Un vent de fronde souffle à nouveau sur l'AEFE, l'agence chargée de la gestion des lycées français à l'étranger. Cette nouvelle remise en question de la politique du réseau se matérialise aujourd'hui par la création de l'UNAPE : Union des Associations de Parents d’Élèves de l’Étranger. Des familles qui exigent davantage de représentativité et moins d'opacité de la part de cet organisme public. Un « minimum syndical » loin d'être satisfait.

Par Francis Mateo

L'UNAPE est un regroupement d'associations indépendantes de parents d'élèves scolarisés dans les établissements du réseau français à l'international. Un mouvement tout juste constitué qui cristallise le mécontentement, voire le sentiment de mépris avec lequel l'AEFE (Agence de l'Enseignement Français à l’Étranger) a considéré les familles au cours des dernières années. Déjà dans la tourmente en raison d'une gestion très contestée pendant la crise sanitaire du Covid-19, les responsables de l'AEFE sont accusés par de nombreux parents à travers le monde de persister dans une logique tendant à transférer toujours davantage les coûts de gestion des établissements sur les familles des élèves, à travers une augmentation constante des frais d'écolage. Le désengagement de l’État est également en cause, malgré les plans de soutien claironnés par le ministère des affaires étrangères. Ce que le Sénateur PS Jean-Yves Leconte résumait, en avril dernier, dans un texte intitulé « Les mensonges de la "République en Marche" » : « En juillet 2020, des aides spéciales COVID ont été votées : 50 millions pour l'AEFE, 50 millions pour les bourses scolaires et 50 millions d'aide sociale. Certes l'AEFE a été autorisée à emprunter, mais cela n'est pas une subvention et l'AEFE devra rembourser sur ses ressources propres (c'est à dire les frais de scolarité des EGD ou la participation versée par les établissements conventionnés). Il n'est pas convenable de confondre une autorisation d'emprunter avec une subvention !!! Et au regard des besoins engendrés par la crise sanitaire, ces budgets spécifiques sont faibles, surtout avec l'allongement de la crise ». Sept mois plus tard, la crise sanitaire repointe le bout de son nez, et le patron de l'AEFE Olivier Brochet continue à faire la sourde oreille aux demandes des familles. Il faut dire que la représentation des parents d'élèves au sein du réseau laisse à désirer, avec deux sièges seulement sur vingt-huit au conseil d'administration de l'agence, dont un représentant la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger). Cette organisation s'étant clairement désolidarisée des revendications des parents dans le besoin (qui demandent un report des frais de scolarité pour faire face aux difficultés économiques). De fait, l'AEFE a été implacable. Il n'est sans doute pas inutile de préciser que la FAPEE est une fédération subventionnée... par l'AEFE.

Investissements immobiliers douteux

Dans ce contexte, pas facile de demander à l'AEFE de s'expliquer, malgré les rapports de la cour des comptes qui questionnent également la gestion du réseau. C'est ce qui justifie donc aujourd'hui la constitution de cette union d'associations indépendantes de parents d'élèves. Les établissements d'Espagne et du Maroc sont les premiers à rejoindre l'UNAPE, qui a pour ambition de faire élire des représentants au CA de l'AEFE. « Il ne s'agit pas de tout remettre en cause, commente un parent d'élève du lycée français de Barcelone, mais de parvenir à faire entendre des revendications qui ont été balayées d'un revers de main pendant la crise sanitaire, sous prétexte que l'avenir du réseau des établissements français dans le monde était en jeu, et qu'il fallait parer au plus presser pour le sauver économiquement ». Ce père a d'autres idées pour réaliser des économies, évoquant par exemple la possibilité d'éliminer l'un des deux sièges de l'AEFE (actuellement basée à Paris et à Nantes). De manière plus générale, les parents se plaignent à juste titre de l'opacité des décisions, notamment celles qui concernent les investissements immobiliers (nous aurons l'occasion d'y revenir en détail prochainement). Un cas concret : les familles du lycée français de Madrid, dont les frais d'écolage n'ont cessé d'augmenter ces dernières années, voudraient bien savoir comment la facture des travaux d’infrastructures prévu dans l'établissement est passée d'un trait de plume de 9M€ à 12,5 M€ ! Entre deux portes, la direction a évoqué l'augmentation du prix des matériaux de construction, mais sans produire à ce jour le moindre document. C'est cette arrogance et cette opacité qui ont conduit de nombreux parents à se constituer en groupements tout au long de la crise sanitaire. Et ces groupements ont désormais la possibilité de se constituer en association pour rejoindre l'UNAPE. La vague de contestation commence à peine à monter.

18/11/2021 - Toute reproduction interdite


Réseau des établissements français à l'étranger en 2017
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De Francis Mateo