Au nom d'une retraitée qui n'a pu être diagnostiquée et traitée à temps d'un cancer, Me. Emmanuel Ludot a déposé une plainte devant le tribunal judiciaire de Laon. Mis en cause : l'EHPAD de résidence, l'Agence Régionale de Santé des Haut-de-France, mais aussi l'Institut Chinois de Virologie et le laboratoire P4 de Wuhan.

                                                                                                              Par Francis Mateo.

Il est pratique de parler de « crise du Covid-19 » pour faire l'économie de ce qu'il faudrait en fait nommer comme une « crise de la gestion du Covid-19 ». Un raccourci de langage qui met évidemment l'accent sur les aspects sanitaires de la pandémie, mais qui occulte les responsabilités dans les différentes prises de décisions. En ce sens, la plainte déposée par Me. Emmanuel Ludot devant le tribunal judiciaire de Laon est une première en France, voire en Europe.

Une action menée au nom de d'Odette Barbier, résidente à l'EHPAD Les Boutons d'Or de Bourg-les-Comin (Aisne). À compter du 16 mars 2020, cette retraitée de 85 ans n'a pu voir sa famille ni accéder aux soins extérieurs pendant plusieurs mois. Au cours de cette période, elle a développé une tumeur au sein qui ne sera détectée et prise en charge qu'à la fin du confinement : les spécialistes diagnostiquent alors un cancer trop avancé pour permettre un traitement de chimiothérapie. « Il y a donc de toute évidence un défaut de surveillance, un défaut de soins et de multiples responsabilités, à commencer par celles de l'EHPAD et de l'Agence Régionale de Santé », estime Me Ludot. Mais l’avocat élargit la chaîne des responsabilités jusqu’en Chine, où l'Institut de Virologie et le laboratoire P4 de Wuhan (dont l'Institut Pasteur de Shanghai est actionnaire) sont également visés par la plainte : « Ces deux entités devaient conserver, et surtout surveiller l'évolution des souches de coronavirus en vertu de l'accord franco-chinois signé en 2004 ; elles auraient donc dû avertir des risques dès qu'elles ont eu connaissance de l’existence et d'une possible propagation du nouveau virus, c'est-à-dire dès le 15 novembre 2019, date des premières alertes officielles émises par les autorités chinoises », assure Emmanuel Ludot. L'avocat affirme évidemment détenir les preuves de ces graves accusations.

Ignorance ou incompétence ?

Cette version des événements pose également la question de la gestion du laboratoire P4 de Wuhan, auquel la France (représentée par l’Institut Pasteur) aurait confié toutes les sources de coronavirus étudiées sur place, avant que les chercheurs français ne perdent le contrôle, comme semblent l'indiquer plusieurs sources, parmi lesquelles l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzin. Pire : un premier brevet de vaccin contre le Covid-19 aurait été déposé en Chine dès le début du mois de février !

Reste à savoir quelles étaient les informations dont disposaient à ce moment-là les ministères français de la Santé et des Affaires Étrangères, qui peuvent ici plaider l’ignorance. Avec tout de même un soupçon d’incompétence sur la perte de contrôle d’un laboratoire P4 inauguré, pour mémoire, par Yves Lévy, ex-président de l’INSERM et mari d’Agnès Buzin, recasé depuis comme « conseiller d’État ».

La plainte au civil déposée par Emmanuel Ludot ne vise pas pour l'instant l’État français, mais « chaque chose en son temps », précise l'avocat, qui entend obtenir une indemnisation pour sa cliente en mettant en lumière les différentes responsabilités, sur toute la chaîne. Les actions collectives en justice (« class action ») lancées depuis les États-Unis contre les autorités chinoises vont dans le même sens. Et d'autres plaintes pourraient suivre de la part de malades affectés par le confinement imposé. Comme c'est le cas en Espagne pour Olatz Vázquez, une jeune femme dont le cancer de l'estomac n'a pu être diagnostiqué à temps pour cause du Covid-19, ou plus exactement à cause de la gestion de la crise du Covid-19.

08/09/2020 - Toute reproduction interdite.


Une femme âgée est photographiée dans le jardin d'un EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) en France, le 11 octobre 2018
Regis Duvignau/Reuters
De Francis Mateo