohl signe son premier roman. À travers la découverte d’un manuscrit ayant appartenu à sa grand-mère Venise, Isabelle voyage de Paris à New-York en passant par Casablanca pour découvrir le passé de son aïeule. Riche de sa culture familiale et de ses voyages, l’auteur nous fait découvrir trois destins contrariés par l’Histoire.    

           Entretien conduit par Marie Corcelle.

Fild : Vous étiez auparavant juriste d’entreprise. Quels éléments vous ont poussée à devenir romancière ?

Nathalie Kohl : Nous avons tous un jardin secret, une passion clandestine ou un rêve caché que nous gardons enfoui au plus profond de nous. Le maniement des mots m’a toujours fasciné. Mon choix d’études de droit européen et international n’est pas innocent. Le sens des mots et leur pouvoir, leur justesse, sont aussi des caractéristiques de l’écriture.

La vie vous amène à faire un long voyage, des rencontres, des pertes, et ce cheminement m’a poussée à me demander quel était mon essentiel. Qui était la personne aujourd’hui que j’étais devenue ? Celle qui avait vécu pour honorer les attentes de la société ? Avait-elle eu le courage de réaliser ses rêves ? Oui, en grande partie. Sauf, un. Me confronter à l’écriture, un projet personnel et unique.

La chance de découvrir des univers différents en partant vivre à l’étranger, l’opportunité de croiser des milieux artistiques et journalistiques m’ont indiqué le chemin et j’ai collaboré avec eux avec bonheur. Puis, avec la Covid, le temps s’est arrêté. C’était le moment ou jamais de me lancer dans ce projet. Nous étions enfermés physiquement mais libres dans nos têtes. Finalement l’écriture offrait une échappatoire, un exutoire. Et j’avais cette histoire au fond de moi à raconter. Il n’y avait plus qu’à se lancer !

Fild : Vous avez vécu en France, en Afrique, en Espagne…. Quel impact ont eu vos voyages sur l’écriture de votre livre ?

Nathalie Kohl : Le mot qui me vient à l’esprit est « l’universalité » des êtres, de la beauté, des sentiments, des peines, des joies. L’envie à travers l'imaginaire de transcrire des tableaux, des paysages, des sentiments qui font la richesse de l'humanité. Bien évidemment aussi les spécificités, les odeurs, les épices, les paysages, les cultures m’ont imprégnée et ouverte davantage aux autres, bien que je sois déjà par nature très curieuse et avide de rencontres sincères et enrichissantes.

Je vis en Espagne depuis plus de vingt ans. Mes enfants y ont grandi, nombre de mes amis y résident. Il était donc aussi important que je traduise mon roman en espagnol. Ses thèmes sont universels et les sentiments transmis également.

Fild : La famille a une place importante dans votre livre. Vous êtes-vous inspirée de vos propres récits familiaux ?

Nathalie Kohl : Petite-fille de pieds-noirs, j’ai voulu rendre hommage à mon père et à ma grand-mère paternelle, à toutes ces femmes et à tous ces hommes qui ont connu des destins contrariés par l’Histoire. Pour autant, ce roman n’est pas autobiographique. Mais comme beaucoup d’autres auteurs, j’y ai inclus des éléments personnels de manière détournée. La quête de la petite-fille de colons, Isabelle, est la mienne. Ma grand-mère paternelle portait bien le nom de Venise. Le départ du port de Casablanca pour la France est bien la situation douloureuse qu’elle a vécu avec mon père (qui lui avait seize ans et non elle-même comme il est mentionné dans le roman). L’histoire du sultan qui s’est émerveillé devant la roseraie est bien réelle puisque le Roi Hassan II demanda que le grand-oncle de ma famille qui possédait une propriété avec une grande roseraie s’occupe de son palais à Marrakech. Un récit que j’ai entendu petite et qui s’est transmis de génération en génération accompagné de descriptions ou de sensations, d’odeurs, de souvenirs. Mais raconté avec toujours beaucoup de pudeur et jamais tangible pour moi enfant. J’ai toujours ressenti cette nostalgie de la chaleur d’une vie passée sans pour autant y avoir vraiment accès. Comme je le dis dans la préface, il s’agit davantage de la transcription de mémoires sensorielles et auditives incrustées dans les ADN des générations suivantes qui n'ont parfois même pas la connaissance de leur propre histoire : les silences lourds, le temps qui passe ou tout simplement la vie qui reprend par des détours sans penser à questionner les vivants.


Fild : Quels messages avez-vous souhaité transmettre à travers votre roman ?

Nathalie Kohl : Le fil rouge est la quête de la mémoire et le retour aux racines, le sens de l’honneur et la puissance de l’amour. Les trois histoires relatées mêlent fiction et réalité. La quête de la mémoire et les destins contrariés sont des thématiques bien vivantes. L'Histoire se répète malheureusement dans de nombreuses parties du monde, ce qui confère à ce roman une inévitable actualité.

Quitter son pays de naissance, son foyer, ses amis contre son gré est une souffrance pour beaucoup que ce soit pour des motifs politiques, sociaux ou économiques. Ce sont des plaies qui se transmettent de génération en génération même lorsqu'elles sont passées sous silence par pudeur par leurs protagonistes.

Il s'agit ici de donner voix à des hommes et des femmes dont l'histoire réelle a été oubliée dans des cahiers d'école ou dans des livres qui ne font cas que de faits et omettent la douleur des hommes. Je souhaitais mettre en lumière des fêlures, cachées au plus profond de ces êtres blessés, intimes et drapées dans une pure dignité

A travers une histoire aux confluents des structures du roman d’aventures, du conte des mille et une nuits, de la poésie, de la nouvelle policière, j’ai souhaité faire rejaillir quelques moments de vie, certains réels, d’autres qui auraient pu l’être. Des moments d’émotions aussi. Peu importe ce qui est fiction et ce qui est réalité. Beaucoup d’entre nous pourraient y trouver une once d’eux, de nous-mêmes dans leur quête, au travers de personnages romanesques aux sentiments universels ou de paysages naturels qui défient le temps, et qui font partie de notre ADN. Le but étant tout simplement, de voyager avec eux, à travers notre imaginaire. Et de les garder ainsi, un peu encore, avec nous.


Fild : Vos personnages principaux sont trois femmes. Pourquoi ce choix ?

Nathalie Kohl : Effectivement les trois personnages principaux sont des femmes. Mais il ne s’agit pas d’un livre féministe. Je dirai plutôt un livre féminin, écrit par une femme. Toutefois, j’espère avoir apporté de la profondeur aux personnages masculins qui eux aussi, vivent, ressentent et agissent. Ces trois femmes sont très différentes car elles n’ont pas le même âge, ni la même condition sociale. Chacune possède une psychologie bien personnelle. Mais elles ont toutes un point commun. Comme je le dis dans le roman, elles savent toutes décliner le verbe « Aimer ».

18/02/2021 - Toute reproduction interdite.


Nathalie Kohl
DR
De Fild Fildmedia