Le candidat de gauche à la présidentielle a tenu, le 7 novembre dernier, des propos pour le moins courageux à propos de l’immigration, et notamment sur un éventuel blocage des transferts d’argent vers les pays qui refusent d’accueillir leurs ressortissants visés par une expulsion. Devant le tollé de la bien-pensance et de toute la gauche, Arnaud Montebourg s’est empressé de faire son pitoyable mea culpa…

Carnets de campagne, la chronique politique de Roland Lombardi

Ironie tragique de l’actualité, c’est lundi 8 novembre qu’une vidéo publiée par le ministère polonais de la Défense montrait des milliers de migrants clandestins (hors-la-loi, donc !) prenant d’assaut la clôture frontalière installée par Varsovie. Des scènes qui ne sont pas les premières et qui nous en rappellent d’autres, tout aussi impressionnantes, et à toutes les frontières terrestres ou maritimes de l’Europe depuis les années 2000, et surtout à partir de 2015.

Une glaçante mais prévisible réalisation du prophétique Camps des Saints de Jean Raspail, paru en 1973 !

N’oublions pas que nous sommes en plein procès du Bataclan, où le président de l’époque, François Hollande, vient de témoigner en rappelant notamment ceci : « Chaque jour, nous étions sous la menace. Nous savions que dans le flux des réfugiés, il y avait des individus qui étaient là pour tromper la vigilance. Mais nous ne savions pas où ni comment ils allaient nous frapper »…

Ainsi, occultant encore les conséquences catastrophiques - en termes de sécurité et de terrorisme - du chaos migratoire de 2015, les dirigeants de l’Union européenne, prisonniers de leur « bonne conscience » suicidaire et de leur idéologie progressiste, se refusent toujours à faire preuve de fermeté devant cette crise géopolitique majeure et sans précédent pour l’Europe. Au lieu d’être solidaires et d’apporter leur soutien à la Pologne qui essaie – à raison ! – de repousser manu militari cette nouvelle tentative massive et violente d’intrusions à sa frontière, cette véritable « attaque migratoire » contre l’Europe, ils préfèrent appeler Varsovie à la « mesure » ! Ou pire : accuser la Biélorussie et même la Russie d’instrumentaliser – voire d’organiser ! – cette situation dans le but de déstabiliser l’UE ! Pathétique !

Une sortie courageuse et iconoclaste

En attendant, c’est dans ce contexte que le candidat Arnaud Montebourg, se définissant lui-même comme un socialiste patriote et protectionniste, un vrai souverainiste de gauche en somme, avait décidé dans « Le Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro » de dimanche dernier, de prendre son courage à deux mains et d’aller chasser sur les terres d’un Zemmour en pleine dynamique.

Ayant placé sa campagne sous le signe de la remontada, Montebourg est conscient qu’il ne peut prétendre reconquérir sérieusement l’électorat populaire en faisant l’impasse sur l’immigration.

C’est ainsi qu’il a proposé de « bloquer les transferts d’argent particuliers vers les pays qui ne nous aident pas à appliquer les obligations de quitter le territoire français ». Il a ajouté que ce sont « 11 milliards de transferts d’argent qui passent par Western Union sur l’ensemble des pays d’origine » (...) « Ces transferts d’argent privé sont une manne pour ces pays, et nous avons besoin aujourd’hui de dire : ça suffit ! »

Sortie pour le moins iconoclaste et courageuse pour un homme de gauche, il faut en convenir. Même si une telle mesure peut paraître intéressante, il convient de rappeler qu’elle est formellement interdite par l’Union européenne. De même, la Cour de justice de l’Union européenne serait saisie aussitôt et la société américaine Western Union ferait immédiatement intervenir le gouvernement des États-Unis…

Plus logique serait de contraindre les États. Non ceux - quoi qu’on en pense – qui, en situation régulière, essaient d’aider et faire vivre leurs proches au pays. La suspension des délivrances des visas pour les pays en question – même si la timide menace de Macron dans ce sens ne semble pas donner les résultats escomptés –, gel des avoirs des dirigeants de ces mêmes États, réduction voire suspension des échanges commerciaux… voilà des mesures efficaces qui amèneraient certains chefs d'États à y réfléchir à deux fois avant de nous humilier comme dernièrement le président algérien.

Certes, en politique, rien n’est impossible à condition de volonté et de courage. Or, dans les deux cas, de telles décisions demanderaient une énorme dose de testostérone, de témérité et d’indépendance d’action. Et surtout des chefs européens à poigne, imperméables à toute idéologie dominante et sans allégeance à un quelconque lobby…

Or, c’est loin d’être gagné ! Car avec son audacieuse proposition sur un sujet encore tabou dans l’intelligentsia et la gauche françaises, Montebourg a rapidement suscité un véritable scandale et un immense tollé médiatique dans le landerneau bien-pensant. « Immigration : Montebourg fait du Le Pen », a tout de suite titré Libération, « mesure cruelle et injuste », « rantanplan du zemmourisme » ont hurlé les cadres de toute la gauche…

Dans un communiqué, dès le lendemain, Les Jeunes pour Montebourg ont déclaré solennellement se mettre « en retrait de la campagne », évoquant « une proposition injuste et inhumaine ».

Devant l’insupportable pression, le courage et la dissidence de Montebourg auront donc duré moins de… 24h ! Dès lundi soir, le champion de la remontada s’est empressé de faire son mea culpa, avouant qu’il s’était « mal exprimé » ! Pour celui qui voulait « un rassemblement qui irait des gaullistes aux communistes », cette debandada grotesque va lui coûter sûrement quelques points dans les sondages, qui ne sont déjà pas fameux.

Quand la classe politique française comprendra-t-elle que les Français ne supportent plus ces politiciens qui font marche arrière et se confondent en excuses à la première petite polémique médiatique ou au premier froncement de sourcil de « l’ordre moral » ? Au vu de ce piteux spectacle, on peut également se poser dès lors des questions sur la sincérité même des suggestions « révolutionnaires » de l’ex-ministre PS sur l’immigration…

Et oui, par les temps qui courent, n’est pas Clemenceau qui veut !

Roland Lombardi est historien, consultant en géopolitique et spécialiste du Moyen-Orient. Il est analyste et éditorialiste pour Fild. Il est l'auteur de plusieurs articles spécialisés. Ses derniers ouvrages sont Les trente honteuses, ou la fin de l'influence française dans le monde arabe et musulman (VA Editions, 2019) et Poutine d'Arabie, comment la Russie est devenue incontournable en Méditerranée et au Moyen-Orient (VA Editions, 2020).

@rlombardi2014

11/11/2021 - Toute reproduction interdite


Des migrants se rassemblent près d'une clôture de barbelés pour tenter de traverser la frontière avec la Pologne dans la région de Grodno, au Bélarus, le 10 novembre 2021.
© Leonid Scheglov/BelTA/Handout via Reuters
De Roland Lombardi