Les mouvements de gauche se déchirent et se radicalisent à Sciences Po, dans une course au totalitarisme woke où les voix des représentants d'une gauche républicaine sont toujours plus hors-jeu. En témoigne un nouvel épisode dont a été victime le Printemps Républicain à Paris. Sciences Po devient ainsi le symbole du suicide de la gauche en France.

Par Marie Corcelle

La gauche républicaine tente de se maintenir tant bien que mal, à Sciences Po Paris. Mais la tâche est difficile à l’heure où les mouvements d’extrême-gauche acquis à la cause woke gagnent du terrain. En témoigne la récente éviction de membres de la section du Printemps Républicain (PR) de l’école, lors d’une réunion contre l’extrême-droite. Une initiative de forces de gauche « corrompues par l’idéologie complètement totalitaire qu’on nous assène aujourd’hui », fait remarquer Maxime Loth, porte-parole du PR à Sciences Po, désignant ainsi l’association alter-mondialiste Attac, le collectif néo-féministe radical Garce, ou encore le syndicat Solidaires Etudiant-e-s. La façon dont s'est déroulée cette dernière déchirure entre mouvements de gauche à Sciences Po Paris est d'ailleurs symptomatique : venus à cette réunion en tant que simples observateurs, les représentants du PR ont été immédiatement pris à partie (sans même avoir dit un mot ni esquissé le moindre geste!) au cours d'un échange sur les violences faites aux femmes (sans rapport d'ailleurs avec le thème du rassemblement). Maxime Loth raconte : « Une élève intervient et s’offusque qu’un homme prenne la parole pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles, alors que, n'étant pas une femme, il ne serait pas concerné par le sujet... C’était risible ». C'est à ce moment-là que les membres du PR ont été reconnus et que « les insultes se sont mises à pleuvoir, à cris de « racistes », de « fascistes » et de chants antifascistes ». Une image de l’extrême-gauche et du mouvement woke en roue libre, qui utilise ici une méthode autrefois éprouvée par les staliniens pour « exclure une force de gauche républicaine avec laquelle ils ne sont pas d’accord », explique Arthur, responsable du Parti Radical de Gauche (PRG) à Sciences Po (seul parti de gauche à avoir ouvertement soutenu les membres du PR). Pour toute tentative d'explication, Solidaires Etudiant-e-s renvoie de son côté à un communiqué où le Printemps Républicain est accusé de « banaliser l'islamophobie », sans donner davantage d’explication. L'association a refusé de répondre à nos questions.

L’adieu au pluralisme

On est évidemment bien loin de l'image que Sciences Po veut transmettre dans sa profession de foi, qui prétend former des « esprits libres » et « contribuer au débat démocratique ». Car ce dernier épisode à Sciences Po Paris n'est qu'un exemple supplémentaire de l'emprise toujours plus grande d'un mouvement totalitaire woke au sein de l'école. C'est dans cette même logique que les sections d’Europe Écologie Les Verts, du Parti Socialiste, de La France Insoumise et de Génération-s se sont récemment opposés à la venue d’Eric Zemmour.... au nom d'un « attachement à la démocratie et au pluralisme (…) de la liberté d'expression et du débat démocratique » (sic !). François Asselineau a subi un traitement de même nature lors d'une conférence à Sciences Po le 25 octobre dernier. Mis en examen pour des accusations d’agression sexuelle - mais sans aucun jugement à ce jour - le candidat à la présidentielle a été interrompu par un groupe d’activistes munis de pancartes où on pouvait lire : « Violeur on te voit, victime on te croit ». Pour Arthur, ces attitudes sont « en contradiction avec un milieu universitaire qui se veut pluraliste et ouvert au débat d’idées »

Le racialisme a le vent en poupe

Pour autant, le responsable du Parti Radical de Gauche estime qu’il faut surtout y voir l’œuvre « d’une minorité bruyante et agissante qui a décidé d’imposer sa loi morale, d'activistes qui profitent des projecteurs pour se mettre en avant dès qu’ils le peuvent ». Un mouvement minoritaire ? Pas si sûr. En août 2020, l’école avait publié une liste d’ouvrages pour l’été faisant la part belle à la théorie critique de la race et aux thèses racialistes, très en vogue outre-Atlantique (dont “Me and white supremacy”, “Why I’m no longer talking to white people about race”, “White Fragility, why it’s so hard for white people to talk about racism”). Ce choix issu d’un vote d’élèves apparaît clairement comme le marqueur d’un communautarisme qui ne dit pas son nom. Il ne faut pas oublier non plus, quelques mois plus tard, la volonté du collectif BeingBlackAtSciencesPo de créer des modules obligatoires sur la question raciale sous prétexte que « les étudiants non-racisés de sciences Po continuent à perpétuer du racisme ». On trouve également sur la page instagram du collectif des posts intitulés « Qu’est-ce que la fragilité blanche » , « Qu’est-ce que la théorie critique de la race », etc...

« Quand on ose prononcer le nom de Charlie Hebdo, on prend un risque »

D'autres symboles montrent à quel point Sciences Po Paris devient le tombeau d'une gauche qui perd ses valeurs traditionnelles d'universalisme. Comme la légèreté avec laquelle a été commémorée la mort de Samuel Paty, un an après son assassinat. La minute de silence prévue dans tous les établissements scolaires de France a été honteusement perturbée à Sciences Po Paris : « Il y avait du bruit partout, les gens passaient, mangeaient leur sandwich, parlaient. Il n’y avait aucune organisation, aucun moyen mis en place », témoigne Maxime Loth. Pire : au cours d'une une rencontre organisée par l'école « autour de Samuel Paty », certains intervenants ont remis en cause le droit de blasphémer et taxé à demi-mots « d’islamophobie » les caricatures de Charlie Hebdo, comme le rapportent nos confrères de l'hebdomadaire satirique. « Quand on ose prononcer le nom de Charlie Hebdo, on prend un risque. À Sciences Po, ce n’est pas accepté », confirme Maxime Loth. Rien de surprenant donc, à ce que les opposants de Mila soient nombreux sur les bancs de l’école. C’est ce que raconte à travers un exemple criant de vérité le porte-parole du PR : « En début d’année, j’ai eu un cours sur le système juridique français, et il fallait évoquer un fait d’actualité juridique » ; l’affaire Mila est alors abordée : « Tout le monde condamnait ses propos, en disant qu’on n’avait pas à insulter une religion comme ça. Le droit de blasphème est en permanence remis en question ». À Sciences Po, la censure et la pensée unique semblent ainsi prendre chaque jour davantage le dessus sur la démocratie et sa constituante principale, la liberté d’expression. Une déliquescence et une perte de valeurs qui menacent aussi désormais de contaminer une grande partie de l’enseignement supérieur en France.

02/11/2021 - Toute reproduction interdite


Des étudiants sont vus devant l'université Sciences Po de Paris , le 15 mars 2016.
Philippe Wojazer/Reuters
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