Alors que la France vient d’être rétrogradée à la troisième place des pays produisant le plus d’énergie via le nucléaire par la Chine et que les écologistes poursuivent leur bataille contre les centrales, une question émerge : quelles seraient les conséquences pour notre pays si l’énergie atomique venait à être relayée au second plan ? Face à un véritable dilemme entre écologie et indépendance énergétique, Fild vous propose de plonger dans le monde de l’atome de demain.

Par Alixan Lavorel

70%. C’est la part que représente le nucléaire dans la production d’électricité en France aujourd’hui. Une présence très importante qui surpasse de loin tous les autres types de production d’énergie dans notre pays comme l’hydraulique, le charbon/gaz et les énergies renouvelables, représentant chacun 10% de la source d’électricité des Français. Cependant Olivier Appert, ancien administrateur d’EDF et conseiller au centre Énergie & Climat de l’Institut français des relations internationales (IFRI), rappelle que « la part du nucléaire tend à baisser ». Notamment ces deux dernières années, à cause la pandémie de Covid : « la disponibilité du parc nucléaire a été perturbée et les opérations de maintenance repoussées, ce qui a fait baisser la production du parc français en 2020-2021 ». Une situation ayant d’ailleurs permis à la Chine de se hisser, incognito, à la seconde place mondiale des plus grands producteurs d'énergie nucléaire devant notre pays. En quelques chiffres, la France possède 56 réacteurs en activité produisant, en 2019 avant la pandémie, 379 térawattheures (TWh) des 537 TWh produit par le marché électrique français selon EDF.

Sur le plan économique, la production électrique française n’est pas dans sa forme optimum selon Olivier Appert : « le développement des énergies renouvelables a amené à limiter ou stopper la production d’énergies de certaines centrales nucléaires pour absorber l’électricité excédentaire produite et injectée dans le marché français. Elles ne fonctionnent donc plus à leur puissance maximale ». La flexibilité, voilà l’un des avantages de la production électrique par le nucléaire prôné par l’expert, permettant de s’adapter aux situations « en très peu de temps ».

Le ‘‘nucléaire honteux’’ à la française

Plusieurs décisions politiques ont été prises concernant le nucléaire ces dernières années, se souvient Olivier Appert : « Depuis François Hollande, le Parti socialiste (PS) voulait passer de 75 % à 50 % de la part du nucléaire dans le pays en 2025. Finalement la date butoir a été repoussée à 2035. C’est un signal fort envoyé par les Socialistes et les Verts que la France et les Français devaient ‘‘avoir le nucléaire honteux’’ ». Une opinion qui semble avoir atteint nos compatriotes. En effet, selon un sondage BVA pour Orano (ex-Areva) publié en 2019 et repris par de nombreux média, « la grande majorité des sondés (69%) associent le nucléaire à l’émission de gaz à effet de serre. Chez les 18-34 ans, pourtant plus engagés pour le climat, le taux monte même à 86% ». Un avis que ne partage pas Olivier Appert, qui poursuit : « La réalité est toute autre. Combinés, l’éolien et le solaire émettent beaucoup plus de gaz à effet de serre que le nucléaire ! ». Le constat d’une étude du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), travaillant pour les Nations Unies, est plus précis. En prenant en compte tout le cycle de vie d’une centrale nucléaire – de la mine d’uranium au traitement des déchets – alors ses émissions de gaz à effets de serre seraient au même niveau … que les énergies renouvelables.

La réalité du terrain est donc parfois bien loin des décisions politiques. En effet, une donnée cruciale est à prendre en compte selon le conseiller au centre Énergie & Climat de l’IFRI : le pourcentage d’électricité réellement récupéré des énergies renouvelables en prenant en compte les conditions météorologiques. « Pour l’éolien, le problème c’est le manque de vent et pour le solaire, c’est la nuit. Le résultat est que l’énergie réellement disponible est de l’ordre de 20% pour le solaire, 25% pour l’éolien terrestre et jusqu’à 35% pour l’off-shore -les éoliennes installées en mer, ndlr -. Alors qu’à l’inverse, une centrale est susceptible de produire de l’énergie 24h/24h, 365 jours par an ».

Autre fait intéressant, alors que nos voisins suisses ou allemands réclament la fermeture de nos centrales - car considérées comme trop proches en cas d’accident pour le premier ou comme pas assez écologiques pour le second - sont finalement intéressés par l’énergie produite par ces dites centrales : « 15% de l’électricité produite par les centrales françaises est exportée » chez nos voisins européens, selon l’ancien administrateur d’EDF. Pas si étonnant donc que Paris soit en passe de gagner une bataille européenne contre Berlin concernant le nucléaire. En effet, à la fin du mois de juillet, Ursula von der Leyen - la présidente allemande de la Commission européenne – a annoncé qu’elle validerait l’énergie atomique comme ‘‘énergie verte’’ au sein de l’Union européenne d’ici quelques mois. Un pied de nez allemand … à l’Allemagne.

Fessenheim : l’histoire d’un sacrifice politique

La petite commune de Fessenheim (2 300 habitants) abritait en son sein « la plus ancienne centrale nucléaire de France » encore en activité. Ses deux « petits » réacteurs – par rapport aux nouvelles générations actuelles - ont été définitivement arrêté les 22 février et 29 juin 2020, après 42 ans d’exploitation. Mais concrètement, que représentait Fessenheim en termes de production d’électricité ? La réponse est simple, selon EDF en 2018, les deux réacteurs à eau pressurisée de la centrale ont produit un peu moins de 12 térawattheures (TWh). Une quantité d’électricité phénoménale qui représente l’ensemble de la consommation électrique annuelle d’un pays comme la Lituanie, un tiers de celle du Danemark ou encore 20% de pays comme la Grèce ou le Portugal.

Revenons en France. Car si les éoliennes donnent aux hommes politiques qui les soutiennent une image verte et écologique, leur bilan carbone ne l’est finalement pas tellement. Et surtout, sur le terrain, la réalité de la très faible efficacité des éoliennes est alarmante. Reprenons les chiffres de 2018, année de l’arrêt de Fessenheim. Les quelques 8000 éoliennes françaises ont produit, cette année-là, 28 TWh. À eux seuls, les deux petits réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim, mis en service il y a plus de 40 ans, en ont produit 12. En d’autres termes, ils ont produit autant d’électricité que 3400 éoliennes (de 2 MW chacune selon la moyenne française) ! Pour reprendre l’exemple danois, trois Fessenheim (6 réacteurs au total) permettraient donc de couvrir l’ensemble des besoins énergétiques des 5,8 millions d’habitants du royaume nordique et de décarboner presque entièrement leur production d’électricité. Mais le Danemark a choisi dans les années 1990 de se tourner vers l’éolien plutôt que le nucléaire. Le résultat ? Trente ans plus tard, malgré une consommation électrique française treize fois supérieure à celle du Danemark, les émissions de CO2 par habitant provoquées par la consommation d’électricité sont trois fois moins importantes en France qu’au Danemark.

« Il faut fermer une centrale si elle est dangereuse ou si elle n’est pas rentable. Or Fessenheim, ce n’était le cas ni de l’un, ni de l’autre », estime Olivier Appert. Se passer d’une énergie propre, sûre, et encore en bonne santé selon les experts. Voilà la conclusion de la fermeture de Fessenheim. Ne serait-elle, finalement, que la victime d’une décision politique du gouvernement visant à verdir son image à deux ans des présidentielles ou d’un véritable changement dans la stratégie énergétique française ? Difficile de répondre à cette question mais un signal fort a en tout cas été envoyé par l’Élysée le 27 juillet dernier lorsqu’Emmanuel Macron a défendu le nucléaire, « une chance » pour notre pays, tout en prônant le « cas par cas » pour l’éolien. Qui a dit que le nucléaire n’avait pas le vent en poupe ?

17/08/2021 - Toute reproduction interdite


Une éolienne de production d'énergie dans un parc éolien à Ecoust-Saint-Mein, le 6 septembre 2020.
© Pascal Rossignol/Reuters
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