Interviews | 17 mars 2021

« La France est encore largement napoléonienne »

De Emmanuel de Gestas
4 min

Cette année, la France commémore le bicentenaire de la mort de l’Empereur Napoléon Ier. Héritier en ligne directe du Maréchal Murat, l’un principaux proches de l’Aigle, le Prince Joachim Murat explique pourquoi l’héritage napoléonien est encore bien présent en France.

                         Entretien conduit par Emmanuel de Gestas

Fild : Comment comprenez-vous, deux-cents ans après sa mort, la persistance de l’attachement des Français à la figure de l’Empereur ?

Prince Joachim Murat : L’épopée napoléonienne est unique dans l’Histoire mondiale. C’est le concentré le plus absolu d’héroïsme, de gloire et d’aventure. Dans une situation de chaos total, Napoléon organise et démultiplie l’énergie et la volonté hors du commun de cette génération extraordinaire de Français qui, avec lui, font de leur pays un phare pour son époque et l’exemple le plus abouti de la grandeur. C’est le moment de la vraie méritocratie où chacun peut faire partie d’un projet collectif qui le dépasse, le grandit et lui permet d’atteindre des sommets aujourd’hui inaccessibles. Le souvenir de cette incroyable épopée a ébloui et continue d’éblouir le monde. Il y a deux-cents ans la France façonnait l’Europe. Aujourd’hui, nous sommes incapables de gérer une distribution de masques chirurgicaux ou les menus dans les cantines scolaires. Alors oui, penser à l’Empereur, c’est faire le plein de vitamines et un excellent traitement contre la baisse de tension ! Cela devrait être remboursé par la Sécurité sociale !

Fild : Aujourd’hui, Napoléon Bonaparte est accusé par certains de de misogynie, de racisme, d'impérialisme, ou encore de bellicisme. Comment expliquez-vous cette haine postmoderne que suscite le vainqueur d’Austerlitz ?

Prince Joachim Murat : Napoléon a toujours été critiqué. Si à l’occasion des bicentenaires, nous débattons de la mémoire du Consulat et de l’Empire en respectant le contexte et les faits historiques, cela me semble normal. En revanche, si certains utilisent cette période pour pousser un agenda politique néostalinien ou indigéniste de détestation de la France et d’effacement de l’Histoire, j’estime cela indigne et dangereux. La volonté d’interdire les bicentenaires napoléoniens est en réalité une énième variation du thème post-moderne de haine de l’Occident. C’est un ressentiment qui s’exprime contre la domination occidentale d’une part, et l’expression d’une mauvaise conscience de classe petite-bourgeoise d’autre part. Enseigner l’épopée impériale dans les écoles françaises aujourd’hui est le meilleur moyen de faire aimer et respecter la France. C’est rappeler à tous que les Français ne sont pas seulement des petits êtres fragiles paralysés par la peur de faire des amalgames, et qu’ils sont surtout capables d’un héroïsme et d’une grandeur encore inégalés dans l’Histoire.

Fild : Outre le Code civil, ou l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, que nous a légué Napoléon Ier ?

Prince Joachim Murat : Le Code civil est fondamental. C’est toute une conception de la société héritée de Napoléon, qui est toujours la nôtre aujourd’hui (non-confessionnalité de l’État, droit de propriété, liberté de contracter, mariage, divorce, égalité homme femme devant l’héritage, etc.). A cela s’ajoutent le Code pénal, le Code du commerce, les Cours d’appel, la Cour de cassation, la liberté des cultes, l’organisation territoriale de la France avec les départements, les communes, les arrondissements, l’organisation des villes (ramassage des ordures, éclairage public, numérotation des rues), un programme massif de construction de routes et de canaux, les conseils généraux, les préfets, le Sénat, le Conseil d’État, la Cour des comptes, la Banque de France. Mais aussi la Comédie française, la Légion d’Honneur, les lycées, le baccalauréat, les écoles Normales, la conduite à droite, le premier régime de retraite des fonctionnaires, la vaccination (contre la petite vérole), le corps des pompiers. Nous vivons dans une France encore largement napoléonienne.

Fild : Napoléon Bonaparte a-t-il sauvé la Révolution en renversant le Directoire, ou l’a -t -il détruite ? A-t-il sauvé la République, ou l’a-t-il dépassée ?

Prince Joachim Murat : Napoléon a non seulement sauvé mais répandu dans toute l’Europe et finalement dans le monde entier les principes républicains fondamentaux en les inscrivant dans la loi : égalité de tous les citoyens, méritocratie, liberté de culte. Héritant d’une France attaquée sur toutes ses frontières et en situation de quasi-guerre civile, il lui fallait un régime qui rétablisse l’ordre et la stabilité. Tout en garantissant les acquis de la Révolution. C’est pour cela qu’il a mis en place un Empire appuyé sur une constitution républicaine. Ce fut le point de départ de cette particularité politique française : la République de l’Homme providentiel.

Fild : « Les hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle » a dit un jour l’Empereur. Qui, aujourd’hui, pourrait reprendre le flambeau de l’Aigle et sauver une nouvelle fois la France ?

Prince Joachim Murat : La France produit un de Gaulle par siècle et un Bonaparte par millénaire. Attendons déjà 2040 pour découvrir le nouveau de Gaulle !

12/03/2020 - Toute reproduction interdite


Le Prince Joachim Murat
DR
De Emmanuel de Gestas

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