Analyses | 3 mai 2020

La France et le Covid-19 : Le scandale permanent

De Roland Lombardi
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La crise du Covid-19 aura été l’extraordinaire et dramatique révélateur d’un système français à bout de souffle. Certains disent que nous n’avons pas de pilote dans l’avion. La meilleure image serait plutôt celle d’« ingénieurs » aéronautiques n’ayant que quelques heures de vol sur simulateur et n’ayant fait aucune « check-list » préalable, installés au poste de pilotage d’un vieil aéronef usé.

                                                                                              Par Roland Lombardi

 

 

Paniqués, ces pilotes amateurs essaient désespérément, en appuyant aléatoirement sur tous les boutons, de traverser un terrible orage et les pires turbulences. Sans expérience, sans plan de vol ni connaissance des mesures de sécurité élémentaires, ils cherchent désespérément une piste d’atterrissage, tout en sachant qu’ils ne sauront jamais faire atterrir leur appareil !    

Depuis janvier, paralysé par une idéologie mondialo-progressiste, une lourdeur bureaucratique et étatique inadaptée aux crises majeures et enfin, soumis au poids et aux pressions des lobbies pharmaceutiques étrangers, notre exécutif patauge.

Certes, devant une crise sanitaire sans précédent, des hésitations et des tergiversations initiales auraient été excusables si notre gouvernement avait fait preuve d’humilité et avait surtout depuis rétabli l’assiette.

Or, jusqu’à aujourd’hui, notre pays ne fait que « décrocher » et, à défaut de mesures claires et sérieuses, nous sommes toujours les victimes et les spectateurs impuissants d’une longue litanie de scandales. Scandale des déclarations ministérielles hors sol, scandale des dissimulations, des mensonges et des approximations, scandale des multiples erreurs et cafouillages, scandale du confinement qui n’a pas été respecté dans les banlieues, scandale des pénuries qui perdurent - masques, tests, médicaments, respirateurs artificiels, gants, gel, sur-blouses, oxygène, lits, housses mortuaires... -, scandale d’un gouvernement incapable d’en imposer à la grande distribution (flambée des prix des masques), scandale de la chloroquine...

A l’heure où sont écrites ces lignes, la chloroquine n’est toujours pas adoptée comme traitement officiel (60 % des médecins français suivraient pourtant le protocole du professeur Raoult pour sauver la vie de leurs patients) en attendant un vaccin.

D’autres pays, comme la Chine, la Russie et Israël, pour n’évoquer que les Etats les plus avancés dans la recherche épidémiologique (des dizaines d’autres pays imposent également des antipaludiques comme première prescription d’urgence), l’utilisent déjà.

Certes, le célèbre chercheur marseillais peut se tromper. Docteur en histoire contemporaine et non en médecine, je ne suis absolument pas compétent pour juger ses travaux. Chercheur en sciences humaines, je serais même encore sceptique puisqu’avant toute démonstration finale, un scientifique doit avoir pour règle de toujours douter. Mais alors pourquoi le ministère de la Défense et l’armée française ont-ils été forcés de reconnaître qu’ils avaient bien constitué des stocks de ce médicament. « Par précaution » ? Vraiment ?

Pourquoi les 600 marins contaminés du porte-avions Charles de Gaulle, le fleuron de notre Marine nationale, seraient-ils, d’après certaines sources, soignés et traités actuellement à... l’hydroxichloroquine ?!

Autre nouveau scandale : après avoir dit tout et son contraire, le gouvernement voudrait à présent chasser les « fakes news » ! En effet, par la voix de son inénarrable porte-parole, Sibeth Ndiaye, a été annoncée la création orwellienne d’un véritable Ministère de la Vérité, dédié à « s’informer sur la désinformation » ! C’est vrai qu’en ces temps de crise sanitaire grave, c’est une priorité que de sélectionner la presse et de décider à la place des lecteurs, et donc des citoyens, ce qu'ils doivent lire ou pas ! Les Etats faillis ont toujours eu ce genre de tentations autoritaires. La France est d’ailleurs le seul pays au monde qui distribue plus d'amendes (près de 600 000 PV !) que de masques et de tests de dépistage du Coronavirus. Le seul Etat où on libère 6 000 prisonniers et où les hélicoptères de la gendarmerie survolent les plages et les forêts pour traquer les promeneurs isolés et récalcitrants... Alors que nos banlieues brûlent impunément. Ubuesque.

Evoquons à présent le futur scandale en vue : le déconfinement prévu le 11 mai prochain. Mal préparé, celui-ci s’annonce hasardeux. Il est surtout une nouvelle preuve flagrante du bredouillement et de la gestion cafouilleuse du gouvernement. Car des questions de bon sens se posent là encore. Pourquoi déconfiner sans dépistage massif et sans port du masque obligatoire ? Pourquoi interdire la réouverture de certains commerces alors que les grandes surfaces n’ont, elles, jamais fermé ? Pourquoi interdire l’ouverture des plages, des forêts et des parcs ? Pourquoi autoriser les étrangers de l'espace Schengen à rentrer en France sans aucune quarantaine, alors que les Français ne pourront pas se déplacer à plus de 100 km de leurs domiciles ? Et enfin, alors que les rassemblements de 10 personnes seront proscrits, pourquoi une réouverture désorganisée des écoles, en libre interprétation par les parents ? Evidemment, ces derniers sont très inquiets et l’immense majorité d’entre eux y est bien sûr opposée. Quant au Sénat, il vient symboliquement de rejeter le plan de sortie du confinement du gouvernement...

De toute évidence, le déconfinement du 11 mai risque fort d’être le sujet d’un énième rétropédalage dévastateur. Rien n’étant plus mal vécu qu’un espoir déçu...

Emmanuel Macron : « on se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur »

Emmanuel Macron avait déclaré qu’« on se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur »... Devant toutes ces défaillances criminelles, des comités citoyens et d’avocats sont en train de se mettre en place. Des plaintes de médecins contre le Premier ministre et l’ex-ministre de la Santé ont déjà été déposées. De fait, la responsabilité pénale de l’Exécutif actuel pourrait parfaitement être engagée pour homicide involontaire, coups et blessures involontaires et mise en danger d’autrui. Des commissions d’enquête parlementaires ne manqueront pas, également, d’être diligentées par l’opposition.

Mais ne nous faisons pas d’illusion. Les Français ont la mémoire courte et les édiles savent toujours se défendre effrontément.

La peste de Marseille en 1720 fut causée par la corruption manifeste des échevins (les élus municipaux de l’époque) et des intendants de santé de la ville peu scrupuleux.

Les armateurs du Grand-Saint-Antoine, en provenance du Levant, avaient été avertis discrètement par le capitaine de la mort suspecte de plusieurs marins durant la traversée. Les propriétaires de la cargaison firent alors jouer leurs relations et intervenir les échevins pour éviter une grande quarantaine. En lien financier avec la bourgeoisie et les négociants locaux, et ayant même pour certaines des parts dans la riche cargaison d’étoffes précieuses du navire, les autorités marseillaises n’appliquèrent pas la réglementation en vigueur pour les navires potentiellement infectés. Elles demandèrent simplement au capitaine de repartir pour Livourne chercher une « patente nette », certificat attestant que tout allait bien à bord. Ainsi, le Grand-Saint-Antoine fut autorisé à débarquer passagers et marchandises en vue d’une petite quarantaine. La suite est connue : 120 000 victimes dans toute la Provence en moins de 2 ans !

Pourtant, seul le commandant du navire, Jean-Baptiste Chataud, fut considéré comme seul responsable et emprisonné sur le Château d’If pendant... 3 ans ! Bien que les registres de l’époque démontrent que les édiles marseillais étaient bien au courant que la peste circulait alors en Syrie et en Palestine, ils ne furent jamais inquiétés. Certains ont essayé de se racheter en adoptant une conduite exemplaire durant l’épidémie. Comme le premier échevin de Marseille (également négociant), Jean-Baptiste Estelle, qui fut un court instant soupçonné d’être le grand coupable de la tragédie, mais rapidement innocenté. Il sera même anobli par le roi !

Certes, nous ne sommes plus au XVIIIe siècle. Mais, plus près de nous, n’oublions pas le parcours de personnages comme Alain Juppé ou Laurent Fabius. Le premier, condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, a failli être candidat à la Présidentielle de 2017. Le second, plus grave, impliqué dans l’affaire du sang contaminé dans les années 1990, a été ministre des Affaires étrangères de 2012 à 2016. Dans d’autres démocraties - par exemple aux Etats-Unis -, ces politiciens auraient eu, à juste titre, leur carrière réduite à néant. En attendant, Juppé et Fabius siègent tous deux actuellement au Conseil constitutionnel !

Pour revenir au présent, il est tout de même assez effarant de voir que 138 députés et 19 sénateurs de La République En Marche souhaitent, en vue du déconfinement et de la réouverture des écoles, mieux protéger juridiquement les maires. En effet, ils souhaitent profiter du projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire pour adapter la législation. Or, ce projet de loi désigne les maires mais également les personnes dépositaires de mission de service public (soit les fonctionnaires, comme le directeur général de la Santé par exemple). Des personnes dépositaires d’un service public aux personnes dépositaires de l’autorité publique (ministres), il n’y a par la suite qu’un pas à faire, les deux étant communément associées. En outre, les délits commis avant le vote bénéficieront des nouvelles mesures (rétroactivité et jurisprudence) !    

Bigre ! Une « auto-amnistie préventive » ! Il fallait juste y penser ! Comme le note si justement le député (LR) du Vaucluse, Julien Aubert, au prétexte de protéger les maires, on pourrait ainsi mettre à l’abri de toute responsabilité pénale Buzyn, Véran, Salomon et leurs amis.

Car aux yeux des défenseurs du « nouveau monde », des citoyens qui veulent demander des comptes à leurs ministres et à leurs hauts fonctionnaires, c’est bien là le seul et véritable scandale ...

 

04/05/2020 - Toute reproduction interdite


Le président français Emmanuel Macron assiste à une vidéoconférence internationale sur la vaccination au Palais de l'Elysée, le 4 mai 2020.
Gonzalo Fuentes/Pool/Reuters
De Roland Lombardi

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