International | 29 juillet 2019

La défaite de l’AKP à Istanbul : quelles conséquences ?

De GlobalGeoNews GGN
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L’AKP - parti du Président Erdogan - a perdu pour la seconde fois les élections municipales d’Istanbul, après avoir fait annuler le résultat du premier suffrage. Outre un revers pour Erdogan, les résultats reflètent la dissociation d’une partie des électeurs de l’AKP et une ouverture pour l’opposition. Explications. Par Marine François

Le 31 mars 2019 ont eu lieu les élections municipales en Turquie. A Istanbul, la victoire d’Ekrem İmamoğlu - CHP, parti républicain- a été annoncée avec 13 000 voix d’avance sur Binali Yıldırım - candidat de l’AKP et ancien premier ministre du président -. Pour la première fois depuis 25 ans, l’opposition a obtenu la ville. Mais l’AKP a contesté les résultats, et le Haut Comité électoral (YSK) les a annulés. Une seconde élection a donc été organisée le 26 juin 2019.

Revers pour Erdogan et dissociation d’une partie de l’électorat de l’AKP

Lors de la seconde élection, Ekrem İmamoğlu a de nouveau remporté la métropole, mais cette fois avec plus de 700 000 votes d’avance. « Mécaniquement une partie de ceux qui avaient voté pour l’AKP aux élections de mars se sont reportés sur le candidat de l’opposition. Ce qui indique qu’une partie de l’électorat est en train de se désolidariser », explique Didier Billion géopolitologue adjoint à l’IRIS et spécialiste de la Turquie.

Incontestablement, la décision d’annuler l’élection du 31 mars a eu un effet négatif pour l’AKP et le président turc. Et ce, aux yeux des électeurs de l’opposition, mais aussi au sein de son propre parti. « A la fois parce qu’ils n’ont pas accepté cette mesure qui est un déni de démocratie, mais aussi à cause de l’extrême polarisation qui a prévalu lors des élections. » explique l’expert. Erdogan et l’AKP n’ont en effet pas hésité à répéter que leurs opposants étaient du côté des « terroristes ». Ce qui a permis à Ekrem Imamoglu de rassembler les voix de tous ceux qui souhaitaient exprimer leur mécontentement.

La symbolique est de taille. Il faut rappeler qu’Istanbul est la capitale culturelle et économique de la Turquie. Elle est détenue par le parti d’Erdogan depuis 1994, date à laquelle il était lui-même maire de la ville. Erdogan avait pour habitude de le répéter : « celui qui tient Istanbul tient la Turquie ». Il a construit sa carrière politique en étant aux rênes de la ville. Dans le cas de rapports de force nationaux, c’est un premier revers pour le président turc, et l’ouverture d’une nouvelle fréquence politique. Mais la conséquence est aussi économique. La ville représente 1/3 du PIB du pays. « Le maire du grand Istanbul a la main sur les aspects financiers et budgétaires. Le budget de la ville est d’environ 6 milliards d’euros par an » nous indique Didier Billion. Ce qui représente un tremplin pour le parti au pouvoir. « Au vu des montants, il est évident que la pratique du clientélisme y a été importante. Elle a représenté un vrai tremplin pour l’AKP sur le champ politique. ». A l’opposition maintenant d’essayer d’en faire profit. L’espoir est grand pour les stambouliotes. Berat Mercan, étudiant en logistique à Istanbul et partisan du CHP pense qu’« Istanbul va être plus unie, et que les ressources seront utilisées au profit de tous les citoyens de la ville ».

Malgré la cristallisation des classes moyennes, l’AKP reste « une machine électorale »

Le soutien des classes moyennes qui a beaucoup servi à l’AKP se modifie. Et pour Didier Billion, « L’opposition doit capter ce processus à son profit. » Déjà, lors des premières élections, Ankara la capitale était elle aussi passée aux mains du CHP. Izmir, 3ème grande ville du pays était déjà tenue par le parti républicain et l’est restée. « Défavorisées à un moment par la politique de l’AKP, les classes moyennes ont en partie voté pour le parti républicain. Si ce processus se poursuit, on peut imaginer des défaites plus importantes ».

Cependant, l’AKP reste le principal pouvoir politique. L’élection du 31 mars lui a permis de contrôler deux tiers des quartiers d’Istanbul. Car il existe en Turquie 3 niveaux de représentation : métropoles, provinces et districts. Bien que la métropole ait été obtenue par le CHP, à l’échelle des provinces et des districts, c’est majoritairement l’AKP qui garde les rênes.

Sans oublier qu’au niveau national, l’AKP remporte 44% des voix, et son allié le MHP (Parti d’action nationaliste), 7%. Pour Didier Billion, « l’AKP reste une véritable machine électorale. Erdogan reste l’homme élu au premier tour aux présidentielles. Il jouit encore d’un véritable charisme, même si celui-ci est moins probant. N’oublions jamais que c’est un tueur en politique. » Sans parler du fait que d’un point de vue électoral, l’AKP est au pouvoir jusqu’en 2023. Ce qui lui laisse plus de 3 ans pour reprendre l’initiative …

Toutefois, les faits sont là. Istanbul va devenir un lieu d’opposition à la politique de l’AKP. Pour Berat Mercan « c’est une étape importante pour tous les Turcs, parce que cela démontre qu’il y a une autre option qu’Erdogan. C’est important en terme d’espoir ». Ce que confirme Didier Billion. « Est-ce que la vie quotidienne va changer dans les mois à venir ? Je ne crois pas. Mais c’est important pour ce que cela signifie politiquement et symboliquement. L’opposition va donc en faire un point d’appui ! » .

18/07/2019 - Toute reproduction interdite


Ekrem Imamoglu, maire d'Istanbul, du Parti républicain du peuple (CHP), s'adresse à ses partisans depuis le haut d'un bus devant l'hôtel de ville à Istanbul, Turquie, 27 juin 2019.
Murad Sezer/Reuters
De GlobalGeoNews GGN

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