Société | 2 mars 2021

La jeunesse Orange mécanique

De Guillaume Bigot
4 min

Lorsque la jeunesse fait bande à part, cela donne un terrifiant mélange entre la guerre des boutons et Orange mécanique...

     La chronique de Guillaume Bigot.

                                      

Cette semaine, deux collégiens, une jeune fille et un jeune garçon, tous deux âgés de 14 ans, ont été mortellement poignardés tandis qu’un adolescent de 15 ans a été tué par balles.

Un mois après le lynchage de Yuryi, la guerre des bandes continue de faire rage.

En 2020, la France métropolitaine a été le théâtre de 357 affrontements qui ont fait 3 morts et 218 blessés dont 41 à l’arme blanche, soit un bond de 24% de ces violences par rapport à l’année précédente.

Ces bandes enrôlent et tuent des adolescents de plus en plus jeunes.

Ces faits prennent place dans un tableau général de montée de la violence. La France a renoué avec un taux d’homicides qu’elle n’avait plus connue depuis 50 ans.

En 2018, toutes les 44 secondes, un fait de « violence gratuite » était commis en France. Ce chiffre augmente chaque année.

Le nombre de mineurs mis en cause pour violences physiques est passé de 24 000 à 57 000 entre 1996 et 2018.

Trois interprétations de ce phénomène sont aussi largement répandues qu’erronées.

D’abord, l’interprétation gouvernementale, celle de Gérald Darmanin, qui dénonce la démission des parents et le rôle délétère des nouvelles technologies. Si les réseaux sociaux amplifient le phénomène et apportent une caisse de résonance aux défis que se lancent les groupes d’adolescents violents, ils ne les ont pas inventés.

Par ailleurs, cette vision omet que les parents (souvent une femme seule) sont fréquemment dépassés. Elle fait le pari qu’un renforcement des effectifs policiers et une surveillance accrue des réseaux sociaux suffiront à stopper cette violence juvénile.

Cette main-stream insiste aussi sur le caractère très localisé du phénomène. «90% de ces combats entre jeunes adolescents se déroule en région parisienne » a notamment déclaré Gérald Darmanin.

Sur les 74 bandes dénombrées dans le pays, 70 sont effectivement situées en Île-de-France mais ces violences touchent désormais l'ensemble du territoire. En mai dernier, des affrontements très graves ont opposés deux bandes rivales à Bordeaux. Bilan, des dizaines de blessés, un jeune poignardé et des embuscades au fusil. Nantes ou Dijon avaient auparavant été le théâtre d’affrontements très graves entre bandes.

De con côté, l’interprétation de l’extrême-droite voit dans la barbarie des bandes l’échec de l’assimilation. Seule une hypothétique remigration offrirait alors une réponse efficace. Si cette culture des gangs est indéniablement enracinée dans des quartiers refermés sur eux-mêmes et majoritairement peuplés d’immigrés africains ou maghrébins, ce phénomène s’est répandu bien au-delà des quartiers sensibles. Les jeunes de Dourdan ou de la bande du 15ème ne sont pas tous issus de l’immigration extra-européenne.

Si le contrôle des points de trafic de drogues est un motif puissant de haine et de ressentiment, c’est loin d’être le seul.

En général, l’enjeu est territorial voire identitaire. Ce que l’extrême droite ne veut pas voir, c’est que le goût de l’ultra violence, la volonté de montrer au groupe d’en face que l’on est un vrai « bonhomme », n’est pas le propre de la jeunesse issue de l’immigration.

Une enquête de l’IGPN datant de 2020 révèle d’ailleurs que, sur les 74 bandes recensées, une seule est réellement « régionale et communautaire car elle est composée exclusivement de tamouls. »

Enfin, il y a l’interprétation d’une certaine gauche avec son préjugé rousseauiste qui pense que l’enfant serait naturellement bon et innocent. C’est la société qui le rendrait méchant. Ne tenant aucun compte de la fascination des jeunes pour la violence, cette vision irénique espère neutraliser les bandes grâce aux éducateurs et aux services sociaux et en renouant avec la police de proximité. Sauf que les jeunes en question haïssent la police !

Il faut comprendre que ces bandes cherchent la confrontation. C’est aussi pour cela que les autorités temporisent !

La répression seule risque de déclencher un bain de sang. L’éducation seule est également vouée à l’échec.

D’un côté, il y a des parents, des profs, des assistantes sociales et des grands frères qui essayent d’éduquer ces adolescents en rupture de ban mais les craignent.

Or, ces jeunes méprisent la faiblesse et ne respectent que la force.

De l’autre, il y a des adultes susceptibles de les tenir en respect qui ne sont pas là pour s’occuper d’eux mais pour les manipuler (les dealeurs) ou pour les réprimer (les policiers).

En réalité, enrayer le phénomène des bandes nécessiterait de prendre le contre-pied de ce qui existe.

L’idéologie actuelle est tournée vers l’individu. Sortir un jeune de son milieu ambiant pour l’éduquer peut fonctionner mais… s’il retourne dans son quartier, il retombera sous l’influence de son groupe. Rappelons qu’aucune relation éducative ne peut être instaurée avec ces jeunes sans commencer par imposer un rapport de forces.

Il n’y a donc pas d’autres solutions que de prendre l’ascendant sur une bande et de reprendre le contrôle du territoire qu’elle s’est appropriée.

D’anciens militaires entraînés au combat et au commandement pourraient maîtriser ces groupes dangereux. Ils devraient travailler avec des services sociaux et une justice des mineurs totalement repensés.

Au premier acte de violence grave, l’incarcération en centre éducatif fermé devrait être automatique, elle est aujourd’hui très rare. C’est l’impunité qui alimente cette sauvagerie. L’État doit se faire respecter. Le pouvoir actuel n’en prend pas le chemin.

La réforme de l’ordonnance de 45 sur la justice des mineurs, qui entrera en vigueur le 30 septembre prochain, tourne le dos à cet objectif. En autorisant les mineurs à se faire accompagner par les parents devant le juge, en détachant le prononcé de la sanction de son application, cette réforme vise à réduire le recours à la détention provisoire.

Les optimistes n’ont pas pitié des hommes disait Bernanos. Ils n’ont pas non plus pitié des adolescents !

02/03/2021 - Toute reproduction interdite


L'agression de Yuriy, un collégien de 15 ans dans le XVe arrondissement de Paris en janvier 2020
Capture d'écran twitter
De Guillaume Bigot

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