En politique comme en navigation, il ne faut pas perdre le nord... Et le moins qu’on puisse dire est que, en ce moment, la gauche est complètement à l’ouest !

La chronique de Philippe David

Commençons par les sondages : le dernier baromètre Sopra Steria place à égalité Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, avec 8,5% des voix. Loin devant Anne Hidalgo, qui ne parvient toujours pas à atteindre la fameuse barre des 5%, puisqu’elle plafonne à 4,5%. La maire de Paris devrait d’ailleurs commencer à s’inquiéter de la « remontada », pas celle d’Arnaud Montebourg qui n’arrive pas, mais celle de Jean Lassalle... qui pourrait bien finir par la dépasser. D'autant que ce sondage est dans la lignée des précédents, et de tous les instituts.

Et comme quand tout va mal, il faut essayer de trouver un sauveur ; ou plutôt une sauveuse, puisqu’il s’agirait de Christiane Taubira. Une Christiane Taubira qui - bien qu'estimée à 2% dans un autre sondage - n’a pas pu s’empêcher de faire un happening sur Internet le 17 décembre dernier ; tout le monde pensait que c’était pour annoncer sa candidature... mais pschitt ! C’était pour annoncer qu’elle envisageait une candidature. Une info aussi intéressante que celle de savoir si, pour Noël, il y aura du foie gras de canard ou du foie gras d’oie sur la table de Christiane Taubira.

Devant ce vide, Anne Hidalgo a organisé son propre passage média pour proposer un débat entre les candidats de gauche. Une proposition surprenante quand on sait qu’elle avait refusé tout débat avec Stéphane Le Foll lors de la désignation du candidat socialiste. Une proposition à laquelle Yannick Jadot a opposé une fin de non-recevoir et qu’Eric Coquerel, de LFI, a qualifiée de « complètement surréaliste ».

Panique à bord !

Bref, la gauche ne sait plus où elle habite entre Jadot et Mélenchon qui font la course en tête de leur camp sans passer - ou très exceptionnellement - la barre des 10%, ce qui les condamne à rester des candidatures de témoignage dans l’incapacité d’espérer atteindre le second tour. Et en regardant la candidate PS, on a l’impression qu’Anne Hidalgo veut absolument quitter la candidature qui pourrait lui valoir une humiliation sans précédent et mettre en péril son parti, déjà pas bien en point, et qui se retrouverait en grand danger financier si les 5% n’étaient pas atteints et les frais de campagne pas remboursés. D’où la proposition de primaire en contradiction avec tout ce qu’elle avait affirmé depuis des mois, et la mise sur orbite (enfin, à 2% on peut parler d’orbite basse, voire très basse) de Christiane Taubira qui, ayant un ego assez fort, pourrait accepter de prendre le relais en espérant pomper l’électorat wokiste et racialiste acquis à Mélenchon et Jadot. Son soutien à la famille Traoré - qualifiée par l’intéressée de « chance pour la France » - devant au moins lui attirer les soutiens des comités pour Adama et d’une partie des banlieues.

Comme disait John Updike dans Les sorcières d’Eastwick : « Quelque part dans ce foutoir, il doit bien y avoir une raison d’exister » !

20/12/2021 - Toute reproduction interdite


Anne Hidalgo, assiste à la convention d'investiture du Parti Socialiste à Lille, le 23 octobre 2021.
© Pascal Rossignol/Reuters
De Philippe David