Analyses | 9 décembre 2020

La France inflammable

De Guillaume Bigot
3 min

La chronique de Guillaume Bigot

Comme le confirment les manifestations de ce week-end, la violence monte chaque jour d'un cran.

Dans certaines banlieues, les voitures et les poubelles s'embrasent chaque soir.

Les commissariats sont parfois pris d'assaut par des jeunes ivres de haine tandis que les forces de l'ordre et les pompiers sont traités en bandes rivales.

Des pères de famille peuvent jeter en pâture le nom d'un instituteur dont on retrouve la tête décapitée.

Dans certains collèges, des professeurs arrivent la peur au ventre car ils doivent aborder des sujets qui dérangent leurs élèves.

Dans notre pays, des policiers, harcelés, mal encadrés, mal équipés et mal formés, commettent parfois des bavures.

Avant la crise sanitaire, notre industrie avait été mise à mal par l'euro, nos services publics mis à l'os par des politiques d'austérité. L'économie française menaçait déjà de s'effondrer. L'ensemble tenait grâce à des aides sociales et à l'importation de produits à bas coûts qui créaient plus de chômeurs mais permettaient à la majeure partie de la population de sortir à peine la tête de l'eau. La crise sanitaire a encore aggravé cette situation.

Les étudiants privés de petits boulots sont désormais nombreux à faire la queue aux restos du cœur. Chaque jour, des médecins et des infirmiers quittent le service public dégoutés par le manque de moyens et de considération. Chaque jour, des entreprises se déclarent en faillite. Les indépendants, les petits chefs d'entreprise sont au bout du rouleau.

Seulement, avec ses grands mensonges et ses petites humiliations, avec ses ordres, ses contre-ordres et son désordre, une bureaucratie tatillonne a rendu cette situation encore plus intenable.

Les commerçants sont fous de rage d'avoir été fermés alors que les supermarchés pouvaient restés ouverts. Ils sont plus furieux encore de constater que des manifestations sont autorisées le jour même de leur réouverture.

La veille d'une mobilisation contre la loi sur la sécurité globale, Emmanuel Macron a fait savoir qu'il avait été choqué par la diffusion d'images de violences policières. Le lendemain, des ordres étaient donnés pour ne pas riposter aux provocations des manifestants. Résultat, des vitrines de magasins étaient brisées et des policiers manquaient de peu d'être lynchés.

Après ce premier samedi de chaos et, à la veille d'une seconde manifestation pour défendre les libertés, Emmanuel Macron donne une interview à Brut. Le président ne récuse pas le terme de violences policières et déclare insoutenables les contrôles au faciès. Il annonce qu'il veut déployer une plateforme pour recueillir les plaintes des victimes de la police.

Donc, sans surprise, des manifestants et casseurs se retrouvent encore en nombre dans les grandes villes, allumant des incendies et dégradant du matériel urbain. La malédiction des samedis semble se reproduire.

Ce n'est à pas une convergence des luttes que nous risquons d'assister mais à une convergence des colères. Car ces colères ont beau être contradictoires, aucune n'est totalement illégitime. Aucune n'est ni apaisée, ni contenue, ni satisfaite, ni réprimée par l'action ou la parole publique.

Après un an de gilets jaunes, après un an de mobilisation contre la réforme des retraites, après avoir pressuré le pays pendant la crise sanitaire, après avoir essuyé de terribles attaques terroristes, après avoir connu une montée constante de la violence, le président de la république se refuse toujours à adopter de ligne claire.

Emmanuel Macron semble davantage spectateur qu'acteur, paraissant déconnecté de l'inquiétante actualité d'un pays menaçant de s'embraser.

La France est au bord du chaos et son président parle longuement, sur Brut, de la colonisation.

Guillaume Bigot, est politologue, directeur d'une école commerce et chroniqueur sur C-News. Son nouvel essai, Populophobie, pourquoi il faut remplacer la classe dirgeante française, est sorti aux éditions Plon le 22 octobre.

7/12/2020 - Toute reproduction interdite


Des infirmières font un geste à la fenêtre lors d'une manifestation contre "projet de loi sur la sécurité mondiale" face à un hôpital à Paris, le 5 décembre 2020.
Gonzalo Fuentes/Reuters
De Guillaume Bigot

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